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Cahier critique de poésie, n° 11. Dominique Fourcade

Couverture du livre Cahier critique de poésie, n° 11. Dominique Fourcade

Date de saisie : 05/04/2006

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Farrago, Tours, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-84490-176-7

GENCOD : 9782844901767

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  • La présentation de l'éditeur

La loi du nombre (qui joue pour Paul Bourget et Françoise Sagan mais contre Kafka), l'impératif du moment (qui dicte de bonnes manchettes à un journaliste intuitif mais nous vaut les mauvais romans d'Aragon), l'exigence du lieu (qui débouche tôt ou tard dans le folklore) sont, en littérature, les plus trompeurs des critères.

Georges Henein





  • Les premières lignes

DOMINIQUE FOURCADE et FRÉDÉRIC VALABRÈGUE

Un entretien (extrait) :

Frédéric Valabrègue : Si vous le voulez bien, nous allons rester sur vos trois derniers livres : en laisse, sans lasso et sans flash, éponges modèle 2003 parus en même temps en juin dernier. La quatrième de couverture nous prévient chaque fois de leur intrication en un seul ensemble. Pouvez-vous nous préciser votre projet ?

Dominique Fourcade : Je pensais que répondre par écrit à vos questions me faciliterait les choses, c'est le contraire qui se produit. Je devrais pourtant savoir que l'écriture est le plus sûr moyen de s'écraser contre un mur. Vous préciser mon «projet», ainsi que vous me le demandez, m'impose un retour en arrière pour mieux dire le contexte de l'écriture de ces trois livres. On m'avait proposé, il y a plus de trois ans, de participer à la réalisation de l'exposition David Smith, a centennial au Guggenheim Museum à New York. On me demandait en fait de la codiriger, et j'avais accepté de le faire. Plusieurs raisons à cela. J'éprouve pour la sculpture de David Smith la plus grande admiration ; faire une exposition est pour moi une autre façon de faire un poème (la poésie ne relève pas de la seule écriture, loin de là) ; et faire une exposition Smith revenait à boucler dramatiquement une des boucles de ma vie. Je m'explique : lorsque je suis arrivé à New York pour la première fois, c'était en 1971 je crois, j'étais là-bas pour découvrir les Matisse des collections américaines, et pour comprendre ce que pouvait être cette Amérique qui avait aimé Matisse si précocement, si courageusement et avec tant de discernement. Mais la première chose que j'ai vue, le premier soir, chez Clement Greenberg, était une sculpture de David Smith, Voltri Bolton XXIII. C'était totalement inattendu et inoubliablement beau, je ne savais rien de Smith (et mon ignorance a beaucoup fait rire de moi ce soir-là chez Greenberg...). Dans la seconde j'ai compris que j'étais devant l'oeuvre d'un très grand artiste, je n'ai eu de cesse d'en voir plus - et le lendemain je commençais l'Amérique non pas par Matisse mais par Smith, je voyais Hudson river landscape au Whitney et Australia au Moma, j'étais saisi pour toujours - et je savais que je devrais désormais approfondir cette oeuvre tandis que je commençais d'assimiler et d'aimer une tout autre Amérique, autrement violente et absolument originale, celle précisément où avait pu se produire un artiste tel que Smith.

Depuis nous ne nous sommes jamais quittés, lui et moi. Et quand est venue la troublante proposition de faire l'exposition, c'était quelque chose que j'avais tellement souhaité il y a des années, j'ai connu un mélange d'incrédulité et d'affolement heureux, j'ai abandonné un livre que j'avais commencé et qui venait de trouver son titre, éponges modèle 2003 (je sais ce que c'est que d'abandonner l'écriture, quelle imprudence et quelle impudence, et quelle transgression et combien ça se paie), et je me suis lancé, de toute mon angoisse, dans le projet Smith. J'y ai travaillé dix-huit mois, à redécouvrir et à recomprendre la sculpture de Smith, allant d'émerveillement en émerveillement. Mais les conditions de travail se sont faites si dures qu'il devenait très négatif pour moi de poursuivre, et j'ai mis fin à ma collaboration à l'exposition, non sans en avoir poussé très loin la formulation. J'ai arrêté mais Smith n'a pas arrêté en moi. J'ai arrêté et me suis retrouvé désolé et dévasté d'avoir dû m'arracher à un travail qui m'était si cher - rupture de destin, ou bien c'est le destin qui reprend son cours, et je me suis retrouvé sans rien, parce que l'écriture ne se laisse pas rejoindre comme ça. Impossible, bien sûr, de reprendre éponges modèle 2003 où je l'avais laissé, le livre ne m'avait pas attendu pour mourir - rien de surprenant mais rien de facile.


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