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Le Cuisinier de Talleyrand

Couverture du livre Le Cuisinier de Talleyrand

Auteur : Jean-Christophe Duchon-Doris

Date de saisie : 11/04/2006

Genre : Policiers

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-260-01633-5

GENCOD : 9782260016335


  • La présentation de l'éditeur

À l'automne 1814, les puissances qui ont enfin vaincu Napoléon se réunissent à Vienne pour se partager L'Empire. Deux cents délégations s'installent dans la somptueuse capitale autrichienne. L'affaire semble devoir se jouer entre La Russie, la Prusse, l'Angleterre et l'Autriche, mais un génie de la diplomatie va renverser les pronostics. Le Français Talleyrand devient l'arbitre des négociations. Pour circonvenir les plus réticents et les étourdir dans les fastes et les plaisirs, il engage le meilleur cuisinier de son temps : Marie-Antoine Carême (dit Antonin).

Le congrès vient de commencer quand un homme est sauvagement assassiné à quelques mètres du palais de Schönbrunn où sont gardés Marie-Louise et l'Aiglon. L'inspecteur Janez Vladeski est chargé d'une enquête qui le conduit jusqu'aux cuisines de la délégation française. Entre le policier atypique, fils d'un prince et d'une Tzigane, qui charme autant qu'il inquiète et le cuisinier de Talleyrand, enfant de La Révolution, d'une intelligence vive et d'une énergie vitale peu commune, va s'établir un jeu subtil de soupçon et d'amitié.


Avec une habileté rare, Jean-Christophe Duchon-Doris mêle une fois de plus son érudition exigeante, sa gourmandise et sa sensualité au service d'une intrigue policière qui promène le lecteur dans l'univers de la grande cuisine française.



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  • Les premières lignes

Son pichet de vin à la main, ses joues creusées par la lumière du feu finissant, Maréchal errait dans les cuisines désertes du palais Kaunitz. Il avançait en titubant un peu, d'une allure lente de boeuf au labour, avec des gestes menaçants et fantomatiques. Il contourna la paillasse dont les douze bouches laissaient entrevoir un lit de cendres. Sa main épaisse caressa les casseroles et les faitouts lavés, essuyés, rangés après le service du soir. Son regard balaya la batterie de couteaux suspendue au mur au-dessus du potager, le hachoir où tout à l'heure encore la lame coupait, raclait le bois de la planche dans un interminable chuintement métallique.

Par la porte entrouverte du garde-manger, on apercevait des viandes rouges suspendues à des crocs d'acier, des fruits et des légumes, deux gros jambons. Quelques cafards couraient sur la table parmi les restes oubliés de nourriture.

Maréchal s'arrêta un instant au milieu de la salle principale, seul au centre du damier des dalles, et il but à outrance, la tête renversée. Il s'essuya la bouche d'un revers de coude. Il poussa un son bref, très rauque, préhistorique. Des commis dormaient dans l'escalier qui montait vers les étages. Ici une jambe, là un bras, sortaient de la pénombre. Des bruits de bottes d'hommes pressés tombaient là-haut des soupiraux ouverts sur la Johannesgasse. Dans la rue, les lanternes accrochées le long des murs jetaient des reflets blonds sur les pavés et venaient mourir en clartés pâles sur le plafond des cuisines. Des papillons de nuit, entrés par le même chemin, battaient des ailes dans l'air encore chauffé par l'odeur des viandes cuites pour le souper.

Maréchal fit un pas, tituba, se raccrocha à la grosse table de bois. Son coeur battait à ses tempes, à sa gorge, au bout de ses doigts, sur sa lèvre. Puis il reprit sa marche lente. Il s'en alla au fond des cuisines, au-dessus des fosses à rôtir, s'assit lourdement sur le tabouret qui faisait face aux braises encore fumantes. Là était son domaine, le lieu où il régnait en souverain et où il venait tous les soirs, ou presque, cuver son vin.

Quand il était ivre, les cuisines s'ouvraient sur un monde plus beau.


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