Auteur : François Cheng
Date de saisie : 29/04/2006
Genre : Essais littéraires
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-226-17215-0
GENCOD : 9782226172150
Méditations.
«En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu'à l'opposé du mal, la beauté se situe bien à l'autre bout d'une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal ; de l'autre, la beauté. Ce qui est enjeu n'est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté.»
François Cheng
«En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu'à l'opposé du mal, la beauté se situe bien à l'autre bout d'une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal ; de l'autre, la beauté. Ce qui est en jeu n'est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté.»
Confronté très jeune à ces deux «mystères» par la fréquentation de l'époustouflant site du mont Lu, dans sa province natale d'une part, par le terrible massacre de Nankin perpétré par l'armée japonaise de l'autre, François Cheng nous livre ici ses réflexions les plus abouties sur les questions existentielles les plus radicales, qui n'ont cessé de travailler en lui. Ce faisant, il nous fait revisiter les moments phares de la culture d'Orient et d'Occident.
François Cheng est né en 1929 dans la province de Shandong, non loin du Yang Tsé et des brumes du Mont Lu. II vit en France depuis 1949. Universitaire, poète, calligraphe, traducteur en chinois de Baudelaire, Rimbaud, René Char, des surréalistes, etc., auteur d'essais remarquables sur la poésie et l'art de la Chine, il a reçu en 1998 le prix Femina pour son premier roman Le Dit de Tianyi publié par Albin Michel et le prix André Malraux du livre d'art pour Shitao : la saveur du monde (Phébus). Il a également reçu le Grand Prix de la Francophonie pour l'ensemble de son oeuvre en 2001, et a été élu à l'Académie française le 13 juin 2002. Il a publié chez Albin Michel une oeuvre poétique, Le Livre du vide médian (2004).
... François Cheng a l'éloquence d'un sage, la méthode d'un Socrate moderne, pratiquant la maïeutique sous péridurale.
Sa réflexion se porte aujourd'hui sur la beauté parce que le Mal, telle la bêtise selon Monsieur Teste, fait des progrès. Il en est selon Cheng l'antithèse, s'étalant sous nos yeux, prenant la forme de la violence, de l'art dégradé, ou de l'urbanisme triste...
Ce Chinois arrivé en France en 1948, déjà pétri de littérature, reste fidèle à sa vocation de «passeur». S'il développe la conception taoïste du yin, du yang et du vide médian, c'est moins pour faire exotique que pour contribuer à approfondir la réflexion trinitaire, et plus largement la pensée ternaire, qui est au coeur de la philosophie occidentale. Et lorsqu'il cite Confucius : «Je voudrais rendre la vertu aussi appétissante que le désir charnel», on se prend à songer que cette citation ferait une belle introduction au discours de l'Académie consacré annuellement à cette disposition.
Quand François Cheng disserte sur la beauté, et ses conséquences manifestes, on croirait qu'il va embrayer sur d'autres mots clés de la philosophie, comme l'amour ou la vérité. Il n'en est rien. Sa démarche est celle d'un érudit coutumier des chemins parallèles où il avance à sa guise. Cet inclassable est un passager clandestin de la philosophie. Ce trafiquant enrichit les trésors qui lui passent entre les mains.
Alors qu'il parle, sa voix est couverte par les cloches du couvent voisin. Il sourit finement à cet intermède qui ajoute à la magie de l'instant et murmure : «Chaque beauté illustre toujours le premier matin du monde.»
En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourra paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu'à l'opposé du mal, la beauté se situe bien à l'autre bout d'une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l'univers vivant: d'un côté, le mal ; de l'autre, la beauté.
Le mal, on sait ce que c'est, surtout celui que l'homme inflige à l'homme. Du fait de son intelligence et de sa liberté, quand il s'enfonce dans la haine et la cruauté, il peut creuser des abîmes pour ainsi dire sans fond. Il y a là un mystère qui hante notre conscience, y causant une blessure apparemment inguérissable. La beauté, on sait aussi ce que c'est. Pour peu qu'on y songe cependant, on ne manque pas d'être frappé d'étonnement : l'univers n'est pas obligé d'être beau, et pourtant il est beau. A la lumière de cette constatation, la beauté du monde, en dépit des calamités, nous apparaît également comme une énigme.
Que signifie l'existence de la beauté pour notre propre existence ? Et en face du mal, que signifie la phrase de Dostoïevski : «La beauté sauvera le monde» ? Le mal, la beauté, ce sont là les deux défis que nous devons relever. Ne nous échappe pas le fait que mal et beauté ne se situent pas seulement aux antipodes : ils sont parfois imbriqués. Car il n'est pas jusqu'à la beauté même que le mal ne puisse tourner en instrument de tromperie, de domination ou de mort. Une beauté qui ne serait pas fondée sur le bien est-elle encore «belle» ? Intuitivement, nous savons que distinguer la vraie beauté de la fausse fait partie de notre tâche. Ce qui est en jeu n'est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté.
Il vaut peut-être la peine que je m'attarde sur la raison plus intime qui me pousse à traiter de la question de la beauté et à ne pas négliger non plus celle du mal. C'est que très tôt, enfant encore, en l'espace de trois ou quatre ans, j'ai été littéralement «terrassé» par ces deux phénomènes extrêmes. Par la beauté d'abord.
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