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Le vent de l'aube

Couverture du livre Le vent de l'aube

Auteur : Françoise Bourdon

Date de saisie : 22/03/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Presses de la Cité, Paris, France

Collection : Jeannine Balland. Romans terres de France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-258-06846-9

GENCOD : 9782258068469


  • La présentation de l'éditeur

1919. Paul Mailfait, médecin, quitte ses Ardennes natales pour oublier les atrocités de la guerre, la mort de sa femme et de leur enfant sous les bombardements. Il part rejoindre l'un de ses amis, Vincent, sériciculteur près de Grignan, dans la Drôme,

Peu à peu, auprès de Vincent et des siens, Paul s'intègre à sa région d'adoption et découvre une vie rude, rythmée par les travaux des champs. Mais son coeur se refuse à tout nouvel amour. Jusqu'au jour où il rencontre Nevart, une Arménienne à la beauté saisissante, Venue d'Alep, comme nombre de ses compatriotes, après la tragédie de 1915, elle a été recrutée à Marseille par Duteil pour travailler au moulinage. Nevart s'installe dans un mazet abandonné et cultive la lavande sur un lopin de terre caillouteuse, Paul aime Nevart, tout en sachant qu'un jour, il devra s'effacer. La différence d'âge est trop grande.

Passent les années... La jeune femme acquiert un alambic, rachète des terres à Vincent, s'enrichit. C'est l'âge d'or de la lavande. Mais la situation internationale devient préoccupante. En 1935, les premiers réfugiés venus d'Allemagne choisissent cette terre d'accueil qui, depuis les guerres de Religion, a su faire la preuve de son esprit de tolérance, Ainsi ; Erich Schwabele, Juif allemand, fait son apparition au village. Entre Nevart et lui, c'est l'amour fou, irrésistible, tragique également à l'approche de la guerre...

Tout au long de ce beau roman, aux couleurs de la Provence, Françoise Bourdon décrit les gestes et lé savoir-faire minutieux des sériciculteurs (éleveurs de vers à soie) dans les magnaneries de campagne jusqu'à l'étape ultime du moulinage. L'auteur évoque également le développement de la culture de la lavande, patrimoine provençal par excellence. Elle nous fait partager enfin l'émouvante destinée d'une jeune femme, personnage emblématique de l'immigration arménienne durant les années 1930.





  • Les premières lignes

1919.

Le vent qui l'accompagnait depuis Valence, le poussant dans le dos, s'infiltrant sous son gros paletot de velours, se renforça à l'approche de Grignan. Des nuages prenaient leur course vers le sud dans un ciel qui se diaprait de rose et de mauve.

«Tu ne peux pas te tromper, lui avait écrit son ami Vincent. A Grignan, tu prendras la direction de SainteApollonie, à main gauche. Tu trouveras le mas de Césarée dans les collines, parmi les amandiers et les oliviers.»

Paul s'arrêta au bord du chemin pour contempler la masse imposante de la place forte dotée d'une façade Renaissance. Sous la lumière de mars, en cette fin de journée, les murs du château d'Apollidon se coloraient d'un rose doré méridional qui surprenait Paul, l'homme du Nord.

Serait-il jamais venu rendre visite à Vincent sans le drame qui l'avait frappé ? Il crispa les mâchoires. Il ne voulait pas penser à elles. Il s'y refusait, de toutes ses forces. Sinon il se laisserait mourir, là, sur le chemin. Vincent, avec qui il était resté en contact épistolaire, avait su trouver les mots pour le convaincre de se rendre jusqu'au mas de Césarée : «Tu as sauvé trop de gars, moi le premier, pour tout abandonner.»

Paul Mailfait s'était accordé un délai. Six mois, pas un jour de plus.

Il embrassa du regard l'éclairage violent du couchant qui embrasait à présent l'élégante façade ouest. Au-delà, les collines et la montagne étaient violettes. L'intensité des couleurs le surprenait. Tout, ici, semblait plus fort, plus puissant, pensa-t-il.

Paul s'appuya un peu plus fermement sur son bâton. Sa mère n'avait pas compris sa décision de partir à pied, «comme un vagabond». Elle avait tenté de l'en dissuader en faisant appel aux préjugés sociaux et aux conventions. Qu'allaient penser les gens ? Ne pouvait-il tenter d'oublier le drame, ouvrir un cabinet en ville et refaire sa vie ?

Paul avait alors eu l'impression de découvrir pour la première fois le véritable caractère de sa mère. Il lui avait répondu posément, pour donner encore plus de poids à ses arguments : il n'envisageait pas de rester dans les Ardennes, tout comme il lui était impossible d'oublier la tragédie qui avait frappé sa femme et sa fille. Quant à cette idée stupide de refaire sa vie.., il avait fait peser sur Adèle Mailfait un regard chargé de mépris.


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