Auteur : Paul Payan
Date de saisie : 02/04/2006
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Aubier, Paris, France
Collection : Collection historique
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-7007-2343-4
GENCOD : 9782700723434
Aussi curieux que cela paraisse, on prie peu Joseph au Moyen Age. Ce vieillard au rôle guère reluisant, ni précurseur, ni apôtre, ni martyr, sollicite peu les fidèles et embarrasse les théologiens : que faire de son épineux statut d'époux de la Vierge ? Quelle paternité attribuer à celui qui a élevé le fils de Dieu ? A partir du XIVe siècle, Joseph sort de l'ombre : les franciscains débattent pour savoir s'il est le dernier des patriarches ou le premier des saints, et ils érigent l'humble charpentier en modèle pour tous les chrétiens. Au siècle suivant, alors que le Grand Schisme divise la chrétienté tout entière, que la France est déchirée par les rivalités entre Armagnacs et Bourguignons, c'est une véritable campagne de promotion en faveur de Joseph qui est lancée : à sa tête, Gerson, l'un des plus célèbres théologiens de l'époque, se dépense sans compter pour célébrer les noces de Joseph et de Marie, louer la paternité responsable de celui qu'il qualifie de "saint" et l'égaler, enfin, à Jean-Baptiste. A la fin du XVe siècle, l'Eglise institue une fête en l'honneur de Joseph ; une authentique dévotion populaire naît alors, qui connaîtra son apogée au XIXe siècle. Ce que ce livre relate, s'appuyant sur des textes et des images fort variés, c'est l'histoire d'une ascension liturgique et symbolique unique, celle de la figure la plus touchante, la plus humaine peut-être, du christianisme : un père qui accompagne avec tendresse les gestes d'une mère et de son enfant.
Paul Payan est maître de conférences en histoire médiévale à l'université d'Avignon.
«Sans mère au ciel, et sans père sur terre», bref un orphelin, où qu'il se retourne. Due à Isidore de Séville et souvent reprise, cette formulation théologique a défini, jusqu'au Moyen Age tardif, la double filiation du Christ : terrestre et temporelle du côté maternel, divine et éternelle du côté paternel. A Joseph, l'époux de Marie et père légal de l'Enfant, revenait, évidemment, un rôle effacé et pourtant problématique dans la continuité du récit évangélique fondateur, où il s'agissait avant tout d'affirmer la virginité de la Madone. Cependant, entre le XIVe et le XVe siècle, les choses ont commencé à bouger en faveur du père humain de Jésus, qui acquiert, en quelques décennies, respectabilité, honneurs et, enfin, la reconnaissance tardive mais grandissante de sa sainteté. Paul Payan reconstitue cette étonnante palinodie... Pour ce faire, le jeune historien de l'université d'Avignon a suivi l'invention du nouveau statut de Joseph à travers les transformations du discours le concernant dans une lecture croisée de l'iconographie et de la théologie qui s'éclairent mutuellement, disant ouvertement, à tour de rôle, ce que l'autre cache...
Une mère, un père, un fils : l'image de la cellule de base de l'organisation sociale telle que la projettent la théologie, la peinture ou le théâtre de rue à la fin du Moyen Age est contrastée comme l'est d'ailleurs la société qui s'y contemple. C'est la grande réussite du Joseph de Paul Payan de donner à voir ce que cache la représentation médiévale de la famille, à savoir une reformulation de la famille chrétienne et, surtout, de la paternité en son sein, à travers non la découverte mais l'invention du père terrestre du Christ. Cette paternité est fragile, en proie aux doutes mais néanmoins irréprochable dans sa prise en charge de l'Enfant et émouvante, en face de la toute puissance du Père véritable, se construisant comme en contrepoint de celle-ci, voire par contraste ou opposition.
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