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Le don de Mala-Léa

Couverture du livre Le don de Mala-Léa

Auteur : Vincent Engel

Date de saisie : 22/03/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : le Grand miroir, Bruxelles, Belgique

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-87415-567-3

GENCOD : 9782874155673

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  • La présentation de l'éditeur

Le 4 heshvan de l'an 5686, ou le 22 octobre 1925 selon le calendrier des goyim, un fils vint s'ajouter à la famille Susskind, un enfant doux auquel Salomon octroya un prénom royal, comme le sien : David. Mala ressentit au plus profond d'elle une joie pour laquelle son éducation ne lui avait fourni aucun mot. Elle serra son prince contre elle, qui fut oint de son rire et de ses larmes...

Entre roman et biographie, ce livre brosse le portrait de David Susskind, un homme étonnant qui, à quatre-vingts ans, comme les prophètes de jadis, n'est pas près de s'arrêter. Chaque jour apporte son lot d'urgences et de projets à ce «grand rabbin laïc» qui a contribué à affranchir le peuple élu d'un Électeur aliénant, et qui a fondé, à Bruxelles, une communauté juive sans équivalent. Communiste puis sioniste à sa manière, c'est-à-dire la moins orthodoxe, il a oeuvré inlassablement pour la libération des juifs soviétiques, pour la paix entre Israéliens et Palestiniens, pour le démantèlement du Carmel d'Auschwitz, pour la récupération des biens spoliés.

Avec une exigence pour guider son destin : rester fidèle au don de sa mère, Mala-Léa.

«Je tiens ces pages pour inspirées. Le projet à la fois spirituel et esthétique de David Susskind est décrit comme un refus des lamentations et des nostalgies. On ne saurait lui être plus fidèle. C'est à cet hommage pénétrant que je veux m'associer avec ferveur.»

Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur.


Vincent Engel a déjà publié de nombreux romans, dont la plupart ont été couronnés par des prix et publiés en poche. Dans la foulée de son très remarqué Oubliez Adam Weinberger (2000), il poursuit, avec ce livre, son interrogation sur le judaïsme et sur la possibilité qui s'offre à celui-ci de perdurer et de préserver sa force, sa joie et son dynamisme.





  • Les premières lignes

Cela faisait des heures que le train avait quitté Varsovie. MalaLéa Gutgold, ainsi nommée pour quelques jours encore, s'était assoupie sur la banquette de bois inconfortable. La jeune femme goûtait au confort rare de pouvoir demeurer assise longtemps, sans travailler, sans personne pour gronder : «Mala ! n'as-tu rien de mieux à faire que rêvasser ?» La vieille tante qui se moquait amèrement, jalouse de sa jeunesse et de sa beauté - et la jeunesse aurait suffi pour s'en faire une ennemie -, qui ne manquait pas une occasion de lui rappeler qu'elle ne serait jamais une «grande dame» - elle lâchait le mot en français avec l'incomparable accent mâtiné de mépris et de convoitise -, que sa vie était à jamais et totalement dévolue au labeur, à la soumission. Mala l'écoutait sans répondre, un sourire compatissant aux lèvres, ce qui accroissait la rage de l'aïeule. Mais on ne pouvait pas lui en vouloir, à Rachel Gutgold, veuve d'un hassid si pieux qu'il n'avait jamais accordé une parole ou un regard à celle qui, par quel miracle ?, lui avait donné six enfants, eux-mêmes à peine remarqués par le saint homme qui, au moment de rendre à Dieu l'âme qu'Il lui avait prêtée, s'était étonné de ce monde autour de son lit, de ces visages graves et de ces larmes. Le même sourire se refléta sur la vitre du wagon. Mala laissait Rachel et tous les autres derrière elle. Sans doute ne les reverrait-elle pas avant longtemps. On l'avait accompagnée jusqu'à la gare en bénissant le ciel de la chance qui lui était accordée : un mari dans un pays paradisiaque. La rumeur avait couru qu'il était diamantaire. Mala roulait vers la fortune, mazel tov ! La grimace de Rachel avait été si horrible qu'elle avait gardé pour elle ce que la raison lui soufflait : Salomon, son futur mari, était à peine moins pauvre qu'eux, dans une ville où vivre coûtait sûrement plus cher. Et elle s'était amusée durant les premières heures du périple à l'idée que Rachel passerait les prochaines années à maudire l'extravagante richesse de cette nièce insolente qui, pourtant, ne méritait pas que Dieu lui accorde pareille félicité.


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