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Ainsi rêvent les femmes

Couverture du livre Ainsi rêvent les femmes

Auteur : Kressmann Taylor

Traducteur : Laurent Bury

Date de saisie : 22/03/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Autrement, Paris, France

Collection : Littératures

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-7467-0809-9

GENCOD : 9782746708099


  • La présentation de l'éditeur

"Alors même qu'elle lui enfonçait son visage dans les cheveux, elle voyait s'abattre sur elle l'ombre des années à venir comme des oiseaux aux ailes noires. Aussi clairement qu'un message écrit, cette vision lui révélait, au milieu de la joie, toute la cruauté future, la dureté, la longue privation, la souffrance. Elle accueillait ces mauvais présages, les serrait contre elle, contre ses seins, en même temps que le corps de l'homme."

Après Ainsi mentent les hommes, Kressmann Taylor nous offre avec pudeur, fraîcheur et sensibilité, le portrait de quatre femmes et un homme confrontés à la cruauté des rapports entre les êtres, à la rareté des preuves d'affection, qui n'ont pour réconfort que la pureté de leurs sentiments : Harriet, qui voit lui échapper l'homme qu'elle aime dans les flammes et la jalousie; Madame, qui ne survit qu'au milieu de ses souvenirs et caresse brièvement l'espoir de faire partager ses chimères à sa jeune voisine compatissante ; Anna, une toute jeune adolescente, qui se heurte à l'incompréhension et à l'indifférence de la première rencontre amoureuse ; Ellie Pearle, à la croisée des chemins entre les montagnes de son enfance et la sophistication de la ville; et Ruppe Gittle, qui a peut-être bien découvert le sens de la vie... Un précieux recueil qui rassemble les toutes dernières nouvelles inédites de l'auteur d'Inconnu à cette adresse. Comme une ultime invitation, en forme d'adieu, à se laisser traverser par le rêve fugace de l'amour.



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  • Les premières lignes

Harriet ne savait pas comment elle était arrivée dans la cave de sa cousine Margaret. La pièce était un capharnaüm invraisemblable, un empilement infini de boîtes de fleuristes qui ressemblait si peu à sa cousine. Elle se dit : «Mon Dieu quelle sotte, cette Margaret ! Cela pourrait déclencher un incendie.» Et à cet instant précis l'incendie éclata au plafond, un petit jaillissement d'étincelles sur les fils électriques qui longeaient les poutres blanchies à la chaux. Le feu suivait les câbles, pourtant les petites flammèches ne trouvèrent rien à consumer jusqu'au moment où elles gagnèrent une pâle toile d'araignée qui pendouillait. Heureusement, en levant la main, elle put ôter la toile sans se brûler. Mais à présent, l'incendie se propageait. Il y avait des mètres entiers de fils électriques en flammes, et elle songea péniblement : «Je vais devoir appeler les pompiers.» C'est alors qu'elle vit le journal, un gros journal plié, coincé derrière les câbles à un bout de la poutre qui commençait à s'embraser. Sous l'effet de la panique et de la rage, son sang ne fit qu'un tour et elle comprit aussitôt : c'était Leila qui avait tout manigancé, Leila qui l'avait mis là, Leila qui voulait brûler la maison.

Elle tendit la main, saisit le journal et tira dessus. Elle regarda autour d'elle, jeta cette masse de papier en flammes dans un arrosoir et éteignit ainsi l'incendie. Oh ! vilaine Leila ! Cependant le feu continuait à lécher les fils électriques : elle leva la tête et se mit à souffler dessus, la bouche grande ouverte - le gaz carbonique éteint les flammes -, mais ses efforts n'eurent aucun effet. Elle pensa à l'arrosoir, mais voyant que l'installation était très ancienne et abîmée, elle se rappela à temps qu'il ne faut pas verser d'eau sur des fils électriques. Elle sut alors qu'elle serait bien obligée d'aller téléphoner aux pompiers. Et elle eut beau chercher, il n'y avait pas d'escalier.

Son coeur battait à tout rompre, mais elle se trouvait maintenant dans le jardin, où était rassemblée une foule immense, comme pour une garden-party. Ce n'était pourtant pas une fête, et chaque fois qu'elle s'approchait d'un groupe, les gens lui tournaient lentement le dos. Dieu sait pourquoi, elle était sûre d'avoir un message extrêmement important à leur transmettre, mais elle en avait oublié le contenu. C'est alors que la cousine Margaret arriva en courant et lui murmura au passage :

- Ne fais pas cette tête-là, ma chérie, ils vont s'en rendre compte. Ce n'est pas le moment d'errer comme une âme en peine.

Margaret portait un grand chapeau raide orné de marguerites sous lequel un sourire illuminait ses yeux pleins de sagesse et de pénétration. Puis elle s'éloigna.

Harriet se mit à avancer, tantôt à droite, tantôt à gauche, sans vraiment savoir où elle voulait aller. Elle atteignit ainsi le grand bosquet de yuccas qui poussait à côté du verger, et décida d'y rester parce que c'était la place qui convenait. Une brise agitait les clochettes couleur crème des yuccas. Un petit garçon en costume bleu roi était accroupi dans l'herbe : il découpait une souris en rondelles avec un canif luisant, et la souris gémissait. Comme personne d'autre ne semblait prêter attention à la scène, elle s'exclama :

- Ne fais pas ça !

Le garçon leva vers elle des yeux sombres et calculateurs, puis reprit son occupation.


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