Auteur : Hélène Legrais
Date de saisie : 22/03/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Presses de la Cité, Paris, France
Collection : Jeannine Balland. Romans terres de France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-258-06827-8
GENCOD : 9782258068278
Au début du XXe siècle, dans les Pyrénées orientales, dans l'univers des mines de fer du mont Canigou, Félicie vit sa singularité depuis sa tendre enfance. De génération en génération, sur les hauteurs du mont Canigou, on est mineur comme le père de Félicie, charbonnier, forgeron ou muletier, les pieds dans la neige de novembre à avril. Gamine étrange et solitaire, intelligente et rebelle, un peu sorcière selon certains, Félicie grandit dans ce monde rude où tout tourne autour de la richesse locale, le fer. Ni jolie ni soucieuse de l'être, la jeune fille n'aime que sa montagne où elle va cueillir les plantes médicinales et lire Victor Hugo. Lorsque arrive la Grande Guerre, les hommes sont mobilisés au combat. Des mineurs étrangers les remplacent : polonais, tchèques et même chinois... Différences de langue, de culture. On les tolère, à défaut de les accepter. Et Félicie, l'imprévisible, s'éprend de l'un d'eux... Beau roman sur le thème de la différence, Les Herbes de la Saint Jean décrit également deux versants inédits du mont Canigou et les passionnantes célébrations de la Saint-Jean, grande fête païenne héritée des temps anciens.
Après dix-sept ans de journalisme audiovisuel et des romans historiques publiés chez Pygmalion, Hélène Legrais confirme ses talents d'écrivains avec Le Destin des jumeaux Fabrègues (2004) et La Transbordeuse d'oranges (2005).
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Le jet de pisse brûlant dessinait un arc d'or translucide dans l'air brumeux du petit matin. D'un mouvement de hanche, bien campé sur ses talons, l'homme traçait des huit dans l'herbe fripée par les premières gelées. A ses pieds, la vallée de la Rabasse noyée d'ombre dégringolait vers le mas des Cabanats encore dans la nuit. Mais vers l'est au loin, le sommet arrondi du Puig de l'Estela blanchissait déjà, annonçant l'aube.
Faisant rouler ses épaules ankylosées sous le velours râpé de sa veste, l'homme prenait ses aises; il tournait la tête de droite et de gauche, laissant son regard errer sur les bâtiments étagés sur le versant. Avec la pente, il dominait les toits de la boulangerie et de la forge en contrebas qu'il contemplait avec la satisfaction repue d'un propriétaire, jouissant de ces ultimes instants qui précèdent le point du jour comme s'il était seul au monde.
Mais tu vas te décider à rentrer, oui ? Qu'est-ce que tu fais dehors ? Tu ne pourrais pas utiliser les latrines comme tout le monde, espèce de porc !
Accroupie derrière un framboisier, à deux pas de l'angle du bâtiment, Félicie ne décolérait pas. C'était bien sa chance : d'habitude elle réussissait à se glisser dans le dortoir juste avant que le gros réveille-matin installé sur l'étagère au-dessus de la porte par le maître mineur ne tire les gars de leur sommeil lourd de travailleurs de force. Personne ne se doutait même qu'elle était sortie. Et ce matin, il avait fallu que ce grand benêt de Joachim Moliner soit chassé de son lit plus tôt que de coutume par une envie pressante. Fallait moins boire hier soir à la cantine, sac à vin !
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