Auteur : Marijke Roux-Westers
Date de saisie : 28/03/2006
Genre : Histoire
Editeur : Publications de l'Université de Saint-Etienne, Saint-Etienne, France
Collection : Travaux-Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'expression contemporaine
Prix : 37.00 € / 242.70 F
ISBN : 978-2-86272-395-2
GENCOD : 9782862723952
Californie 1848 : «de l'or !».
Telle une Traînée de poudre, la nouvelle de la découverte du précieux métal se répand dans le monde entier, et entraîne en quelques années seulement la migration de dizaines de milliers d'hommes venus de tous les continents en quête d'enrichissement rapide. Arrivés sur place au terme d'un long et périlleux voyage, ces chercheurs d'or issus de toutes les classes sociales tentent autant que possible de s'organiser, de retrouver leurs marques et leurs habitudes : au fur et à mesure de la découverte des filons, les villes poussent comme des champignons, avec leurs commerces, églises, hôtels, saloons, puis sont abandonnées tout aussi rapidement en fonction de l'or trouvé ailleurs.
Cette étonnante épopée humaine est narrée de façon vivante par Marijke Roux-Westers qui s'appuie sur de très nombreux témoignages, correspondance et journaux personnels, et enrichit son texte d'une iconographie précise (cartes, gravures,...). Le lecteur partage la vie quotidienne et les états d'âme de ces hommes déracinés mais résolus, et s'imprègne de toute la force du «mythe américain». Au-delà de sa valeur documentaire, «Les villes fantômes de l'Ouest américain» raconte le rêve de L'El Dorado, rêve qui reste universel.
Docteur ès lettres et passionnée de la culture du Nouveau Monde, Manjke Roux-Westers est également l'auteur de «Sur les traces de l'éléphant», (Publications de l'Université de Saint-Étienne) qui brosse le portrait émouvant des femmes de pionniers durant la conquête de l'Ouest.
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Extrait de la Préface :
Quelques bâtiments délabrés au bord d'un chemin envahi de broussailles, la peinture et le plâtre partis depuis longtemps, une porte qui bat au vent... Nous connaissons tous cette image d'une «ville fantôme», mais lorsque loin du monde habité nous nous trouvons tout d'un coup par hasard dans ce qui ressemble à un décor de cinéma, nous ne pouvons nous empêcher d'être marqués et d'évoquer le souvenir de l'époque florissante qu'a connue l'endroit. Cette ruine était, dans le temps, une banque où des mineurs exténués faisaient la queue pour déposer l'or qu'ils venaient d'extraire. A côté, des pans de murs surmontés des quelques poutres résistant aux conditions atmosphériques : c'était le saloon où, au son du piano honkytonk, les foules dansaient, où l'on jouait au poker et perdait en quelques minutes les gains d'une semaine de dur labeur. De l'autre côté du chemin se trouvait le Grand Hôtel, à l'époque garni de lourdes tentures en velours, d'épais tapis rouges, de meubles en acajou... Entre les herbes folles, on reconnaît encore les fondations de cinq ou six maisons, vestiges de cette commune où plusieurs milliers de personnes vivaient une existence survoltée. Un peu plus loin, la vague trace d'un chemin qui montait vers les mines, ces mines d'or qui, d'un jour à l'autre, avaient fait de cet endroit une petite ville en plein essor. Lorsque l'or s'épuisait, la ville s'éteignait; les mineurs s'en allaient pour chercher des trésors ailleurs, laissant tout derrière eux. Quelques irréductibles pouvaient encore rester, mais la vie n'y reviendrait plus... Les vitres cassées n'étaient jamais remplacées, les pierres tombales s'écroulaient pour ne laisser à la ville que les fantômes du passé.
Je n'ai pas trouvé de recensement des villes fantômes de l'Ouest américain. Cela aurait été impossible car des centaines d'entre elles ont disparu sans laisser de traces, éliminées par le temps et par les éléments. Néanmoins, j'ai essayé, à l'aide de vieilles cartes et d'archives, de compter les villes fantômes et les camps de mineurs californiens ; je me suis arrêtée à huit cent, ce qui peut donner une vague indication. Mais il ne s'agit là que d'estimations sur la Californie, sans tenir compte des déserts du Nevada, de l'Arizona et du Nouveau-Mexique, du haut plateau de l'Oregon, des étendues des Dakotas et du Montana.
Le terme «ville fantôme» est très flexible: selon les puristes et selon l'image que nous nous en faisons de notre côté de l'Atlantique, il s'agit d'une petite ville minière, abandonnée de longue date, envahie par la végétation, un souvenir du passé. Un certain nombre d'historiens américains ne partagent pas cette idée et considèrent comme «ville fantôme» des villes ayant connu une histoire identique a celles qui ont disparu, mais où la vie ne s'est pas arrêtée et qui souvent grâce aux mines jouissent d'un certain essor, telles que Nevada City et Grass Valley en Californie. D'autres, plutôt que de mourir, se sont reconverties dans des domaines différents, souvent dans le tourisme. Comme Virginia City dans le Nevada, perçue comme une «ville fantôme partielle», une ville de l'époque - 30000 personnes au milieu du siècle dernier - quasiment intacte. Elle compte actuellement environ 1500 habitants. Ou la ville fantôme de Bodie en Californie, ville entièrement récupérée par le tourisme, y compris billet d'entrée et guides ! Faut-il le regretter ? Sans doute, mais sans cette conversion, ces villes auraient été rayées de la carte comme des centaines d'autres, et nous n'aurions pas connu le charme des villes minières du XIXe siècle, avec leurs auvents et leurs trottoirs en bois, même restaurés. Plutôt opter pour le moindre mal. Néanmoins, on trouve encore de véritables «ghost towns» en errant dans les collines : Cherokee, par exemple, actuellement composée de trois maisons et de quelques vestiges, s'enorgueillit d'avoir construit en peu de temps - outre des habitations et des magasins - dix-sept saloons, huit hôtels, deux églises, une école, une brasserie et de posséder un champ de courses. A quelque distance de là, suggérant l'étendue de cette commune, se trouve l'imposant cimetière bordé de cyprès qui, par ses nombreuses tombes, nous rappelle, non sans émotion, ces chercheurs d'or venus de tous les points du globe. On trouve encore ces petites villes abandonnées, mais pour combien de temps ? Il m'est arrivé de chercher désespérément les vestiges d'une petite ville à l'histoire fascinante, pourtant mentionnée sur une carte relativement récente... je n'en ai trouvé aucune trace si ce n'est un chemin allant vers l'endroit présumé qui en porte encore le nom (Volcano City Road).
Toutes ces petites villes forment l'héritage d'un essor fabuleux qui débuta en Californie en 1849, lorsque des hommes du monde entier se ruèrent vers la Sierra Nevada dans le but d'y trouver de l'or et de l'argent, et de s'enrichir rapidement. Certains de ceux qui partaient pour l'Ouest acquirent de grosses fortunes, mais la plupart d'entre eux n'eurent pas cette chance et déçus, mais toujours optimistes et confiants, continuèrent à se déplacer suivant les rumeurs d'une découverte fabuleuse faite ailleurs. Les villes poussaient en moins de rien, comme des champignons, mais elles pouvaient disparaître aussi vite qu'elles avaient été fondées : la commune de Washington sur la Yuba River, en Californie, n'a survécu qu'un peu plus d'un an... Le filon d'or semblant riche au départ s'est rapidement épuisé, et les habitants sont repartis, laissant derrière eux leurs logements, leurs commerces, et un grand hôtel.
Le même schéma se répète sans cesse : on trouve de l'or, les chercheurs affluent, suivis de ceux qui pensent faire fortune comme fournisseurs, tels que les commerçants, les banquiers, les propriétaires de saloons, les joueurs de poker... et un simple camp de tentes devient rapidement un village. En trois ou quatre ans, ce même village se transforme en une petite métropole comprenant un opéra, des hôtels somptueux, un quartier commercial, des églises, et surtout, des saloons. Une fois l'or épuisé, les mineurs repartent. Cela n'entraîne d'ailleurs pas toujours la fin de la ville : de nouveaux prospecteurs peuvent passer et trouver d'autres trésors - de l'argent, du cuivre - et la ville renaît. Certains camps, certaines villes, ont connu ainsi plusieurs rebonds avant de s'endormir définitivement.
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