Auteur : Dirigé par Christian Derouet
Date de saisie : 20/04/2006
Genre : Arts
Editeur : Hazan, Paris, France
Prix : 69.00 € / 452.61 F
ISBN : 978-2-7541-0053-3
GENCOD : 9782754100533
Les Cahiers d'art : cet intitulé va servir d'enseigne pendant un demi-siècle à une maison d'édition fondée par Christian Zervos à Saint-Germain-des-Prés. L'essentiel de son activité gravite autour du magazine du même nom, qui couvre, non sans irrégularité et même interruption, l'avant-garde artistique de 1926 à 1960. Occasionnellement, on y publie des monographies d'artistes. L'éditeur, fasciné par la quête des origines, engloutit progressivement capital et énergie dans une grandiose histoire de l'art de la préhistoire.
La boutique de la revue est située au 14, rue du Dragon. Sous la houlette d'Yvonne Zervos, la femme de Christian, elle est transformée en galerie d'expositions de 1934 à 1940, puis de 1947 à 1970. Par ailleurs, Yvonne Zervos va attacher son nom à la réalisation de deux expositions retentissantes au palais des Papes d'Avignon en 1947 et 1970.
De cette double aventure, Zervos lègue en 1970 les souvenirs à Vézelay, avec le désir de voir leur maison d'été convertie en fondation ou en musée.
Les Cahiers d'art sont devenus aujourd'hui le musée Zervos, installé dans l'ancienne maison de Romain Rolland. La collection, complétée par des dépôts et des acquisitions, constitue une précieuse anthologie de l'art du xx' siècle. S'y trouvent particulièrement bien représentés le sculpteur Henri Laurens, les peintres Pablo Picasso et Jean Hélion. S'y ajoutent des ouvres remarquables de Max Ernst, d'Alberto Giacometti, de Vassily Kandinskv nu encore d'Alexandre Calder.
Christian Derouet est conservateur au Centre Georges Pompidou, chargé du musée Zervos à Vézelay. Il a constitué les fonds d'archives de Léonce Rosenberg (Cubisme), Vassily Kandinsky et des Cahiers d'art à la bibliothèque Kandinsky du Musée national d'art moderne - Centre Georges Pompidou.
Christian Zervos est avare d'allusions autobiographiques et les documents d'état civil produits à diverses occasions restent laconiques. Kristos Zervos est né à Argostoli, dans l'île de Céphalonie, dans la mer Ionienne, le 1er janvier 1889. «L'île des fous !» disait-il. Il aurait passé son enfance et sa prime jeunesse à Alexandrie puis à Marseille, avant d'arriver à Paris en 1907. Il y vit avec sa mère et son frère cadet, Stamos, rue de Lisbonne.
Il soutient une thèse d'université à la Sorbonne le 20 juillet 1918, qui est publiée en 1919 sous le titre : Un philosophe néoplatonicien du XIe siècle, Michel Psellos. Cette austère publication n'a aucune diffusion ; seul S. Prichard, un critique anglais, le 28 novembre 1925, remercie Zervos pour lui en avoir offert un exemplaire. Après cette soutenance, il aurait étudié l'histoire de l'art, et plus particulièrement la préhistoire et l'art byzantin. Il aurait parcouru l'Italie à pied. Pendant ses études, à l'hôtel des Carmes où il loge, il se lie d'amitié avec le poète Giuseppe Ungaretti. Pendant ces longues et silencieuses années de sous-emploi, il aurait traduit des penseurs ottomans continuateurs des néoplatoniciens, corrigé des épreuves pour l'écrivain Anatole France, qu'il cite volontiers dans ses premiers textes, et fait la lecture à un vieux monsieur de l'avenue du Bois.
Jean Badovici, un Roumain, l'introduit aux Éditions Albert Morancé en 1923. Zervos assiste en qualité de secrétaire le directeur de la maison pour un nouveau périodique trimestriel, L'Art d'aujourd'hui, et dirige une publication semestrielle, Les Arts de la maison, pour le compte des mêmes éditions. Il s'émancipe et lance son propre magazine, les Cahiers d'art, en février 1926. Cette opération commande désormais toute son existence : il ne va vivre que pour ses éditions. Le 2 juin 1927, il est naturalisé français. À cette époque, il vit depuis plusieurs années avec Suzanne. C'est au témoignage tardif de cette compagne beaucoup plus jeune que l'on se réfère pour situer l'irruption de cet homme de 34 ans dans le monde de l'édition d'art. Suzanne le seconde dans la préparation des sommaires et lui fait rencontrer les artistes contemporains les plus importants. Elle tombe malade et part dans un sanatorium en août 1927. Elle convole en 1929 avec Ismaël de La Serna, un peintre soutenu par les Cahiers, abandonnant l'infortuné Zervos à la fabrication et au colportage de sa revue.
Le destin des Cahiers d'art repose sur sa seule énergie. Renversé par une voiture en descendant d'un tramway à l'été 1926, les deux bras cassés, le jeune éditeur se dira opportunément sauvé de la faillite par l'indemnisation que lui versent les assurances : la parution du numéro 6 en est simplement retardée d'un mois. Jusqu'à la mort accidentelle de sa mère, au début d'août 1930, l'avoir familial, sans qu'on puisse l'évaluer, éponge les pertes de la revue; le soutien inconditionnel de Stamos, son frère, effacé et célibataire, lui permet plus d'une fois au cours des années 1930 d'honorer des traites en souffrance. On peut même supposer que son mariage avec Yvonne Marion, sa nouvelle compagne, le 12 mai 1932, répond à la nécessité d'introduire un capital neuf dans une affaire passionnante mais déficitaire.
Sans talent pour les mondanités, Zervos prend du poids dans le monde de l'art parisien des années 1930. Boudé par les institutionnels, son nom s'inscrit rapidement dans un agenda international de marchands, de collectionneurs, de correspondants de publications étrangères. Malgré ses réticences à poser devant le photographe, on le retrouve parmi les participants du IVe Congrès international d'architecture moderne, consacré à «La ville fonctionnelle». Le CIAM prévoyait de se rendre à Moscou, mais les Soviétiques tardent à accorder les visas. Zervos suggère aux congressistes de s'embarquer à Marseille pour Athènes. Son frère, en effet, travaille pour la compagnie Neptos des croisières en Grèce.
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