La couverture de peau / Passion du livre

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.. La couverture de peau

Couverture du livre La couverture de peau

Auteur : Xavier Maurel

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Théâtre

Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France

Collection : Théâtre

Prix : 12.00 €

ISBN : 978-2-915695-61-8

GENCOD : 9782915695618

en vente sur


  • La dédicace de l'auteur

J'ai tendance à penser plusieurs choses à propos de l'écriture pour le théâtre. Parmi ces choses : 1) qu'elle n'existe pas ; 2) que toute écriture est «pour le théâtre» (en tout cas qu'elle le permet ou l'attend) ; 3) que bien des «auteurs de théâtre» actuels (à noter que c'est le plus souvent un tout autre métier que celui d'écrivain, les deux n'ayant même aucun rapport - le plus souvent) se sont rabattus sur ce «genre» parce qu'il leur semblait plus facile, plus codé, plus destiné, plus «utile», utilisable, utilitaire que d'autres ; 4) que l'écriture théâtrale actuelle se veut le plus souvent totalement étrangère à la littérature. Quant à moi, qui ne suis pas «auteur de théâtre», j'ai seulement écrit un texte, comme n'importe quel texte, et je l'ai présenté comme s'il s'agissait d'une «pièce de théâtre», parce que j'aime profondément le théâtre (je parle là d'un lieu et d'un art, la scène, je parle des acteurs, des coulisses, des châssis et des toiles, des patiences et des polichinelles, des tampons et des mères de famille, ainsi que des trappes à tiroir, des découpes, des allemandes, des italiennes, des frises, des entrées, des sorties, de la cour, du jardin, des faces et des contres, des sources, de la face, du lointain, du lointain, du lointain...), mais j'aimerais que cela n'empêche pas qu'on le lise. C'est juste un récit qui tente, par le théâtre, d'échapper à la malédiction du récit (et inversement ?).

Xavier Maurel



  • La présentation de l'éditeur

«Mais qui donc est-il l'ami de la maison ? Al a emmené Marguerite dans la maison de son enfance, la maison, c'est ici que tout a commencé, le secret d'une mère morte par accident, mais peut-être pas, et la fuite du père d'Al avec l'enfant. Le père d'Al était corroyeur, dans l'atelier, c'est là qu'il travaillait, rien n'a été touché depuis, les outils, sans compter qu'il écrivait aussi, sur la table il y a un cahier à couverture de peau : Depuis l'enfance, tout est inscrit dans le cahier, ça n'aurait servi à rien de le brûler, car le cahier est ce qui demeure. Depuis l'enfance, depuis ce jour-là qui fut le jour de l'enfance, le cahier contient tout. Tout y est, même le secret, non pas la matière du secret, mais la trace de sa disparition.»

Gilles Jallet (extrait de la préface)





  • Les premières lignes

Vivre-habiter.
A la place du père, pour moi il y a un vide dans le cosmos, un vide dans le cosmos et c'est de là que tu chantes.
Pier Paolo Pasolini.

Dans toute maison, puisque nous faisons telle notre condition d'habiter poétiquement sur cette terre, il y a un secret, un de ces secrets terribles à porter, parce qu'ils sont en partie inavouables et en partie à découvert, dans une égale réciprocité où celui, ou bien celle, qui en sait quelque chose cache la réalité à celui, ou bien à celle, qui n'en sait rien. Sans le secret, il n'y aurait pas de maison, et sans le regret, c'est pratiquement le même mot, il n'y aurait pas d'habitation. C'est le secret qui fonde notre condition d'habiter comme maison. En allemand, le mot H secret est traduit par das Geheimnis, lequel s'est formé autour de la racine heim, c'est-à-dire chez soi, à la maison, dans son pays, tandis qu'en français il tire son origine du latin secernere qui signifie séparer, juger, mettre à l'écart, et provient lui-même du grec criseis qui a donné «crise» en français. Dans tous les cas, le secret est bien gardé la maison continue à vivre et à profiter pleinement de son secret de fabrication, mais elle est vouée inévitablement à devenir le lieu d'une crise ou d'un drame qui révélera au public le secret qui la faisait respirer. La maison est le lieu secret où ceux qui l'habitent, quels que soient leurs liens de parenté, accomplissent sur terre et sous la voûte du ciel leur migration de la naissance vers la mort. C'est dans cet intervalle multiforme et riche en métamorphoses entre ciel et terre, maison et migration, naissance et mort, que Xavier Maurel a tissé la matière sans matière de son drame. Précisément, le secret est ce qui sépare ici le drame d'un vague récit, comme si l'auteur, ne connaissant pas lui-même le coeur intime du secret, avançait masqué. Il ne m'appartient pas dans une préface (ou simple avertissement au lecteur) de révéler la teneur de ce secret, non pas un, mais plusieurs secrets qui sont reliés entre eux par un secret plus essentiel, ou comme l'appelle Maurice Blanchot : «une chose plus secrète», laquelle se caractérise par une sorte d'effacement et de non-désignation.
Dans un récit, en effet, le secret n'apparaît pas comme ce qu'il est. Elles sont deux soeurs, Pauline et Marguerite, quinze ans plus ou moins les séparent, et se souviennent des terrasses de l'île :
«Aujourd'hui encore, quand je peux, je retourne aux îles, je monte jusqu'aux terrasses, et je m'y installe pour peindre. Toi, tu t'asseyais sur le petit rocher, profil gauche à l'Océan, et tu regardais à droite.
Tu ne voulais pas attendre, tu ne voulais pas scruter l'horizon, tu ne voulais pas être la première à apercevoir le petit triangle blanc...».
Et toujours le même positionnement du corps, tourné vers la droite, à l'opposé du corps du père, quand il rentrait, le soir, après une journée de pêche en mer. Lorsque Marguerite rencontra Al pour la première fois, le jeune homme était entré par la gauche, mais elle ne le regardait pas, puisqu'elle était tournée vers l'autre porte, celle de droite. Mais qui donc est-il l'ami de la maison ? Al a emmené Marguerite dans la maison de son enfance, la maison, c'est ici que tout a commencé, le secret d'une mère morte par accident, mais peut-être pas, et la fuite du père dAl avec l'enfant. Le père d'Al était corroyeur, dans l'atelier, c'est là qu'il travaillait, rien n'a été touché depuis, les outils, sans compter qu'il écrivait aussi, sur la table il y a un cahier à couverture de peau :
«Depuis l'enfance, tout est inscrit dans le cahier, ça n'aurait servi à rien de le brûler, car le cahier est ce qui demeure. Depuis l'enfance, depuis ce jour-là qui fut le jour de l'enfance, le cahier contient tout. Tout y est, même le secret, non pas la matière du secret, mais la trace de sa disparition.»
Le secret est omniprésent, il s'insinue dans la matière même du récit et l'efface jusqu'à disparition presque totale, puisque si le secret est révélé, alors il n'est plus un secret. Marguerite ne saura jamais quel était le secret de Pauline quant à l'origine de sa naissance, et Al ne saura jamais non plus, mais il tuera Pauline à cause d'un secret qui sans doute contenait une vérité fausse. Car le propre du secret n'est pas son contenu de vérité, mais d'être une force cachée, une douleur qui ne disparaît pas avec l'âge, et exige sa répétition dans un meurtre. De même est-ce Pauline qui repeindra les murs de la maison où habitent Al et Marguerite, elle les repeint avec les couleurs du secret. «Ai, toi qui es dans ma vie le délaissement, où allais-tu alors ?», demande Marguerite. Cette femme belle, si belle, dont la beauté remonte avant le langage, et qu'Al s'en va rejoindre dans la nuit, qui est-elle ? La même qui a voulu la rencontre (la séparation) entre Al et Marguerite la même ? C'est-à-dire non seulement sa soeur, mais aussi sa mère ? C'est la reprise d'un secret de naissance, une scène primitive, où Al endosse dans un dédoublement le rôle de père violeur (le père de Pauline et Marguerite) et du père meurtrier (son propre père) : «nous sommes lui», dit Marguerite en faisant l'amour avec AL.


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