Auteur : Présenté par Isabelle Backouche
Date de saisie : 13/04/2006
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Belin, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7011-4179-4
GENCOD : 9782701141794
Histoire et oubli
L'exilé et le témoin.
Sur une enquête autobiographique et son oubli
Anna Iuso
La gestion du passé au Rwanda :
ambivalence et poids du silence
Valérie Rosoux
Essai de sociologie de la mémoire :
le cas du souvenir des camps annexes de Drancy dans Paris
Sarah Gensburger
Les mots et les choses.
Les Aborigènes et la décolonisation
Bastien Bosa
SAVOIR-FAIRE
La trompeuse légèreté des chansons.
De l'exploitation d'une source historique en jachère:
l'exemple des années trente
Yves Borowice
FENÊTRE
Écrire l'histoire du communisme :
l'histoire sociale de la RDA et de la Pologne communiste en Allemagne, en Pologne et en France
Michel Christian et Emmanuel Droit
POINT CRITIQUE
Dépasser la «construction des identités» ?
Identification, image sociale, appartenance
Martina Avanza et Gilles Laferté
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Partons des terrains empiriques que nous offrent les trois chercheuses réunies dans ce dossier. C'est en 1939 que les Allemands exilés, auxquels Anna Iuso s'intéresse, répondent à un concours d'autobiographies qui leur suggère de rendre compte des transformations de leur vie à partir de l'accession de Hitler au pouvoir. Sensible à la forme que prennent ces «récits de vie», elle s'interroge aussi sur leur destinée. Valérie Rosoux envisage, douze ans après le génocide au Rwanda, les formes de représentations - ou leur absence - du passé, et elle met l'accent sur les «mises en récit» contrastées de ce passé et la «communautarisation des mémoires». Enfin, Sarah Gensburger scrute les conditions d'avènement d'une mémoire du sort d'anciens internés des camps annexes de Drancy dans Paris entre 1943-1944, en soulignant les interactions entre «témoignage historique» et «récit biographique».
Dans les trois cas, nous sommes confrontés à une «mise en intrigue» porteuse d'un sens qu'il s'agit d'assigner à des acteurs précis, qu'il faut identifier et mettre en contexte. A cette fin, les articles proposent des protocoles expérimentaux qui érigent la relation au passé en fait social lequel nécessite une analyse de la société présente pour élucider la dynamique qui permet de sortir, d'éviter ou de dépasser l'oubli.
Ce passage de l'oubli à la mémoire nous intéresse ici en tant que processus construit, processus qui offre un matériau d'investigation des sociétés, ou plus précisément des groupes sociaux concernés. Leur «aventure» est ancrée dans des périodes de l'histoire circonscrites dans le temps et déjà largement documentées qui peuvent pourtant encore s'enrichir de nouveaux éclairages à condition de changer d'échelle, de redonner aux acteurs la parole, de comprendre comment l'oubli utilise l'histoire pour s'imposer. Les internés des camps annexes empruntent «les figures établies» de la déportation pour formaliser leur expérience alors que les Allemands qui répondent au concours tissent des liens étroits entre leur destinée personnelle et les événements de l'avant-guerre, opérant un «retour réflexif sur l'histoire». Seule une modification dans le jeu entre acteurs, dans leur situation présente ou dans l'interface avec la société dans laquelle ils vivent, est susceptible de déclencher le processus de remémoration qui donnera forme à une appropriation mémorielle spécifique qui offrira une place à ces «témoignages en mineur».
Plus que sur ses finalités ou ses justifications, les articles réunis ici insistent sur les modalités de construction de la mémoire, sur le feuilletage organisé entre passé et présent que l'analyse doit distinguer, à l'image d'une «panoplie de tissus pliés» (V. Rosoux). Et on perçoit une certaine perméabilité entre les différents feuillets en raison de la diversité des acteurs-intercesseurs qui interviennent (contemporains des événements, descendants, associations, pouvoirs politiques)...
Isabelle Backouche
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