Auteur : Issouf Ag Maha | Photographies Catherine et Bernard Desjeux
Date de saisie : 13/11/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Grandvaux, Brinon-sur-Sauldre, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-909550-44-2
GENCOD : 9782909550442
C'est parce qu'il a envie de partager son expérience qu'Issouf ag Maha a écrit ce livre. Il nous décrit la vie de cette génération de Touaregs, «nés vers» le début des années 60, qui connut le craquement d'une culture malmenée par les bouleversements de l'Histoire : les coups d'État, la scolarisation, la rébellion et, surtout, les terribles sécheresses. Il a longtemps hésité entre une vie rangée d'expert ou de consultant et celle d'éleveur de chameaux pour laquelle il reconnaît avoir une grande passion. Aujourd'hui il a trouvé un équilibre entre le Centre de recherche en agroécologie d'Agharous, une certaine forme de tourisme solidaire en partenariat avec le Point Afrique, l'association Croqu'nature, Atalante et son association pour le Développement durable et la solidarité (ADDS).
Ce livre foisonne d'anecdotes vécues, de réflexions. Son intérêt réside dans le récit de l'intérieur d'un monde trop souvent voilé par l'opacité des fantasmes et l'exotisme. C'est aussi une formidable leçon de courage d'un homme responsable, solidaire des siens, tourné vers le monde, résolument optimiste malgré les difficultés pour affronter le XXIe siècle.
Auteurs des photographies, Catherine et Bernard Desjeux, journalistes reporters-photographes indépendants, effectuent de nombreux reportages au Sahara et en Afrique noire depuis le début des années 1970.
Ils sont auteurs de plusieurs livres parmi lesquels : Touaregs, texte d'Edmond Bernus (L'Harmattan, 1983), Sahara la passion de la vie (Nathan-image, 1989), Afriques, tout partout partager (Grandvaux, 2001).
Je m'appelle Issouf ag Maha. À l'âge de huit ans mon père décide de me donner à l'école et me fait faire un jugement supplétif d'acte de naissance. Le fonctionnaire qui l'établit émane d'un peuple dont la langue et la culture diffèrent des miennes : il me prénomme Youssoufou. Ce prénom, que personne n'utilise mais qui m'identifie sur toutes mes pièces d'état civil, me collera toute la vie. C'est hélas le nom que je lègue à mes enfants car, chez nous, c'est le prénom du père qui fait office de nom de famille.
Né dans les années 62-63, il décide également, derechef, de m'attribuer l'année «vers 1962» pour avoir l'âge scolaire idéal.
Aujourd'hui j'ai besoin d'un passeport pour voyager. Alors, pour répondre aux critères du système informatique chargé d'établir ce précieux document, on m'a attribué le premier janvier comme date de naissance : c'est pratique ! Je suis donc, pour l'administration, Youssoufou Maha, né le 01/01/1962. Lorsqu'un jour je suis venu en France avec un groupe de musiciens, le policier a été très surpris : nous étions tous nés un premier janvier !
II est traditionnel de se situer par les appartenances tribale et familiale. Dans la majorité des cas, les ramifications sociales permettent d'avoir des liens parentaux qui mettent chacun en confiance, facilitant contacts et échanges. Pour moi, j'avoue que ce n'est pas facile. Issu d'un mélange complexe, j'ai du mal à savoir par quel bout commencer.
Mon père est né de l'union peu classique de deux tribus placées au sommet de la pyramide sociale : son père, Tchidadé ag Eghayaou, est de la tribu Kel Ezil du groupement Kel Ferouane. Venue de Farès aux confins de l'Aïr, la tribu a migré vers le sud et se trouve maintenant dans la région d'Aderbissinat. Sa mère, Koullou, est princesse de la tribu Ighalgawane du groupement Kel Faday. Venus de Faday, les Kel Faday ont également migré vers le sud-ouest de l'Aïr et nomadisent désormais dans la région d'In Gall. C'est pour cela que nous sommes des imagighan, des nobles.
Ma mère, quant à elle, est issue de deux composantes du groupement Kel Ferouane. Son père, Abarchi, est de la tribu Ifoghas. Venue de l'Adrar des Ifoghas dans l'actuel territoire malien, elle s'est implantée dans la vallée de Tidene au nord d'Agadez, sous le protectorat des Kel Ferouane. Ma grand-mère maternelle s'appelle Tichirift. Elle est de la tribu Idalen. Les Idalen sont les plus grands guerriers du groupement Kel Ferouane et les protecteurs du trône. C'est par exemple eux qui fournissent l'animal dont la peau servira à confectionner l'ettebel, le tambour de guerre qui matérialise le trône du groupement.
Même si ces considérations appartiennent au passé et n'ont plus d'impact significatif sur les rapports au sein de la communauté, ils représentent un repère pour les uns et les autres.
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