Auteur : Etudes réunies par Lucile Desblache
Date de saisie : 19/04/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, France
Collection : Cahiers de recherches du CRLMC
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84516-308-9
GENCOD : 9782845163089
La philosophie occidentale a échoué à définir l'animal tout comme elle a échoué à inspirer un modèle de vie harmonieux. De plus, à une époque où l'homme contrôle son environnement de façon maladive et inquiétante, l'importance de la présence animale en littérature est primordiale, non seulement parce qu'elle valorise et nous permet de connaître d'autres êtres, mais aussi parce qu'elle nous renvoie l'image de qui nous sommes et de qui nous pourrions être. Comment l'animal figure-t-il dans la littérature d'aujourd'hui ? Quelles fonctions les bêtes littéraires assument-elles ? Dans quelle mesure et de quelles façons renforcent-elles des visions symboliques établies ou lancent-elles l'imagination humaine sur de nouvelles pistes de créativité ?
Ce volume propose un éventail de réponses selon quatre perspectives : l'animal comme reflet, de soi ou de l'autre ; les bêtes comme motifs prégnants sur l'écriture, révélateurs de nos sociétés humaines ; la mise en dialogue des animaux et des genres littéraires en un triple bestiaire poétique, romanesque et philosophique ; la métamorphose et l'hybridité.
Extrait de la préface de Lucile Desblache :
Comment l'animal figure-t-il dans la littérature d'aujourd'hui ? Quelles fonctions les bêtes littéraires assument-elles ? Dans quelle mesure et de quelles façons renforcent-elles des visions symboliques établies ou lancent-elles l'imagination humaine sur de nouvelles pistes de créativité ?
Les articles qui composent ce volume offrent un éventail de réponses aux questions posées ci-dessus. Ils permettent, sinon de proposer un panorama complet de la présence animale dans la littérature actuelle, du moins de dresser certaines tendances. Ils sont le fruit d'une réflexion entreprise et partagée au cours d'un colloque franco anglophone tenu à Londres en septembre 2004, et co-organisé par le Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines (CRLMC), l'Institut Français de Londres, l'Institute of Romance and Germanic Studies, la British Comparative Literature Association (BCLA) et la London Metropolitan University.
Ce colloque s'est ouvert sur une nouvelle écrite et lue par la romancière Fay Weldon à cette occasion, Mrs Blackbird. Fondée sur de multiples analogies entre l'univers humain et le monde animal à travers la mise en scène triangulaire d'un enfant, d'une femme et d'une merlette, cette fable mit en lumière ce que la philosophe Kate Soper, présidente de la table ronde qui suivit la lecture de la nouvelle, identifia comme trois des aspects les plus fondamentaux par lesquels les animaux se manifestent en littérature les représentations naturaliste (où l'animal est essentiellement décrit pour lui-même), tropique (où il représente autre chose que lui-même) et éthique (où la cause animale, parfois en parallèle à d'autres causes, est défendue). Dans un contexte littéraire, la description animalière la plus réaliste acquiert toujours une autre dimension, qu'elle s'exprime à travers une veine tragique ou comique. Même lorsque l'analogie est masquée, elle est néanmoins présente. Les premiers écrits littéraires, des fables orientales aux bestiaires occidentaux, prouvent que l'animal pensé par l'être humain signifie toujours aussi autre chose que lui-même. Toutefois, à la tradition de l'animal comme outil de morale semble se substituer la vision des bêtes comme sujets ou objets de compassion, dont la thématique est de plus en plus fréquente depuis le XIXe siècle. Si les bêtes des textes pré-modernes, dans un but d'édification de l'homme, tendent à convaincre ce dernier de dépasser la part animale qui est en lui, l'animal souvent marginalisé des livres modernes et postmodernes demande fréquemment à ses lecteurs de prendre conscience des créatures non humaines maltraitées et d'accepter la part d'animalité qui fait partie intégrante de l'humain. La morale est renversée. Là où les bestiaires demandaient à l'être humain de dépasser, de contrôler animaux et animalité, la littérature moderne lui demande en général de les considérer et de les accepter. Prenons comme exemple l'un des classiques naturalistes de la littérature française moderne, De Goupil à Margot. Qui ne s'identifierait par exemple à la pie victime des hommes, Margot, ou à la courageuse Fuseline de Louis Pergaud, fouine prise au piège ? Prête à risquer sa vie en rongeant sa propre patte plutôt que d'attendre une mort certaine, elle propose une vision on ne peut plus réelle de l'animal traqué. Pourtant, elle est aussi une image allégorique de la liberté, à travers une analogie non dite mais inévitablement suggérée entre l'être humain et la bête, réinterprétée par les lecteurs au fil du temps
Alors, au paroxysme de la douleur et de la peur, frémissante sous la poigne formidable de l'instinct, elle se rue sur sa patte cassée et, à coups de dents précipités, hache, tranche, broie, scie la chair sanglante. C'est fini ! [...]
Et Fuseline, sans même regarder, dans un suprême adieu, son moignon effiloché et rouge qui reste là, planté, pour attester son invincible amour de l'espace et de la vie, ivre de souffrance, mais libre quand même, s'enfonça dans la brume.
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