Auteur : Fawaz Hussain-Hasso
Date de saisie : 28/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France
Collection : Essais-documents, n° 150
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-268-05815-3
GENCOD : 9782268058153
Un prêtre syriaque prédit un avenir brillant à un jeune élève kurde. Quelques années plus tard, muni d'une licence de lettres et de son passeport, et prêt à réaliser la prophétie, le jeune Kurde arrive à Paris pour poursuivre des études à la Sorbonne. Son diplôme en poche, il se retrouve contractuel en Seine-Saint-Denis dans une zone d'éducation prioritaire. Sans formation préalable, la nouvelle recrue est parachutée dans un des lycées ayant la réputation d'être le plus difficile des ZEP. C'est le début d'un long voyage au coeur de la banlieue et de ses réalités.
Fawaz Hussain raconte avec acuité, humour et poésie, sa descente dans l'enfer des zones d'éducation prioritaire et le désarroi galopant d'une génération livrée à elle-même.
Fawaz Hussain a déjà publié Le Fleuve (Motifs, 2006) et les Chroniques boréales (L'Harmattan, 2000).
Un jour, j'avais six ou sept ans, mon père est rentré du marché avec trois cartables de couleurs différentes. Puisque j'étais le plus jeune, il m'a permis de choisir le premier. Mes deux demi-frères habitaient dans notre village natal avec leur mère. Ils allaient désormais vivre avec nous en ville, à Amouda.
Mon père nous a demandé de le suivre. Juste après le pont qui unit les deux parties de la ville, il y avait la Sublime Porte, enfin, tous les bâtiments administratifs desquels dépendait notre destin. Nous sommes passés devant les deux gendarmeries et la prison. Nous sommes restés bouche bée devant l'imposant palais de la mairie et la somptueuse résidence du gouverneur de notre district. Le jardin qui entourait ces deux édifices nous semblait beau comme le paradis promis aux fidèles de notre foi musulmane. Comme tout enfant kurde, j'avais peur des gendarmes et des policiers, mais la présence de mon père me rassurait.
Il savait où il allait. Il s'est arrêté devant une porte et il a frappé. Un monsieur aux cheveux noirs, à la barbe noire, aux habits noirs, aux chaussures noires nous a reçus les bras grands ouverts. Il portait une grande croix en or sur la poitrine. Il nous a regardés de ses yeux noirs comme deux grosses olives noires et il a sorti de sa poche trois bonbons qu'il nous a donnés. Mon père et lui ont parlé une autre langue que celle que nous parlions chez nous, dans notre quartier. C'était l'arabe, la langue des gendarmes et des docteurs qui venaient des grandes villes et même de la capitale pour soigner les malades. Elle était aussi celle de certains chrétiens quand ils ne parlaient pas l'arménien ou le syriaque.
Mon père nous a dit, en kurde, que père Kato allait s'occuper de nous, qu'il nous apprendrait une infinité de choses utiles pour la vie. Il nous a demandé de l'appeler Abouna, c'est-à-dire notre père et de lui obéir. Père Kato a posé sa main sur ma tête, c'était normal, j'étais le plus jeune. Il m'a montré un énorme édifice surmonté d'une croix comme celle qu'il avait sur la poitrine. C'était son église. Et c'était ma première journée dans une école.
L'idée de nous envoyer dans une école chrétienne et privée venait de ma mère. A Amouda, les chrétiens avaient une très bonne réputation. Ils possédaient des boutiques d'alimentation, des cordonneries, des bijouteries, des débits de tabac et de boissons. Bref, nous n'étions que des paysans analphabètes, nous ne possédions que notre ignorance. Nous avions beaucoup à apprendre d'eux.
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