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Irak : les années Saddam (1979-2005)

Couverture du livre Irak : les années Saddam (1979-2005)

Auteur : Le Monde

Date de saisie : 12/04/2006

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Librio, Paris, France

Collection : Librio. Document. Document, n° 742

Prix : 2.00 € / 13.12 F

ISBN : 978-2-290-35020-1

GENCOD : 9782290350201


  • La présentation de l'éditeur

Site exceptionnel de l'ancienne Mésopotamie, terre riche et fertile, berceau d'une civilisation puissante et raffinée, L'Irak est pourtant à feu et à sang depuis plusieurs décennies. Marqué au fer blanc par une épouvantable dictature, épuisé par trois guerres du Golfe, étranglé par dix ans d'embargo international, le pays est aujourd'hui une véritable poudrière du Proche-Orient. Quels sont exactement les enjeux de la présence américaine dans la zone ? Qu'a changé l'arrestation de Saddam Hussein ? Quels liens établir entre le Onze septembre, l'Afghanistan, Al Qaeda et l'Irak ? Quelles sont les possibles portes de sortie de la crise dans le monde arabe ?

Pour comprendre une situation géopolitique grave et complexe, les meilleurs journalistes, envoyés spéciaux et commentateurs du Monde analysent les données socio-économiques et diplomatiques d'une région instable et critique, dont la précarité politique menace chaque jour L'ensemble des équilibres internationaux.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction de Alain Frachon :

Saddam Hussein mentait. Jusqu'au dernier jour, le dictateur irakien aura laissé entendre qu'il disposait d'armes de destruction massive. A tout le moins, faisait-il planer un doute. Il lui aurait été facile d'accorder toute liberté d'action aux inspecteurs du désarmement de l'ONU. Il ne l'a jamais permis. Il clamait qu'il n'avait rien à cacher et était en règle avec les Nations unies, qui lui interdisaient de développer des armes chimiques, biologiques et nucléaires depuis qu'il avait agressé le Koweït en 1990.

Mais, en ce début du XXIe siècle, Saddam Hussein savait bien, lui, qu'il n'avait plus grand-chose dans son arsenal. Il n'en gardait pas moins certaines portes fermées à l'ONU - pour entretenir le bluff. Parce qu'il pensait nécessaire au maintien de sa capacité à terroriser, à l'intérieur comme à l'extérieur, de laisser planer un soupçon: et si le régime avait encore de quoi bombarder au gaz ? et s'il disposait toujours de quelques réserves d'anthrax ?

L'administration Bush junior, qui allait mettre fin au règne de Saddam Hussein en avril 2003, mentait aussi. Elle devait «vendre» à l'opinion américaine, et mondiale, une guerre qui n'allait pas de soi. Elle a justifié son intervention militaire contre l'Irak, en mars 2003, au nom de la lutte engagée contre le terrorisme au lendemain des attentats de septembre 2001. Mais aucun lien n'a jamais été établi entre Saddam Hussein et al-Qaida, encore moins entre le régime irakien et les terroristes qui ont frappé New York et la banlieue de Washington. L'administration avançait l'argument des fameuses armes de destruction massive mais n'était guère convaincante là non plus, faute d'être capable de présenter des «preuves» dignes de ce nom.

La vérité est que l'équipe Bush entreprenait cette guerre, contre un pays qui n'avait pas agressé les États-Unis et ne les menaçait pas, par «choix» délibéré. Objectif : implanter en Irak un régime démocratique qui, par rayonnement, allait transformer le Proche-Orient et en faire une région enfin gagnée à la démocratie. Raisonnement sous-jacent: une fois démocratisé, le Proche-Orient ne produira plus de terrorisme.

Pas évident à «faire passer», au Congrès et dans l'opinion. Pas évident de déclarer une guerre contre un pays qui ne vous menace pas, même si ledit pays est, depuis 1979, aux mains d'un des tyrans les plus sanguinaires de la deuxième moitié du XXe siècle. Alors, la Maison-Blanche et les civils du Pentagone, sous la houlette de Donald Rumsfeld, vont présenter la guerre comme relevant de la partie de campagne. Ils vont «vendre» à l'opinion un Irak qui n'existe pas. Ils font le portrait d'un pays dont seule la tête va mal, le reste du corps étant sain, prêt à fonctionner dans la liberté, dans l'harmonie interreligieuse et interethnique. Dès lors qu'on aura changé le régime, le reste suivra: l'Irak dispose de fabuleuses ressources pétrolières, d'une agriculture potentiellement brillante, d'une fonction publique compétente, etc. Pour implanter la démocratie jeffersonienne au bord du Tigre, il suffit de mettre à bas le régime baassiste et son chef.

Aveuglément idéologique ou mensonge délibéré ? Peu importe. Ce portrait de l'Irak était faux, totalement.


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