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Invisibles

Couverture du livre Invisibles

Auteur : Frédéric Boudet

Date de saisie : 27/08/2006

Genre : Poésie

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-87929-549-7

GENCOD : 9782879295497

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Un enfant peut-il se rendre invisible ?
Comment dorment les poissons ?
Lire Kundera rend-il plus clairvoyant ?
Pourquoi les pères ne postent-ils jamais les lettres qu'ils écrivent
à leurs fils ?

Voilà quelques-unes des questions que se posent les personnages
de ce livre. Blessés, distraits, inadaptés, ils semblent
en décalage constant avec le réel.

Pourtant, ces intranquilles ont quelque chose de rassurant.
Comme si la soudaine formulation du problème qui les occupe
était déjà un début de solution.


Frédéric Boudet est né au Mans en 1968 et vit aujourd'hui à Paris. Invisibles est son premier livre.





  • Les premières lignes

Invisible.
Quand mon père nous a annoncé qu'il allait prendre des cours d'aviation, j'ai vraiment cru que pour Paul ça allait marcher cette fois-ci. En fait d'expérience de pilotage, de toute sa vie mon père n'était monté que dans un charter pour la Tunisie avec ma mère, et il racontait toujours qu'il avait été à deux doigts de se faire pipi dessus au décollage et à l'atterrissage.
- Et alors, c'est justement parce que j'ai la frousse de monter dans ces machins que ça va réussir pour Paul !
Ça faisait plusieurs mois déjà que Paul ne disait plus rien, pas un mot, et qu'il restait des heures assis sur la balançoire dans le jardin, les yeux fixés sur l'océan, la tête partie personne ne savait où (enfin ça c'est ce que disaient mes parents). Il avait six ans et il n'avait jamais beaucoup parlé depuis sa naissance. Il avait débarqué trois ans après moi et je me souviens que ma mère avait pris plein de précautions pour me l'annoncer. Clarisse, viens près de moi... tu sais, tu vas avoir un petit frère... - comme si ça pouvait me poser un problème - mais il faut croire que ça en avait posé un à Paul : il avait refusé de sortir et il avait fallu l'expulser de son ventre presque deux semaines après le terme.
Tout le monde s'était très vite rendu compte que quelque chose clochait chez lui, parce que en général il préférait rester assis des heures à contempler les mouches plutôt que de se nicher dans les bras de maman. Une fois je l'avais entendue raconter à la mère de Linda, ma meilleure amie, qu'elle avait toujours su que Paul avait quelque chose. À sa naissance, il avait planté ses yeux dans les siens pendant deux bonnes minutes, sans ciller, comme s'il lisait au fond d'elle, comme ce type qu'elle allait consulter autrefois, tu te souviens, celui qui avait une épaule plus haute que l'autre lui avait demandé maman.
Moi, je savais que ses yeux voyaient bien au-delà des vagues qui venaient battre contre la dune, juste en bas du jardin. Souvent, quand il était petit, avant de s'endormir, quand nos parents lisaient côte à côte sur la terrasse, il me faisait comprendre qu'il voulait jouer à l'invisible. Ça voulait dire une chose: je devais me lever dans le noir en chemise de nuit, tâtonner un peu partout dans la chambre en murmurant Paul, Paul, je sais que tu es là, montre-toi ! et au bout de quelques minutes, j'allumais ma lampe de chevet, je me retournais vers son lit et je disais mais t'es où ? et lui, caché sous ses draps il me répondait Paul est invisible, Clarisse ne doit pas le dire... Je promettais et je me recouchais.
- Invisible ? Bien sûr que Paul est invisible !


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