Auteur : Joyce Carol Oates
Traducteur : Claude Seban
Date de saisie : 22/03/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : P. Rey, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-84876-054-4
GENCOD : 9782848760544
Ils étaient cinq. Ivres, camés. L'ordinaire de leurs samedis soirs, quoi... Peut-être encore plus excités ce samedi-là, au soir du 4 juillet. Et, vers minuit, la belle Tina Maguire, après avoir célébré la fête nationale chez des amis, a eu le tort de couper court à travers le parc pour rentrer plus vite chez elle avec sa gamine Bethie, 12 ans. Ils l'ont laissée pour morte dans le hangar à bateaux. Une tournante comme on n'ose pas en imaginer. Une abomination à laquelle a assisté, réfugiée derrière un tas de vieux canoés, la petite fille. Qui a pu finalement se traîner jusqu'à la route pour appeler au secours, et a ainsi sauvé sa mère.
Sauvé ? En fait ; dès avant procès, l'attitude du juge et les propos de l'avocat des voyous ont pratiquement massacré Tina une seconde fois. Un avocat de haut vol, payé à prix d'or, qui, malgré des preuves contraires accablantes, a brandi l'argument qui fait mouche, clamant haut et fort ce que certaines bonnes âmes pensaient tout bas : elle l'a bien cherché... en fait elle l'a cherché tout court. Ça lui pendait au nez...
Elle risque désormais de mourir pour de bon, Tina. Et Bethie, face à l'état de sa mère - et aux menaces des voyous furieux d'avoir été reconnus -, ne peut que prier pour l'intervention miraculeuse d'un ange vengeur. Or il est là, dans l'ombre. Un flic épris de justice. Épris tout court. Le héros silencieux d'une histoire d'amour peu banale, racontée avec une éblouissante violence par une Joyce Carol Oates à son meilleur.
Née en 1938 à l'ouest du Lac Érié, Joyce Carol Oates, est l'auteur d'une oeuvre considérable (romans, essais, pièces de théâtre, nouvelles, poésie) qui l'a placée au premier rang des écrivains contemporains. Elle a reçu le prix Femina étranger 2005 pour Les Chutes.
Lâchez-nous ! Ne nous faites pas de mal ! Ne nous faites pas de mal s'il vous plaît ! Après qu'elle avait été poursuivie par ces types comme par une meute de chiens lancés sur leur proie, se tordant la cheville, perdant ses deux souliers à talons sur le sentier au bord de l'étang. Après qu'elle les avait suppliés de ne pas toucher à sa fille et qu'ils s'étaient moqués d'elle. Après qu'elle avait décidé, Dieu sait ce qui lui avait pris, de couper par le parc au lieu d'en faire le tour pour rentrer chez elle. Dans l'une des maisons, toutes identiques de la 9e Rue, où elle habitait avec sa fille, à deux pas de la maison de brique occupée par sa mère dans Baltic Avenue. La 9e Rue était éclairée et fréquentée même à cette heure tardive. Le parc de Rocky Point presque totalement désert à cette heure tardive. Traverser le parc en longeant l'étang, sur un sentier envahi de broussailles. Une économie d'une dizaine de minutes. Se disant que ce serait agréable de passer par le parc, le clair de lune sur l'étang, même si l'eau était mousseuse et souillée de boîtes de bière, de papiers d'emballage, de mégots. Prenant cette décision, une fraction de seconde dans une vie et cette vie est changée à jamais. Le long de l'étang, de la vieille station hydraulique barricadée et couverte de graffiti depuis des années, du hangar à bateaux qui a été forcé, vandalisé par des gosses. Après qu'elle avait reconnu leurs visages et leur avait peut-être même souri, c'est le 4 Juillet, feu d'artifice à Niagara Falls, pétards, concert de klaxons et sifflets, le match de base-ball interscolaire, une atmosphère de fête. Oui, elle leur avait peut-être souri, et donc elle l'avait bien cherché. C'était peut-être un sourire nerveux, le genre de sourire qu'on adresse à un chien qui gronde, n'empêche qu'elle avait souri, le sourire maquillé de Tina Maguire, et avec cette chevelure. Ça lui pendait au nez, elle le cherchait. Des types qui traînaient dans le parc depuis des heures en quête d'un mauvais coup. En quête de distraction. Buvant de la bière et balançant les boîtes dans l'étang et tous les pétards qu'ils avaient, ils les avaient fait exploser. Ils en avaient jeté sur les voitures, sur les chiens, sur les cygnes et les oies et les colverts de l'étang qui dormaient la tête blottie sous leur aile. Bon Dieu ! c'est comique de voir ces oiseaux se réveiller vite fait, brailler comme si on les tuait et battre des ailes comme des fous pour s'envoler, même les gros.
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