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Chômage, des secrets bien gardés

Couverture du livre Chômage, des secrets bien gardés

Auteur : Fabienne Brutus

Date de saisie : 10/04/2006

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : J.-C. Gawsewitch éditeur, Paris, France

Collection : Le lieu et l'heure

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-35013-051-4

GENCOD : 9782350130514


  • La présentation de l'éditeur

ANPE, quatre lettres lourdes de sens pour un nombre croissant de Français. Pour la première fois, une conseillère à l'emploi lève le voile sur cette noble institution, conçue à l'origine pour favoriser la rencontre entre l'offre et la demande d'emploi, devenue au fil du temps une machine à «gérer des stocks».

Pour avoir côtoyé des travailleurs précaires, des chômeurs toujours plus nombreux dont elle a fait partie, Fabienne Brutus dénonce l'instrumentalisation à des fins électoralistes de la «politique du chômage». À l'heure du démantèlement du Code du travail, d'un plan ironiquement baptisé «de cohésion sociale», à l'heure où le CDI devient un graal improbable, elle passe au crible les dysfonctionnements, commente les chiffres introuvables ou «arrangés», les formations inappropriées, les bilans de compétence hors sujet... Malgré le devoir de réserve professionnelle qui lui est imposé, elle revendique son droit à la liberté d'expression et nous révèle le dessous des cartes.

Âgée de 31 ans, l'auteur exerce la profession de «conseillère à l'emploi». Elle a rencontré la minorité de tricheurs qui alimente la machine à fantasmes néo-libéraux, mais elle s'est surtout trouvée confrontée aux innombrables personnes sans emploi prêtes à tout pour retravailler. Lasse d'entendre parler d'une supposée «baisse significative du chômage», elle signe ici un document édifiant.



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  • La revue de presse Marion Van Renterghem - Le Monde du 7 avril 2006

Le vrai nom de Fabienne Brutus est Fabienne Brutus. Ce n'est pas un pseudonyme, comme pourraient le laisser penser les banderilles que cette jeune femme de 31 ans vient planter dans le dos de son employeur, l'ANPE. L'illustre Agence nationale pour l'emploi a déjà subi sur sa droite, jeudi 23 mars, un rapport sévère de la Cour des comptes. Une semaine plus tard, la voilà attaquée sur sa gauche par l'une de ses propres conseillères aux airs de fillette sagement insolente, qui dégaine ce pamphlet culotté : Chômage, des secrets bien gardés. Où elle épingle gabegie, chiffres faussés, radiations abusives, paperasserie inefficace, argent public gaspillé.

Il n'y avait qu'à pas énerver Fabienne Brutus. Ce qu'elle n'a pas supporté, c'est d'entendre à l'automne 2005 l'annonce triomphante de la baisse du chômage en France. Tout ce qu'elle constatait depuis le siège de son agence, dans l'Aude, venait le démentir. Tout ce qu'elle observait sur le déplacement subtil des chômeurs d'une "catégorie" à l'autre pour le besoin de les faire disparaître des statistiques concourait à l'indigner. Alors, ne sachant pas à qui le dire, elle a appelé à tout hasard le répondeur téléphonique de "Là-bas si j'y suis", l'émission de Daniel Mermet sur France Inter. Celui-ci a aussitôt passé un appel à l'antenne pour retrouver cette employée en colère et lui tendre le micro. Fabienne a fait un tabac. Des télévisions ont suivi. Un éditeur lui a commandé un livre. Fabienne Brutus l'a écrit en deux mois et demi. Un coup de gueule dans un style étonnamment maîtrisé. Qui ne doit rien, assure-t-elle, au fait qu'elle est membre d'Attac et du syndicat SUD...

Le dénombrement des chômeurs est le point de départ du livre. Les chiffres sont publics, mais le Bureau international du travail définit le chômage en retenant la seule "catégorie 1". Définition : "personne sans emploi, immédiatement disponible, recherchant CDI à temps plein". Ne sont pas comptabilisées dans le chiffre final les sept autres catégories (personnes non disponibles immédiatement parce qu'en formation, personnes recherchant CDD ou CDI à temps partiel, etc.).



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

«La tendance est au beau fixe. La décrue du chômage se confirme». Dès les premiers mots, mon poil d'agent ANPE se hérisse. Je suis en train d'écouter France Info. Depuis quelques semaines, la presse est unanime. Le gouvernement se félicite, les journalistes relaient, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Chiffres à l'appui, les médias soulignent la réussite du Plan de cohésion sociale. L'ANPE est à l'origine de ces chiffres-là. J'ai donc participé sciemment à cette mascarade. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ces rouages trop bien huilés méritent leurs grains de sable. Je ne peux pas laisser dire. Ces discours propagandistes sont à l'opposé de ma version des faits. Je connais les risques encourus. S'exprimer, c'est s'exposer aux sanctions. Dans quelques mois, ce livre me vaudra peut-être de rejoindre à mon tour les rangs des chômeurs. Se taire, c'est collaborer. Mon choix est fait. En me rendant tous les matins sur mon lieu de travail, pour n'y accomplir que des tours de passe-passe, je cautionne le système en place. Aucune amélioration depuis l'avènement du «client» qui a remplacé le chômeur, bien au contraire. Depuis le nouveau logo, nous avons un nouveau slogan : «Réunir les gens qui doivent se rencontrer». L'employeur et l'intérimaire ? L'huissier et le chômeur ? L'ANPE se sent pousser des ailes matrimoniales. «Réunir souvent des gens qui doivent se rencontrer sous peine de radiation» était sans doute moins commerçant. Chômeurs et conseillers souffrent de concert. Les uns cherchent sans succès, les autres peinent à proposer. Comment en est-on arrivé là ?...

Est-il seulement possible d'intervenir sur le marché de l'emploi ? Qui sont vraiment les salariés investis de cette mission de service public ? À quel quotidien font-ils face ? De quels outils disposent-ils ? En quoi les missions de l'ANPE ont-elles changé ? Quel poids a-t-elle vis-à-vis de ses «partenaires» privés ? Il faut toiletter le fichier, oser la mobilité salariale, segmenter le public, répartir les clients dans les portefeuilles... Le marketing règne en maître. Pour le bien des chômeurs ? «Vous allez me dégager ça» Ça, c'est quelqu'un. Un chômeur, précisément...

Si jusque-là rien n'a filtré, si personne ne parle (malgré le ras-le-bol des intéressés eux-mêmes et le droit de savoir des chômeurs), c'est que la liberté d'expression, pilier du fonctionnement républicain, est fortement concurrencée par la «discrétion professionnelle» et autres «neutralités» exigées par la fonction...

Pour museler les conseillers, il existe un outil efficace une circulaire Dagemo, parue en 1999. Elle réglemente les relations que les «fonctionnaires et agents publics de l'administration du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle» pourraient avoir avec les médias.


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