Auteur : Jean-François Colosimo
Date de saisie : 07/04/2006
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Essais
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-213-62871-4
GENCOD : 9782213628714
Tocqueville avait raison. Avec deux siècles de retard, le 11 septembre 2001, l'Europe a enfin découvert l'Amérique. Une Amérique dont la démocratie est religieuse et dont la religion est politique. Une Amérique que Dieu a prédestinée à la puissance et qui mène ses guerres au nom de Dieu. Une Amérique où le libéralisme et la sécularisation exaltent la nation et où le fondamentalisme est devenu culte national.
Du Mayflower aux Twin Towers, de George Washington à George W. Bush, des Puritains aux télévangélistes en passant par la Bible, Israël, les Lumières, l'empire, le messianisme, le millénarisme, et l'islam... voici un voyage aussi inédit que crucial au coeur des États-Unis, de leur genèse et de leur histoire. Ainsi que de leur présent, annonçant des lendemains plus crépusculaires peut-être qu'il n'y paraît.
C'est à New York que Jean-François Colosimo a conclu ses études de théologie par un Master of Divinity. Éditeur, écrivain, auteur de films documentaires (dont Washington, la frontière du protestantisme. Les Cités de Dieu I, Artline France 3, 2000), il enseigne aujourd'hui à l'Institut Saint-Serge de Paris.
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Quel culot ! D'une écriture époustouflante, le livre de Jean-François Colosimo, intellectuel laïque et théologien de l'orthodoxie, homme de Dieu et enfant de la République, prend à contre-pied toutes les analyses sur l'Amérique religieuse après le 11-Septembre. Il règle leurs comptes à ceux qu'il appelle les "observateurs de l'agnosticisme éclairé" qui, de ce côté-ci de l'Atlantique, s'étonnent lorsque l'Amérique se tourne vers les certitudes de la religion pour mieux en exorciser la terreur qui, comme la foudre, s'est abattue sur les tours jumelles. Ou ceux qui sourient lorsque les veillées d'armes de la Maison Blanche ressemblent à des veillées de prière.
Ce livre n'est ni un manuel d'apologétique néoconservatrice, ni un essai de géopolitique américaine, mais un lumineux jeu de piste, haletant comme un roman, sillonnant la pensée religieuse d'un continent dont M. Colosimo, qui a fait sa théologie à New York, connaît toutes les étapes, les dates, les auteurs. Tocqueville, bien sûr, référence obligée qu'il nous force à relire comme clé de compréhension de l'Amérique d'aujourd'hui. Comme elle l'était déjà au XIXe siècle quand les chemins de l'Amérique, faisant de la religion sa "lumière", et l'Europe, s'éloignant de Dieu comme d'un obscurantisme, ont commencé à diverger...
Eternelle Amérique, donc, que ce livre brillant mais excessif, cultivé mais sévère et injuste pour la "vulgate progressiste", nous fait redécouvrir. Un livre qui en dit autant sur nos peurs et aveuglements que sur les périls du "tout-religieux" dans le Nouveau Monde aujourd'hui.
Dans ce premier volet d'une réflexion au long cours sur la situation contemporaine de l'idée de Dieu, le théologien Jean-François Colosimo reprend la question de la religion aux Etats-Unis en distinguant deux réalités puissantes : la religion civile et le fondamentalisme...
«Américaniste» non pas béat mais passionné, Jean-François Colosimo montre qu'entre les croyances et la religion règnent non seulement une séparation mais encore une synergie : un Etat pour qui la liberté (et donc les droits de l'individu) est un don du Créateur garantit une pluralité concurrentielle de confessions qui illustre la libéralité divine et dont la vitalité confirme, en retour, ce parti pris «théodémocratique».
Après avoir ainsi repris, condensé, prolongé les analyses tocquevilliennes, Colosimo aborde de façon neuve la question du fondamentalisme...
Impossible de comprendre les Etats-Unis si l'on n'est pas au fait de son histoire religieuse. Car celle-ci détermine la politique américaine ; non seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde. Contrairement à beaucoup de ceux qui palabrent sur ce pays - «pro-Américains» qui projettent sur cette nation l'inverse de ce qu'ils détestent dans la leur, ou «anti-Américains» qui voient en George Bush un Ben Laden occidental -, Jean-François Colosimo, écrivain et éditeur, a vécu aux Etats-Unis. Aujourd'hui, il se lance dans une enquête sur les métamorphoses du religieux depuis les Lumières. La première qualité de ce livre est son érudition. Revenant aux fondements de cette nation, l'auteur montre comment les Etats-Unis se sont nourris de la rencontre des Lumières et de la Bible, quand, à la même époque, l'Europe faisait du rationalisme une machine de guerre contre la religion. Au commencement du rêve américain, on trouve les «Pères fondateurs» : lecteurs des Anciens, mais aussi du philosophe des droits de l'homme, John Locke, à l'instar de Thomas Jefferson dont la vision du monde est rationnelle et déiste. Mais on trouve aussi, sur l'autre versant : les «Puritains», fondamentalistes d'origine calviniste qui voient en l'Amérique le sanctuaire d'une «nouvelle alliance» entre l'homme qui a quitté une Europe impie et le Créateur. Cette dualité permet de comprendre la trame, à la fois laïque et religieuse, de ce pays dont l'Etat n'a pas besoin de proclamer une foi particulière, puisque l'idée d'élection surnaturelle est inhérente à sa fondation. Pourquoi Colosimo fait-il un tel retour aux sources ? Parce que les Américains, depuis le 11 septembre 2001, y reviennent plus que jamais...
Colosimo rappelle, aussi, que ce pays d'immigration est un pays d'intégration, notamment grâce à la puissance fédératrice de la «religion civile» américaine, fusion de valeurs chrétiennes primitives et de foi démocratique. Noirs, Blancs, «Hispanos», Asiatiques peuvent bien être «communautaristes», ils sont d'abord américains...
Ce constat établi n'empêche pas l'auteur d'être sévère avec la transformation de la religiosité américaine en un évangélisme de synthèse, à travers ce qu'il qualifie de «consumérisme spiritualiste». Sa description des «Disneyland chrétiens», vastes supermarchés où l'on vient prier en faisant ses courses, est édifiante. Pour autant, il ne cède pas à la facilité...
Tout a été dit de l'écrasante domination du protestantisme sur la société américaine. Jean-François Colosimo plonge la tête - et la plume - dans le moteur. Ce théologien orthodoxe, éditeur parisien, qui maîtrise autant les Evangiles que le «Who's Who», se livre, en moins de deux cents pages, à une exégèse davantage politique que spirituelle.
Certes, souligne l'auteur, «l'Amérique réinvente le religieux comme politique» - contrairement à l'Europe, qui l'a chassé de la sphère publique. Eisenhower, déjà, l'avait assuré : «Un gouvernement est nul et non avenu s'il ne se fonde pas sur une foi religieuse profondément ressentie, et je me soucie peu de savoir laquelle.» Bush a respecté la consigne. Mais de là à faire de lui un chantre du fondamentalisme chrétien... Halte-là ! lance Colosimo...
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