Passion du livre - tout sur le livre : Un amour là-bas en Allemagne

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Un amour là-bas en Allemagne

Couverture du livre Un amour là-bas en Allemagne

Auteur : Catherine Paysan

Date de saisie : 28/03/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Oeuvres littéraires contemporaines

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-226-17229-7

GENCOD : 9782226172297


  • La présentation de l'éditeur

Avoir 20 ans et aimer un prisonnier allemand, avoir 20 ans et enseigner dans l'Allemagne de 1946 occupée par la France, tel est le thème majeur de ce roman.
Au sortir de la guerre Annie rencontre dans la forêt de Bonnétable un jeune prisonnier allemand, ex sous-lieutenant de la Wehrmacht. Entre eux le coup de foudre, qui décide la jeune Française à partir comme enseignante à Spire dans le Palatinat pour y attendre l'homme aimé. Les élèves ont presque son âge, la plupart ont fait la guerre, quelques mois auparavant ils l'auraient traitée en vaincue... C'est maintenant l'armée française qui se conduit en armée d'occupation tandis que la population allemande peine à manger. Annie vit ces revirements du haut de ses vingt ans et de ce premier amour. Mais l'amour au bord du Rhin n'a pas de fin heureuse, trop d'obstacles, d'incompréhension, de drames passés.
Catherine Paysan poursuit son oeuvre autobiographique exigeante et singulière où le poids de l'histoire, la généalogie familiale et les lieux de l'enfance tissent un réseau dense et complexe. Ici elle donne une vision inédite et remarquable de l'après-guerre et un éclairage passionnant sur la «reconstruction» : celle des peuples après la guerre, celle des êtres après l'échec amoureux. Elle prouve plus que jamais son don de conteuse si singulière, verve, humour, intelligence, sensibilité, culture, don d'observation, richesse de la langue.


Grand Prix de la Société des Gens de lettres, Prix des libraires et Prix des écrivains de l'Ouest, Goncourt de la nouvelle pour les Désarmés (2000), Catherine Paysan a publié aux éditions Albin Michel La route vers la fiancée (1992), Le passage du SS et Les Désarmés ainsi que les rééditions de La Colline d'en face et de Comme l'or d'un anneau (2002).

Elle vit à Bonnétable, dans la Sarthe, où elle est née et où a été créée en 2003 L'Association de la maison d'école et de l'écrivain Catherine Paysan dans l'ancienne école dont sa mère était directrice.



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • Les premières lignes

Je me demande si finalement j'ai bien fait de refaire ce voyage en Allemagne jusqu'à Spire dans le Palatinat. D'arpenter, coeur serré, après avoir cessé de les hanter, il y a de cela plus d'un demi-siècle, les rues de cette ville rhénane où j'aurai vécu, deux ans, en état de transit.
Spire. Speyer am Rhein ! Consulter pour s'y reconnaître, quand on y vient en curieux, le dépliant rédigé par l'office du tourisme, à l'usage du visiteur d'aujourd'hui. Du béotien candide né après la seconde grande guerre mondiale, auquel on souhaite d'abord en allemand puis en anglais, en français la bienvenue «dans la vieille cité des bords du Rhin qui vient de fêter ses deux mille ans de chrétienté».
Un premier évêque Étienne au III' siècle. Avec lui, la fondation de la première basilique épiscopale, de son autel tourné vers l'Orient, là où la prière se tient chaque matin, après l'épreuve des ténèbres, aux aguets de la lumière, de sa promesse quotidiennement renouvelée de la résurrection des morts. Bien avant cela, il y eut les Romains. Avant eux, encore, les Celtes. Tout ce monde, bêtes et gens, armes et bagages et le troupeau des esclaves condamnés à se traîner dans leur sillage, s'ouvrant au glaive, à la massue, un chemin le long du fleuve.
Étape par étape, l'affrontement. Pour le bois des forêts, le grès des montagnes, l'humus des terroirs, la maîtrise des échanges par voie d'eau. Incendie, meurtre, pillage à gogo. Le prix à payer à chaque fois par le vaincu du moment au vainqueur du moment. À son installation dans la place, avec ses us et coutumes, avec ses dieux. Tout cela finissant par constituer, civilisation après civilisation érigée sur les ruines de la précédente, sa liquidation sanglante, ce qu'on appelle une ville. Constamment occupée comme toutes les villes, quelles qu'elles soient, à lécher leurs plaies, à se refaire une réputation, une beauté entre deux périodes de mise à sac, d'exactions. Celle-ci, Speyer am Rhein, n'échappant très évidemment pas à la loi du genre. Ayant subi, au fil du déroulement de son histoire calquée sur celle de l'Europe, des convulsions de toutes sortes. Spire, la souveraine. Élevée au rang de capitale lors de l'accession de son comte palatin Konrad II au titre de roi des Allemagnes. Spire, la soucieuse de plaire à Dieu. De procéder en surplomb du fleuve à l'érection d'une cathédrale. D'établir dans son orbite palais et couvents ; de soutenir l'étude des sciences et même, par souci de prospérité économique, d'encourager dans ses murs, l'installation d'une communauté juive initiée à l'art de la médecine, de l'orfèvrerie, du tannage, de la fabrication des étoffes, en faisant édifier, à l'ombre de son église et qui serait la plus ancienne d'Allemagne, une synagogue et des bains rituels. De cette extraordinaire cohabitation médiévale : prières et cérémonies respectives, circoncisions et baptêmes par immersion, célébration du shabbat et fastes liturgiques des grandes messes chantées, voulue par les évêques et la lignée fondatrice des monarques francs saliens porteurs de la couronne de fer, il reste, à ce jour encore, des noms de ruelles parallèles les unes aux autres. Ainsi celles des Anges, des Juifs, des Tisserands où j'ai dormi cette nuit dans un petit hôtel sans charme, mais de bon accueil et qui donne, lui, dans la rue des Saints-Prêtres.
Huit siècles plus tard en 1938 les nazis feront détruire par le feu la synagogue et les bains et la centaine d'artisans, de commerçants, de médecins, de professeurs juifs de Spire finira à Auschwitz, à l'exception d'une jeune femme s'étant jetée dans le Rhin, son enfant en bas âge attaché à ses flancs par une corde. Ainsi va le monde, son train infernal de monde.
Car entre-temps, la cathédrale primitive, patiemment agrandie, rehaussée sa nef romane aux onze travées, subira les exactions des armées de Louis XIV, en représailles au refus de la Maison palatine de consentir à la France après la mort de sa princesse, épouse de Monsieur frère du roi, les terres du Palatinat. Une politique de la terre brûlée impitoyable. Les populations jetées à la dérive après destruction de leur habitat. La condamnation à mourir de faim, de froid, d'épuisement le long des routes au hasard de la fuite en avant, de l'errance. Un bannissement de dix ans, ne laissant qu'aux rares survivants un espoir de retour. Cependant, l'aventure, celle des hommes, victimes ou bourreaux, parfois les deux ensemble, se poursuit. Elle colle à celle de la ville mutilée, de sa cathédrale, passionnément, pieusement restaurée, quand un siècle plus tard, ce sont, cette fois, les troupes de la Convention, lancées dans la campagne contre l'armée des coalisés royalistes d'outre-Rhin qui la saccageront.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli