Auteur : Catherine Sellenet
Date de saisie : 08/04/2006
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : Naître, grandir, devenir
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7011-4320-0
GENCOD : 9782701143200
Récemment, dans des cas d'enfants maltraités, on a dénoncé chez les professionnels de la protection de l'enfance des carences médico-sociales, judiciaires, psychologiques. Pourtant, l'ampleur prise par la médiatisation des "affaires" d'Outreau, de Drancy ou d'Angers, les réserves soulevées par la refonte de la législation nous incitent à dépasser les mises au pilori des uns et des autres et à ouvrir le débat. Lorsque l'enfant est en danger, on s'efforce actuellement de le mettre à l'abri, tout en préservant ses liens familiaux, ce qui ne va pas sans soulever des questions complexes : comment éviter de nuire à la continuité fondamentale de son développement affectif et intellectuel ? Que signifie l'évolution de la notion de substitut parental vers celle de suppléance familiale ? Comment favoriser des initiatives comme celle du "placement à domicile" de l'enfant, tout en soutenant la dignité de parents vulnérables et en situation de précarité ? Les réponses ne manquent pas... Encore faut-il, pour les mettre en oeuvre, repérer les impasses du système existant, préserver la logique du contrat et de la confiance, donner aux professionnels mis en cause les moyens de répondre à la multiplicité des situations auxquelles ils sont confrontés, et leur offrir une formation articulée à des recherches approfondies. Voir pour observer et évaluer, entendre pour dire, et communiquer pour partager : à travers son expérience et en laissant la parole aux premiers concernés (parents, enfants, professionnels), Catherine Sellenet dénoue les fils complexes des actions entreprises "dans l'intérêt de l'enfant" et démontre qu'innover dans le domaine de la protection de l'enfance est toujours possible.
Catherine Sellenet est psychologue, juriste et sociologue, professeur en sciences de l'éducation et directrice du CREC à l'Université de Nantes, est chercheur au CREF de Paris X-Nanterre. Elle a récemment publié Les pères vont bien et Animer des groupes de paroles de parents.
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«Ils n'ont rien vu» ?
De la dénonciation à la question.
«La femme est l'avenir de l'homme», disait Aragon, mais peut-être l'enfant l'est-il bien davantage. Cet enfant qui naît, cet enfant qui nous arrive, nous le chargeons, selon Roger Gentis, «du fardeau de nos nostalgies. D'autant plus chargé, d'autant plus accablé qu'il est davantage désiré, qu'il vient là pour (illusoirement) combler les béances du désir. Nous le plaçons sous le signe de la négation : qu'il ne connaisse pas les affres, les revers, les infortunes, les déceptions que nous avons connus. Qu'il réalise ce que nous avons manqué. Qu'il ait, en somme, une autre vie que nous, c'est-à-dire la nôtre, celle dont nous avons rêvés». En un mot, qu'il soit protégé de tous les maux, de toutes les souffrances, qu'il échappe au difficile, et encore plus au sordide que les médias dévoilent chaque jour.
Avons-nous failli à ce rêve ? Sans nul doute, car le rêve était démesuré; mais, plus grave, avons-nous failli à notre mission de protection de l'enfance ? La réponse est hélas positive si nous considérons les chiffres de la maltraitance et de la délinquance juvénile, l'affaire d'Outreau, celle du réseau de pédophilie d'Angers, et bien d'autres encore. Rien d'étonnant donc à ce que le champ de l'enfance doute de ses compétences et se sente condamné par une opinion publique qui dénonce et cherche des coupables. Comment intervenir, comment protéger l'enfant de la dureté de notre société, de la folie des adultes, comment entendre cet enfant qui ne dit mots (maux), et comment répondre à cette condamnation sans appel de l'opinion qui s'indigne : «Ils n'ont rien vu, ils n'ont rien fait !», mais pourquoi ? Les professionnels de l'enfance ont-ils été passifs, indifférents, indigents, incompétents, comme le suggèrent certains, condamnant sans procès toute une catégorie de professionnels ? Les juges mêmes sont-ils des «juges savonnettes» ou des «juges rigides», comme se plaisent à les décrire certains auteurs ?
Dans cette cacophonie ambiante, nous osons prendre la plume pour écrire, et sans doute n'est-il pas inutile de préciser d'emblée nos objectifs. Roland Barthes disait : «Écrire, c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté.»
Ce livre pose une question, celle de la protection de l'enfance et de son devenir. Il entame un dialogue avec tous les professionnels et les acteurs institutionnels et politiques sensibles à l'enfance. Nous disons bien «tous», et pas seulement les éducateurs de l'Aide sociale à l'enfance, ou de structures judiciaires, mandatés pour protéger les enfants et intervenir dans les familles. Si ces derniers sont aujourd'hui sur la sellette et le feu de l'actualité, ils ne sont pas les seuls à pouvoir jouer un rôle majeur. Les psychologues, les experts, les puéricultrices, les médecins..., mais aussi tout citoyen est responsable du devenir de l'enfant.
Il nous revenait de baliser le chemin et de tenter de comprendre l'existant pour bâtir ensemble le futur.
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