Auteur : Vassilij Grossman
Traducteur : Collectif
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : R. Laffont, Paris, France
Collection : Bouquins
Prix : 30.00 € / 196.79 F
ISBN : 978-2-221-10193-3
GENCOD : 9782221101933
Qui ne se souvient du monologue récité par la grande Catherine Samie au Studio Théâtre, «la Dernière Lettre» ? Une juive russe, enfermée par les Allemands dans le ghetto d'une ville ukrainienne, sait qu'elle va être gazée : sa dernière lettre adressée à son fils est pour lui insuffler l'amour de la vie. Cet admirable texte n'est autre que le chapitre 18 de «Vie et destin», énorme roman terminé en 1959, interdit en URSS, publié pour la première fois en Suisse en 1980 : un des livres majeurs du XXe siècle, que la présente édition, dans une traduction revue et complétée, devrait mettre enfin à sa vraie place, entre ceux de Primo Levi, d'Alexandre Soljenitsyne, de Varlam Chalamov.
Vassili Grossman a choisi la forme de la saga historique, en axant son roman sur un événement décisif de l'histoire (la bataille de Stalingrad) et en liant le destin de la Russie à celui d'une famille. Une fresque épique d'une variété et d'un souffle inépuisables, à la hauteur de la tragédie vécue par le peuple russe...
Il fut l'un des premiers à comparer le communisme au nazisme. Son oeuvre, publiée en un volume, conserve une force littéraire intacte.
«Le brouillard recouvrait la terre.» Par cette phrase s'ouvre Vie et Destin. Par cette métaphore, aussi, qui court dans l'oeuvre de Vassili Grossman : de Treblinka au stalinisme, l'écrivain a tenté de percer les brouillards criminels de son siècle... Lorsque sont publiés ses premiers textes, il est adoubé par Gorki et, donc, par le régime. Entre son irruption sur la scène littéraire, en artiste officiel, et sa mort, cancéreux et réprouvé, en 1964, il y a trente ans - et un livre majeur pour la conscience et la littérature mondiale, Vie et Destin, qui embrasse le second conflit mondial, décrit l'univers concentrationnaire et perçoit, en pionnier, les proximités du nazisme et du stalinisme. Correspondant de L'Etoile rouge pendant la guerre, Grossman assiste à la bataille de Stalingrad, pivot de Vie et Destin, puis, avançant aux côtés des troupes soviétiques, il recueille, pour Le Livre noir, publié avec Ilya Ehrenbourg, les témoignages sur l'extermination des Juifs d'Europe - une tâche d'autant plus sombre que sa mère, il le sait, a été assassinée par les Einsatzgruppen à Berditchev en 1941. Son martyre lui inspire «La Lettre», un des passages les plus connus de Vie et Destin, écrit dans le climat antisémite de l'URSS de l'après-guerre, qui lui révèle peut-être la véritable nature de ce pouvoir. Dans cette saga soviétique, le face-à-face entre un officier allemand et un membre du Komintern est symbolique... Son roman testament, Tout passe, et ses nouvelles, dont certaines sont aujourd'hui traduites pour la première fois en français, témoignent d'un même credo : la bonté doit être substituée au bien..
Relire Vassili Grossman, un quart de siècle après la révélation au monde de Vie et destin, c'est revivre un des plus lumineux miracles littéraires du XXe siècle. En fait, deux miracles : la naissance d'un roman ample comme Guerre et paix, traversé d'éclairs comme Les Démons, débordant d'humanité comme les récits de Tchekhov, et le sauvetage d'un texte condamné à mort par le pouvoir soviétique et ses sbires littéraires. Brouillons et copies tous confisqués, l'oeuvre devait disparaître...
Le monde de Grossman est resté marqué par Stalingrad (c'était le premier titre de la dilogie) : il y a passé les mois les plus terribles, ses collègues correspondants de guerre repartaient écrire à l'arrière, lui restait dans l'ascèse du feu, accompagné de la mort comme d'un turban de mouches. "La puissance du malheur était immense", écrit-il dans Pour une juste cause. Vision unanimiste du chaudron humain, la dilogie raconte le malheur, et dit le bonheur : dans Vie et destin, l'îlot de la "Maison 6 bis" galvanise une poignée d'hommes, et le soldat Serioja et la "radio" Katia s'aiment, Daphnis et Chloé dans un champ de feu...
Un récit de 1955, La Madone Sixtine, livre une clé pour l'oeuvre : le tableau de Raphaël, tant aimé par Dostoïevski, fut exposé à Moscou avant d'être restitué à Dresde. Staline inspecte le tableau en caressant ses moustaches. Grossman à son tour s'approche du tableau et voit la jeune Madone au regard si triste, l'enfant si grave, il aperçoit "la force d'esprit qui se matérialise", une énergie qui se fait chair et qui inverse la découverte d'Einstein, il voit Treblinka, Kolyma, toute son oeuvre future.
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