Auteur : Préface de Daniel Bensaïd | Karl Marx
Traducteur : Jean-François Poirié
Date de saisie : 27/03/2006
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : la Fabrique, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-913372-52-8
GENCOD : 9782913372528
Quand Marx écrit Sur la question juive en 1843, il a vingt-cinq ans. En répondant à La Question juive de Bruno Bauer, chef de file des «Jeunes hégéliens», il intervient dans le débat qui bat alors son plein sur les droits civiques des juifs dans «l'État chrétien». Mais cette controverse n'est pour lui que l'occasion d'élargir le débat à la question des rapports entre l'émancipation limitée aux droits politiques et «l'émancipation humaine», entre l'aliénation religieuse et l'aliénation sociale. La question juive n'est donc ici que le révélateur d'une grande question de la modernité marchande, celle du «dédoublement» entre la société civile et l'État, entre l'homme et le citoyen, entre le privé et le public.
L'article de Marx a suscité bien des polémiques. Il fut la pièce à conviction d'un procès absurde et anachronique pour «antisémitisme», instruit notamment par Robert Misrahi. D'autres ont cru voir dans la critique, non celle des droits de l'homme, mais de leurs limites à une époque donnée, «un manuel de l'apprenti dictateur». Plus sérieusement, des auteurs se réclamant de l'héritage théorique de Marx lui ont reproché son incompréhension du rôle de la question nationale comme médiation entre émancipation politique et émancipation humaine. Dans une présentation de Sur la question juive (publié ici dans une nouvelle traduction) et dans un retour critique sur la controverse, Daniel Bensaïd, spécialiste de l'oeuvre de Marx, répondent à ces interpellations. Il actualise la polémique contre les «nouveaux théologiens» (Jean-Claude Milner, Benny Lévy, Alain Finkielkraut). Alors que pour Marx, le peuple juif s'est maintenu «dans et par l'histoire», ces derniers renvoient l'existence juive à l'éternité biblique et à l'irréductible singularité du peuple élu. Alors que Marx veut «transformer les questions théologiques en question profane», ils rebroussent le chemin et transforment une question sociale et historique en question théologique. Signe inquiétant de temps obscurs.
Deux annexes inédites en français complètent le dossier de Sur la question juive : un article de Bruno Bauer de 1843 et un texte de Roman Rosdolsky sur Engels et la question juive en 1848.
Daniel Bensaïd, professeur de philosophie à l'université de Paris VIII, est responsable éditorial de la revue ContreTemps.
«Ne cherchons pas le secret du juif dans sa religion, mais cherchons le secret de la religion dans le juif réel. Quel est le fondement profane du judaïsme ? Le besoin pratique, le profit personnel ? Quel est le culte profane du juif ? L'agiotage. Quel est son dieu profane ? L'argent.» Prononcés aujourd'hui, de tels propos entraîneraient un procès pour incitation à la haine raciale, alors qu'ils n'émurent personne lorsque Karl Marx les coucha dans les pages de Sur la question juive. Les accusations d'antisémitisme ne viendront que plus tard : elles sont anachroniques et absolument injustes, selon Daniel Bensaïd qui, pour preuve, vient de rééditer dans une nouvelle traduction le texte de Marx, avec une présentation et des commentaires conséquents. Aussi a-t-on mis sur le compte de la conversion au christianisme du père, une supposée haine de soi du fils (qui a servi également à dénigrer Freud et bien d'autres) pour interpréter le discours marxien. Daniel Bensaïd démonte point par point cette «légende» d'un Marx antisémite en replaçant Sur la question juive dans un double contexte : celui de la condition juive dans l'Allemagne du deuxième quart du XIXe siècle d'une part et, de l'autre, celui du mûrissement de la théorie marxienne elle-même, au moment où un jeune philosophe hégélien libéral radicalise son humanisme avant de se tourner résolument vers le matérialisme et le socialisme révolutionnaire...
On suit bien Daniel Bensaïd quand il replace les prises de positions du jeune Marx sur la religion en général et le judaïsme en particulier dans le contexte d'une pensée en formation accélérée. On le suit moins quand il se refuse à voir dans la promesse marxienne de renversement de l'état de choses présentes une manière de fidélité au messianisme biblique, pour n'y déceler qu'une approche de l'histoire matérialiste (ce qui est vrai) et scientifique (ce qui reste à prouver)...
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