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Cet effrayant besoin de famille

Couverture du livre Cet effrayant besoin de famille

Auteur : Stéphanie Janicot

Date de saisie : 29/03/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-226-17227-3

GENCOD : 9782226172273

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  • La présentation de l'éditeur

Santa a 36 ans, elle est serveuse dans un bar des Halles, sa carrière de comédienne est en panne et ses amours inaboutis. Elle vient de rompre avec son amant et de renouer le fil avec Marco, son neveu qu'elle n'a pas revu depuis 10 ans.
A sa mort, son père avait laissé une situation familiale complexe, bâtie sur le mensonge. Santa connaissait l'existence de ses deux aînés, issus d'un premier mariage, mais lors de l'ouverture du testament paternel, elle allait découvrir l'existence d'un autre demi-frère et de son fils, Marco.
Aujourd'hui, Marco a 25 ans, il vit à Rome et s'occupe d'enfants des rues -une autre sorte de famille qui demande surveillance et affection. Pour que le lien ténu et profond qui unissait Santa et Marco puisse s'ancrer, il leur faudra explorer les secrets de famille dont les blessures restent vives.
C'est le portrait d'une femme qui n'est plus adolescente mais qui n'est pas encore mature, qui ne veut pas vieillir et qui ne le pourra pas tant que ne seront pas réglés ses problèmes familiaux : manipulation des aînés, affection trahie des plus jeunes, ombre gigantesque du père qui plane sur eux tous.

Journaliste, Stéphanie Janicot est l'auteur de nombreux romans (Soledad, Une traviata, Non, ma mère n'est pas un problème, La constante de Hubble...) et d'un recueil de nouvelles publié l'an passé Tu n'es pas seul(e) à être seul(e).





  • Les premières lignes

Rupture.

Paris, janvier 2004.

Il dit c'est fini.
Il reste immobile devant elle, son cou de taureau, ses épaules massives, ses cheveux noirs, son regard perçant. Elle, incapable d'ajouter un mot, et d'ailleurs c'est une remarque qui n'en appelle pas. Elle pense confusément que c'est là une non-fin, à l'image de cette non-histoire qui s'est prolongée au hasard, au-delà des années. Qui n'avait pas connu de vrai début, plutôt un concours de circonstances, ni de vrai développement, mais un enchaînement de rencontres qui ressemblait à de l'habitude.
Il n'est ni triste, ni agacé, il constate, c'est fini.
Santa n'imagine pas encore le lendemain ni les jours suivants, le vide, le rien. C'est une rupture à l'amiable, sur une presque déclaration, une demande en mariage. Il n'y a pas de quoi pleurer. Il aurait voulu la transformer en épouse polie et mondaine. Elle, logique, décline. C'était écrit, non ? En réalité sa phrase exacte est «bon, alors c'est fini, puisque tu le souhaites». Ce n'est pas pareil. «Bon alors» marque la résignation, la soumission à la décision de l'autre, la sienne donc. L'associer à «puisque tu le souhaites» est un pléonasme. Elle ne pourra s'en prendre qu'à elle. Il a fait ce qu'il pouvait, lui a proposé l'amour éternel, la vie enviée d'épouse de diplomate, en quoi était-ce si inacceptable ? Même s'il fallait pour cela s'installer à Madrid.
Elle se souvient des dimanches de son enfance à Madrid. Après la messe, sa mère retrouvait ses comadres. Plaza Major. Elle tenait la main de Santa, ferme dans la sienne, comme si elle devinait que le voeu secret de l'enfant était de lui échapper. Elle vantait ses exploits scolaires, anticipait le destin hors du commun qui l'attendait. Les braves femmes tendaient à ces enfantillages une oreille complaisante, croyant dur comme fer que Santa serait la future Marie Curie, ou la première femme chef du gouvernement espagnol, ou même l'épouse du futur roi Felipe. Personne ne doutait de son avenir. Sa mère ne laissait rien de son éducation au hasard. Aucune petite fille de Madrid n'a été aussi surveillée que Santa.
Rafael dit c'est fini en la regardant dans les yeux. Il n'est pas fâché, perplexe plutôt. Tendre. Elle, dans la dureté de l'instant, ne cède pas. Ce n'est pas ainsi que se dessinait l'avenir. Rentrer au pays au bout de vingt ans, sans avoir rien accompli. Ni carrière, ni enfant, ni oeuvre qui clamerait que les années ne se sont pas écoulées en vain. Santa, la même, exactement, les rides en plus. Revenir sous le regard triomphant de sa mère. Ah, tu as voulu partir, mais qu'as-tu fait de ta vie ? Si seulement, tu m'avais écoutée ! Impossible, impensable. Elle va rester à Paris.


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