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Mallarmé, le col, la coupe

Couverture du livre Mallarmé, le col, la coupe

Auteur : Lucette Finas

Date de saisie : 11/04/2006

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Belin, Paris, France

Collection : L'Extrême contemporain

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 978-2-7011-4355-2

GENCOD : 9782701143552


  • La présentation de l'éditeur

«Je veux prendre Mallarmé au mot.

- Au mot ? Quoi encore ?

- Au mot et à la lettre.

- Vous ne manquez pas d'air !

- Je veux m'introduire dans son histoire... Vous riez ?

- Certes, car... où sont vos moyens ?

- A défaut des moyens, j'en ai la Notion, N.O.T.I.O.N. Vous m'entendez ? Vite, ne manquons pas le spectacle !

- Mais que joue-t-on ?

- La Parole.

- Et qui joue ?

- La parole.»

L. F.

Lucette Finas, professeur d'université, auteur de romans et d'essais critiques, a publié dans la collection «L'extrême contemporain» Centrale pureté, Quatre lectures de Mallarmé (Belin, 1999).



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  • Les premières lignes

Commençons par un détour. Dans sa lettre du 7 mars 1946 à Georges Le Breton, lettre jamais expédiée, transformée peu à peu en un article inachevé, Artaud écrit à propos de Gérard de Nerval :

«Je n'ai jamais pu supporter qu'on tripote les vers d'un grand poète du point de vue de la sémantique, de l'histoire, de l'archéologie ou de la mythologie - les vers ne s'expliquent pas, mais en ce qui concerne Gérard de Nerval et surtout les poèmes des Chimères cela me paraît un péché capital.

Car la première transmutation alchimique qui s'opère dans le cerveau d'un lecteur de ses poèmes est de perdre pied devant l'histoire, et le concret des souvenirs mythologiques objectifs, pour entrer dans un concret plus valable et plus sûr, celui de l'âme de Gérard de Nerval lui-même, et d'oublier de ce fait et l'histoire et la mythologie et la poésie et l'alchimie».

En relisant cette lettre, admirable en tous points, je me suis demandé si, à mon tour, je ne tripotais pas «les vers d'un grand poète», ceux en l'occurrence de Stéphane Mallarmé. Ce verbe tripoter a plusieurs sens, tous défavorables : le maniement indiscret et maladroit, le brouillage à des fins louches, enfin le jeu dénué de scrupules comme celui qui consiste à remplacer des vers difficiles par un équivalent prosaïque aisément assimilable. A cette question, je crois pouvoir répondre que non seulement je ne manipule ni ne manigance, mais que je ne touche même pas au texte. (...)

Tripoter le texte, c'est, selon Artaud, capituler devant le savoir qui s'y trouve inclus, le considérer sous l'angle du thème ou de la thèse et lui sacrifier l'essentiel du poème : la poésie ou, comme il ose l'écrire : l'âme, la vie. Ces deux mots ne lui font pas peur, car pour lui ils sont pleins. Mallarmé non plus n'hésite pas à invoquer l'âme lorsqu'il écrit : «...Nous ne sommes que de vaines formes de la matière, - mais bien sublimes pour avoir inventé Dieu et notre âme. Plus tard, il substituera à l'âme le Soi, et à Dieu le Rien.


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