Auteur : Véronique Fiszman
Date de saisie : 04/04/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-08-068733-3
GENCOD : 9782080687333
Pour ses parents paysans, Corinne Chénier est devenue un poids. Elle rejette sa condition et ne pense qu'à quitter la ferme au plus vite. N'ayant pas les moyens d'accéder aux études, elle compte s'en sortir coûte que coûte. Les lumières de la ville l'attirent, elle attend de la réussite professionnelle qu'elle lui fasse oublier la disparition de son frère jumeau. Incapable d'admettre cette perte, traquée par la souffrance, son instinct de survie et sa volonté de fer la maintiennent debout. Elle puise en elle une force guerrière pour grimper les échelons de la société dont elle attend tout. Soutenue et protégée par Renée, une vieille dame aimante et attachante, Corinne se construit maladroitement. C'est en cherchant l'apaisement qu'elle trouve le conflit. C'est en fuyant les sentiments qu'elle rencontre l'amour.
Au fil du roman, l'auteur nous entraîne dans l'intimité des personnages qui entourent Corinne, fouille leur passé, fait ressurgir leurs terribles secrets ou au contraire le vide de leur vie. En décrivant plusieurs milieux - celui de la bourgeoisie de province, du monde de l'entreprise - sans sympathie particulière ni complaisance pour toutes les formes que revêt le pouvoir, il fait d'A moins d'aimer un roman en prise avec la réalité, inscrit dans notre société, depuis la fin des «Trente Glorieuses» jusqu'à nos jours.
Véronique Fiszman est pianiste compositeur. Elle collabore également à l'écriture de scénarios pour la télévision. Elle est l'auteur de deux romans chez Flammarion, Histoires d'en pleurer (2001) et Les Voisins (2003).
-... Dire toujours «demande au père», ou «demande à la mère», c'était comme une volonté de nous faire comprendre qu'ils ne nous appartenaient pas. Les autres à l'école nous parlaient de leur père, de leur mère, nous seulement du père ou de la mère. Comme si la seule chose qui leur appartenait et à laquelle ils appartenaient se réduisait à la ferme. La ferme : ce qui est le plus important. Nous, c'était un plus, du luxe parce qu'on leur coûtait cher. Un luxe qu'ils n'avaient pas choisi mais qu'ils admettaient. Contrairement aux vacances...
- Vous voulez dire qu'ils ne vous ont pas désirée ?
- Je ne crois pas, aucun de nous quatre. Mais bon, à l'époque, la contraception, et puis la religion...
- Les bêtes passaient avant nous. Quand une vache mettait bas, si ça se passait mal, on faisait venir le vétérinaire. Jamais le médecin ne s'est déplacé en pleine nuit pour nous. On attendait le lendemain matin, toujours.
- Perdre un veau, c'est perdre de l'argent...
- Et perdre un enfant ?
- Parlez-moi de vos frères.
- Je ne peux pas.
- Vous l'avez déjà fait.
- Oui mais là, je n'en ai pas envie.
- Très bien, continuez...
- Les vacances, c'était pour les autres, pour les cons qui n'avaient plus le sens des réalités. Plus le sens de l'argent. Pour quoi faire, partir en vacances ? C'est du gaspillage. Acheter pour la ferme, ça oui, la seule chose qui ne les rendait pas coupables, et maintenant ? Ils ont une si petite retraite qu'ils sont obligés de louer nos chambres pour s'en tirer.
- La séance est terminée.
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