Auteur : Serge Joncour
Date de saisie : 13/04/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : l'Idée bleue, Chaillé-sous-les-Ormeaux, France
Collection : Mots-nambules
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-84031-209-3
GENCOD : 9782840312093
Sur fond de Tour de France, Serge Joncour narre les tribulations tantôt drôles, tantôt cruelles de personnages auxquels le lecteur n'a aucun mal à s'identifier :
La Clef des mots-je. Le narrateur, en route vers Cholet pour assister à l'étape du Tour de France, se trouve embarqué dans un road movie au cours duquel il rencontre un poisson nommé Pascale, Pinky le lapin nain, un cow-boy qui trinque avec son cheval, des chats qui posent pour une artiste-peintre, un cycliste qui va plus vite que son vélo et, en apothéose, un sosie de Johnny qui allume le feu de la fête...
Les Collègues. Depuis l'école, Alexandre et P'tit Louis sont en rivalité permanente, tout en étant inséparables. Si l'un gagne un concours de poésie, l'autre pêche un saumon géant. Alexandre est un as du vélo, P'tit Louis est un supporter de l'équipe de France de foot et a pour idole Lance Armstrong. Tous les deux essaient de séduire Sybille, la fille du châtelain. Et lorsque l'un part en week-end amoureux avec elle, l'autre ourdit un attentat ignoble qui fait perdre le Tour de France à Armstrong...
mots-nambules est une collection de création littéraire qui s'adresse à tous les publics, en particulier ceux qui sont éloignés de la lecture : de même que les «petits mangeurs» ne dédaignent pas la gastronomie, les «petits lecteurs» apprécient la littérature de qualité.
Un poisson nommé Pascale.
C'était le début du mois de juillet et je voulais voir passer le Tour de France. Cette année le départ était donné dans les Pays de Loire, quelque part sur les routes du pays angevin. J'étais parti de Paris au volant de mon Kangoo, et roulais, toutes les fenêtres ouvertes, vers cette douce et paisible région. Pour rejoindre la route oh passaient les coureurs, je devais dans un premier temps aller jusqu'à Angers, et de là continuer plus au sud, en traversant le pays des Mauges. C'était les vacances, il faisait beau, il faisait chaud, très chaud même. Depuis plusieurs jours la radio et les journaux parlaient de canicule.
Pour avoir de l'air, pas de problème, j'avais mis un short et ouvert ma chemise. En conduisant je rêvais de boissons fraîches, je me voyais plonger dans une piscine, ou encore mieux me mettre en maillot de bain et marcher les pieds nus dans une rivière. A la limite, j'irais même pourquoi pas, jusqu'à me baigner carrément.
En roulant le long de la Loire, vers Montjean, je découvris sur la droite toute une série d'endroits charmants sur la rive, des petites plages qui m'avaient l'air idéales pour la pause.
En plein été sous les coups de midi, rien n'est plus agréable que de s'allonger au bord de l'eau, de faire une bonne petite sieste, et tant qu'à faire, de piquer une tête carrément.
À la sortie de Montjean, je vis soudain un petit chemin de terre qui descendait jusqu'au fleuve. Je m'engageais dedans avec la voiture, et après trois cents mètres je me garais à l'ombre dense et bienvenue d'un noyer. Il n'y avait personne. L'herbe était bien verte. Les oiseaux chantaient dans les branches. Plus loin, j'entendais les bruits qui venaient du camping, les cris des enfants qui jouaient dans l'eau, les chiens qui aboyaient, des gens entre eux qui se faisaient des blagues et qui riaient. C'était un véritable petit paradis.
Il n'était que onze heures du matin, et pourtant ce serait le rêve de se faire un vrai petit pique-nique dans ce décor-là. C'est vrai. En ville, j'en connais plus d'un qui voudrait être à ma place. Le bonheur se fait souvent de choses simples. Je sortis donc la glacière que j'avais préparée le matin en prévision du repas de midi. Dedans, il y avait un demi-poulet, des tomates et de la salade que j'avais achetés vers Angers. Je coupai une demi-baguette, j'y mis des rondelles de tomate, deux bonnes tranches bien épaisses de poulet et de la moutarde, et je me fis un des meilleurs sandwiches de ma vie... Pour le déguster je m'approchai de la Loire, et avec la chaleur qu'il faisait, j'eus l'idée de me mettre à l'eau jusqu'à la taille, oui, de me mettre à l'eau avec mon sandwich, ce serait sûrement une sensation agréable de manger avec de l'eau jusqu'à la taille, dans la Loire...
Quel bonheur. Je suis sûr qu'on n'est pas plus heureux aux Bahamas.
Je marchai doucement dans l'eau. Une barque glissait de l'autre côté du fleuve, l'eau était fraîche. Sous mes pieds le sable était doux comme un tapis... Et c'est là, tout d'un coup, que je sentis une force qui me soulevait par en dessous, oui, comme si je ne sais quel poisson ou sirène m'attrapait par les jambes pour me sortir hors de l'eau.
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