Auteur : Fabienne Ferrère
Date de saisie : 04/04/2006
Genre : Policiers
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Grand public
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-207-25765-4
GENCOD : 9782207257654
Roman d'aventures sur lequel planent (es ombres d'Alexandre Dumas et de Paul Féval, intrigue politique et religieuse soutenue par une langue riche et authentique, Un chien du diable mêle admirablement vérité historique et enquête policière.
Rouen. Novembre 1594.
Ambroise Roquebrune, huitième comte de Bleuse, s'introduit nuitamment dans l'église Saint-Nicaise afin de récupérer un document qu'on lui a dit susceptible de jeter à bas de son trône le roi de France, Henri IV. Mais alors que le comploteur croit avoir mis la main sur le parchemin si précieux, la gorge lui est tranchée et un flot d'injures parvient à ses oreilles :
«Maudit, tu n'aurais jamais dû naître. Retourne dans les ténèbres de ta chienne de mère.»
Peu avant l'aube, le corps du comte est découvert crucifié, la bouche pleine d'hosties. Sacrilège !
Pis, les bénitiers de l'église Saint-Nicaise ont été remplis de sang.
Redoutant un nouvel affrontement entre catholiques et huguenots, un des conseillers d'Henri IV charge un cavalier de faire toute la lumière sur cette affaire: Gilles Bayonne. Ce dernier, doté d'un tempérament trempé comme l'acier de son épée, comprend aussitôt que ce qui se trame à Rouen pourrait tout aussi bien lui faire gagner les faveurs du roi que l'envoyer droit en enfer... car il y a bien peu de soldats au paradis.
Fabienne Ferrère est professeur de philosophie à Toulouse. Un chien du diable est son premier roman. Et pour un coup d'essai... c'est un coup de maître.
Extrait du prologue :
D'un bond, l'homme se précipita dans l'ombre d'un porche. Pour un peu, il butait contre la milice chargée des rondes nocturnes. Seul le grincement de la lanterne suspendue à une chaîne l'avait averti de la venue des soldats, au moment même où ceux-ci s'apprêtaient à déboucher au coin de la rue. Le visage plaqué contre le mur suintant d'humidité, il attendit sans bouger.
Ce n'était pas ces rustres du guet qui s'interposeraient entre lui et sa fortune toute proche. Ses lèvres se plissèrent en un rictus. L'heure de la vengeance avait sonné. Le roi l'avait traité de haut, sans égard aucun pour sa lignée ni pour son titre. Lui, Ambroise Roquebrune, s'était vu contraint, jour après jour, de se mêler à la cohorte pouilleuse des quémandeurs venus guigner les rentes et pensions chichement lâchées par ce ladre d'Henri IV. Lui, huitième comte de Bleuse, dont l'aïeul avait combattu aux côtés de Louis IX lors de la bataille de Taillebourg, avait dû jouer des coudes au milieu des plus vils rebuts humains pour se frayer un chemin jusqu'à ce parpaillot qui, après un simulacre de conversion, usurpait le trône de France. Et qu'avait-il gagné à plier le genou devant le roi ? Rien ! On ne lui avait pas même fait l'aumône d'une fausse promesse comme à tant de gueux sans nom ni blason. Le Béarnais l'avait écouté d'une oreille distraite et s'était retourné à grands pas, le plantant là, au milieu de sa requête, le genou toujours à terre. De rage, l'homme serra les poings. Le bâtard de la putain d'Albret allait apprendre ce qu'il en coûtait de fouler aux pieds l'honneur d'un gentilhomme bien né.
Les soldats n'avaient pas traîné, pressés sans doute de rentrer se réchauffer autour d'un godet d'eau-de-vie. Le raclement de leurs bottes sur les pavés et la voix métallique de la lanterne s'estompèrent, puis le silence retomba. Ambroise Roquebrune essuya la moisissure visqueuse collée à son front. Il jeta un coup d'oeil dans la rue et reprit sa marche.
Il n'y avait pas âme qui vive dans les venelles de la ville endormie. En ce mois de novembre 1594, le froid insidieux qui gagnait Rouen dès la nuit tombée décourageait les plus vaillants des fêtards : mieux valait cuver son vin bien au chaud. Qui risquait-il de rencontrer de toute façon ? Un chat en goguette et l'habituelle légion de rats fouinant dans les immondices laissées aux portes des maisons. Quant aux malandrins à l'affût d'une proie facile, qu'ils viennent se frotter à lui s'ils l'osaient ! Le comte de Bleuse flatta de la main la garde de son épée, placée bien en évidence sur sa cape pour dissuader les éventuels coupe-jarrets. Mais ce n'était pas avec elle qu'il comptait se débarrasser de cette misérable sangsue. Il se baissa pour vérifier l'attache du couteau dissimulé en sa botte et se mordit la joue, étouffant un cri.
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