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Dites-le avec du poison

Couverture du livre Dites-le avec du poison

Auteur : Ann Granger

Traducteur : Aline Sainton

Date de saisie : 03/04/2006

Genre : Policiers

Editeur : L. Levi, Paris, France

Collection : Piccolo, n° 38

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-86746-413-3

GENCOD : 9782867464133


  • La présentation de l'éditeur

Pour un mariage raté, c'est un mariage raté ! Si Meredith Mitchell, consul de Grande-Bretagne en Yougoslavie, éprouve quelque appréhension à son retour en Angleterre à l'occasion du mariage de la fille de sa cousine Eve, une célèbre actrice, elle ne s'attend certes pas aux macabres découvertes qui vont se succéder. C'est d'abord sur la grille du ravissant presbytère un bien menaçant petit paquet sanguinolent, puis le cadavre d'un chat empoisonné, puis pire encore... Jalousies, lâchetés, chantages, autant de secrets que découvrira Meredith derrière l'apparence paisible de ces jardins anglais.

ANN GRANGER est familière, pour y avoir longuement travaillé, de l'univers feutré des ambassades. Il ne faut donc pas s'étonner que son héroïne préférée en soit issue. Mais elle connaît aussi sur le bout des doigts l'atmosphère tranquille et inquiétante de la campagne anglaise où elle vit aujourd'hui, à proximité d'Oxford. C'est là qu'elle situe la plupart de ses romans.

«Si quelqu'un en doutait encore, ces "britanniques dames" ont réellement le don pour créer des machines à suspense propres à faire trembler le continent.»

VICTOR BLANCHE, À nous Paris



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  • Les premières lignes

Journée de travail assidu, plus voyage en tramway bondé, plus trajet poussiéreux dans une rue écrasée de soleil, Meredith n'en pouvait plus. Et pour faire bonne mesure, l'ascenseur était en panne, une fois de plus. La jeune femme lui lança un regard furibond. Pourtant ce n'était pas un caprice exceptionnel, ni même surprenant. Cet ascenseur était une pièce de musée, une sorte de cage à singes pour zoo privé de l'époque victorienne, un cube tarabiscoté dont les barreaux de fer forgé s'épanouissaient au sommet en feuilles d'acanthe. Le treuil était fièrement en évidence, comme dans un jeu de Meccano. Une plaque métallique fixée à une feuille d'acanthe précisait en allemand que l'ascenseur datait de la grande époque de l'Empire austro-hongrois. Quelque plaisantin avait collé à l'intérieur de la cage une carte postale (sans doute rapportée d'un voyage à Vienne, juste de l'autre côté de la frontière) représentant l'empereur François-Joseph. Elle y était restée, traitée par le vieux concierge croate avec la révérence réservée aux images pieuses.

Meredith adressa une grimace amicale au respectable souverain à moustache de phoque et vareuse bleue à boutons dorés. Ce soir, son impériale majesté avait l'ascenseur pour lui tout seul.

Elle ramassa son porte-documents et se mit à gravir l'escalier gracieusement arrondi, longeant avec lassitude la cage au plus près. Malgré sa peinture écaillée, les toiles d'araignées sous les voûtes et son air de tomber en poussière, l'immeuble avait conservé une certaine élégance fin de siècle. L'escalier, dont Meredith atteignait maintenant le deuxième étage, était assez large pour des crinolines. Mais le chauffage était défectueux, la plomberie capricieuse et les rats avaient colonisé les caves. Parfois, l'un d'eux s'égarait jusque dans les étages et Meredith, sortant un soir tard de son appartement, en avait trouvé un en train de se nettoyer les moustaches sur le palier. Cela ne l'empêchait pas d'aimer l'immeuble, et elle n'enviait pas aux autres membres du consulat leurs appartements modernes dans des blocs de béton sans âme exilés dans le désert des nouveaux faubourgs. Et puis ici, elle était obligée de relativiser, son environnement lui faisait voir les choses sous un angle différent. D'une manière ou d'une autre, n'est-ce pas, le temps apporte toujours une solution, semblait dire le vieil immeuble avec un clin d'oeil complice de vieux boulevardier encore vert.

Elle arriva devant sa porte, haletante et en nage sur le palier mal aéré. Marija, la femme de ménage, était venue le matin et avait astiqué la boîte aux lettres en cuivre, toujours ornée de l'inscription Briefe en lettres gothiques. En réalité, aucun facteur ne se donnait plus la peine de monter les lettres et le courrier était déposé dans des boîtes aux lettres en tôle, numérotées et fixées au mur de l'entrée.


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