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Comment taire le sujet ? : des discours aux parlottes libérales

Couverture du livre Comment taire le sujet ? : des discours aux parlottes libérales

Auteur : Serge Lesourd

Date de saisie : 28/03/2006

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Erès, Ramonville-Saint-Agne, France

Collection : Humus

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-7492-0563-2

GENCOD : 9782749205632

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  • La présentation de l'éditeur

L'auteur poursuit ici le travail engagé dans son dernier livre La construction adolescente (érès, 2005) sur les nouvelles formes d'expressions de la souffrance du sujet. Dépressions, stress, anorexies, suicides, scarifications, incivilités, violences, hyperactivités, toutes ces pathologies prennent place dans le nouveau lien social tissé par les parlottes postmodernes, caractérisées par ce qui s'échange entre deux individus quand le moi devient la seule référence.
Le discours dominant du libéralisme économique a bien retenu la première leçon de la psychanalyse : la satisfaction est le but égoïste de toute vie humaine. Mais il a oublié la seconde qui en est inséparable : toute jouissance ne peut être que limitée, incomplète pour préserver la cohésion du groupe social.
Ce livre propose une lecture des effets, sur la subjectivité, de notre croyance libérale en une réalisation possible de la jouissance individuelle régulée uniquement par la loi de l'offre et de la demande et de notre credo postmoderne : «Au nom du droit à la parole et à la différence, aucune modalité de la jouissance ne peut être interdite». Le sujet alors ne trouve plus que son corps ou le corps de l'autre pour faire arrêt à l'errance.

Serge Lesourd est psychanalyste, professeur de psychologie clinique et directeur de l'unité de recherche en psychologie : subjectivité, connaissances et lien social à l'université Louis Pasteur de Strasbourg.





  • Les premières lignes

Cet ouvrage prend appui sur un questionnement qui a parcouru l'ensemble de mes rencontres cliniques et de mes recherches depuis vingt-cinq ans. Dans ce parcours les appuis se prennent au gré des échanges avec un certain nombre de mes collègues psychanalystes, mais aussi avec d'autres penseurs issus des autres champs qui s'intéressent à cet animal étrange que l'on appelle l'humain. Dans la tentative que je fais de structurer une articulation des discours de la postmodernité, je suis redevable à de nombreux autres de leurs réflexions et de leurs critiques sur ce sujet qui s'impose à moi, comme à chacun qui travaille avec ceux que le lien social libéral fait souffrir. Cliniciens, sociologues, philosophes, tous à leur manière témoignent d'une mutation des formes d'expressions de la souffrance subjective dans les dernières années du XXe siècle. C'est à cette tâche qu'à mon tour je m'attelle pour tenter de baliser ce qui dans l'organisation des discours a changé, car il n'est pas de «sujet hors discours». L'écoute de paroles individuelles et de la souffrance qu'elle exprime force le psychanalyste à entendre, au-delà du cas individuel, les nouvelles formes d'expressions, et lui impose de devoir témoigner de ce qu'il comprend des mutations auxquelles se confronte le sujet dans la construction de sa subjectivité. Le forçage du réel auquel est soumis le parlêtre, l'être humain marqué par le langage, a depuis toujours été médiatisé par les récits qu'il se construit pour tenter de rendre compte de son impuissance face aux forces de la Nature. C'est cette organisation des mythes, que nous nommons culture, qui permet au néotène de supporter sa faiblesse individuelle et d'organiser, en défense contre elle, la domination collective du monde qui est la sienne. Mais cette opération culturelle ne va pas sans un reste qui s'exprime au travers de la souffrance psychique de l'humain pris cette fois au un par un. Cette souffrance que recueille, au plus intime, le psychanalyste dans son cabinet, s'exprime dans la parole des analysants, or cette parole a changé de forme et la plainte du sujet s'articule sous de nouvelles organisations. La clinique psychanalytique s'est transformée avec l'évolution des psychopathologies. Comprendre comment le sujet se trouve pris dans une nouvelle organisation des discours qui structurent le lien social, et comment cette nouvelle discursivité, si c'en est une, transforme le rapport de l'humain à son semblable, devient un impératif catégorique, non seulement pour le psychanalyste, mais aussi pour la culture elle-même.
Cette conception des discours se réfère directement à ce que J. Lacan a pu théoriser pour rendre compte d'une part de la psychopathologie de la vie quotidienne et du malaise dans la culture, d'autre part de la méthode psychanalytique dans ses effets subjectifs particuliers. Il me faut pourtant avertir ici le lecteur qui prendrait cet écrit pour un énième pamphlet psychosocial sur les avatars de la politique humaine, qu'il n'en est rien. Si la psychanalyse a pu prendre place comme un des quatre discours de Lacan, c'est parce qu'elle est oeuvre et travail de la parole et du langage, soit de ce qui spécifie l'humain dans le registre du vivant. Le parlêtre se construit à partir de, et dans, l'organisation signifiante du discours qui constitue les sens - à entendre aussi bien comme orientation que comme compréhension - que lui transmettent ses proches au moment de sa rencontre avec la vie. Il n'y a de sujet que du langage et de l'impossible à tout dire qui spécifie l'organisation signifiante.


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