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Une ville en ses réseaux : Nuremberg à la fin du Moyen Age

Couverture du livre Une ville en ses réseaux : Nuremberg à la fin du Moyen Age

Auteur : Laurence Buchholzer-Rémy

Date de saisie : 13/04/2006

Genre : Histoire

Editeur : Belin, Paris, France

Collection : Europes centrales

Prix : 29.00 € / 190.23 F

ISBN : 978-2-7011-3655-4

GENCOD : 9782701136554


  • La présentation de l'éditeur

De la «ville enkystée dans un monde féodal» au «camp retranché de la civilisation», l'image de la ville médiévale seule, envers et contre tous, a la vie dure.

Pourtant, hier comme aujourd'hui, les villes ne vivaient pas isolées. Animé d'une telle certitude, ce livre sonde les relations de Nuremberg, la «capitale invisible» de l'Empire, à la fin du Moyen Âge. Dans une Allemagne qui s'urbanisait à un rythme effréné, la hiérarchie des villes et les équilibres urbains se trouvèrent soudain bouleversés. A tous les rangs de l'armature urbaine, il fallut affirmer ou défendre sa place. Nuremberg sut évincer ses concurrentes dans une compétition d'honneur et d'influence.

On essaya malgré tout, entre villes, d'instaurer des réseaux de solidarité et d'entraide. Nuremberg et ses voisines apprirent à s'unir pour se faire entendre ou pour sauvegarder la paix. La définition et la défense d'intérêts communs furent tout à la fois l'apprentissage de la concertation et des conflits. Il arrivait cependant que l'intérêt général ne suffise plus à maintenir le fragile édifice des grandes alliances. Là s'arrête l'historiographie traditionnelle des ligues urbaines, mais cet ouvrage invite à aller au-delà. Aux institutions défuntes survécurent des réseaux de villes informels. Par le courrier et les hommes échangés, les villes nouèrent des affinités électives. Une culture politique urbaine émergea de leurs espaces de coopération.

A travers les siècles, ce livre est une invitation à faire des réseaux de villes un objet d'histoire.


Laurence Buchholzer-Rémy, ancienne élève de l'École Normale Supérieure (Fontenay-St-Cloud), agrégée d'histoire, est maître de conférences en Histoire médiévale à l'Université Marc Bloch, à Strasbourg.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Durant l'été 1530, dans la chaleur d'un bel après-midi, Hans Sachs s'assoupit à l'ombre des arbres. En songe lui apparut un jardin du paradis, gardé par un aigle magnifique. L'image aurait pu être idyllique si l'oiseau avait eu un peu de repos. Mais sans cesse, jour et nuit, il devait protéger ses petits et son jardin paradisiaque des bêtes sauvages des alentours. Le poète nurembergeois Hans Sachs eut tôt fait de découvrir la clé du songe. Cet îlot hermétiquement clos, ce «camp retranché de la civilisation» n'étaient autres que Nuremberg, «une ville dans le Saint Empire Romain». Portant l'aigle impérial dans son blason, elle était, à l'en croire, en tous points semblables à la vision : les fruits du jardin étaient ceux de son industrie et de son commerce ; le bel oiseau noble était son gouvernement ; il gardait sans relâche la communauté bourgeoise de la jalousie et de la haine environnantes.

Cette histoire de ville, comme bien d'autres, a formé les soubassements de notre histoire urbaine. En son temps, le songe était une arme. Conçu en contexte de crise, il resserrait les rangs de la communauté et légitimait le conseil municipal patricien. Constitutif d'une identité urbaine, il établissait les mérites de Nuremberg dans un Empire en proie aux appétits des princes, où il importait de garder son rang.

Les générations qui suivirent finirent par oublier ce contexte particulier. Les éloges et songes d'antan vinrent alors entretenir une nostalgie. Sur la lancée des critiques de la modernité, on bâtit une opposition conceptuelle entre les villes contemporaines, sans limites et sans unité, et les villes médiévales aux contours nets, fières et conscientes de leur individualité. Chaque ville semblait ainsi appeler les médiévistes à la rédaction d'une histoire particulière. Ils se mirent en devoir d'écrire des monographies. Telle une dramaturgie, l'étude d'une ville garantissait à ses auteurs une unité de lieu, une unité de temps et une unité d'action, dans le plus pur respect des sources et des traditions historiographiques.

II aurait pu en être encore longtemps ainsi, si des historiens ne s'étaient avisés, dans les années 1970, que jamais la somme des histoires particulières ne donnerait une vision d'ensemble des villes. Jusque-là, il n'existait aucune synthèse ni sur le semis urbain, ni sur son fonctionnement et ses hiérarchies. Une histoire des réseaux urbains s'avérait nécessaire. «Ainsi, ce qu'il faut analyser n'est pas une ville parmi d'autres, mais bien l'ensemble des villes d'une région d'abord, de tout le pays ensuite. L'analyse isolée d'une ville est une entreprise utile, mais restreinte. [...] Toutes les idées, toutes les innovations émanent d'abord d'un milieu urbain, non des villes isolées, mais du réseau des villes réagissant les unes sur les autres

Si la lacune historiographique paraissait d'un coup si criante, c'est que désormais il était acquis que la ville n'a pas de nature. Elle est un noeud de relations, une organisation systémique et spatiale, qui incarne des interactions sociales.


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