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L'oeuvre d'art totale à la naissance des avant-gardes : 1908-1914

Couverture du livre L'oeuvre d'art totale à la naissance des avant-gardes : 1908-1914

Auteur : Marcella Lista

Date de saisie : 22/03/2006

Genre : Arts

Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France

Collection : L'art et l'essai, n° 2

Prix : 45.00 € / 295.18 F

ISBN : 978-2-7355-0545-6

GENCOD : 9782735505456


  • La présentation de l'éditeur

Le concept d'oeuvre d'art totale, issu du romantisme allemand et défini par Wagner au milieu du XIXe siècle, constitue un point d'ancrage fondamental permettant de comprendre l'origine des avant-gardes à la fois dans leur conception, leur action et leur représentation.

L'oeuvre d'art totale, ou Gesamtkunstwerk, est animée par une volonté totalisante qui se réalise à travers l'union des arts dans le désir de refléter l'unité de la vie. Entre 1908 et 1914, ce concept se trouve au croisement de plusieurs mouvements artistiques que l'on a généralement l'habitude d'envisager dans une succession temporelle artificielle et en cloisonnant les disciplines. C'est ainsi que l'auteur revisite les mouvements futuriste et expressionniste, ainsi que la naissance de l'abstraction. Il explique l'aboutissement de cette gestation et son étendue en passant par la musique, le théâtre et le cinéma d'avant-garde. Des artistes tels que Kandinsky, Malévitch, Scriabine, Schönberg ou encore Russolo et Boccioni préparent la voie à la conception de l'art que nous connaissons aujourd'hui, en donnant à la représentation artistique des possibilités jusque-là inédites puisque l'art se réalise en devenant un véritable acte social. Le spectateur ou l'auditeur est associé à cette démarche utopique et vit alors une expérience conçue comme une épreuve initiatique. Cette nouvelle conception de l'art s'accompagne d'une conscience du temps historique qui aboutira aux expériences de l'abstraction cinétique visant la matérialisation du temps par l'espace.

Un ouvrage permettant de mieux apprécier le changement radical qui s'opère dans l'art au début du XXe siècle.

Le présent ouvrage est issu de son travail de recherche réalisé pour sa thèse de doctorat.


Marcella Lista, historienne de l'art, a été notamment co-commissaire de l'exposition Son et lumière : une histoire de l'art du XXe siècle qui s'est déroulée au Centre Georges Pompidou à l'automne 2004. Elle est également l'auteur d'essais sur le concept d'oeuvre d'art totale et sur le thème de la synesthésie dans l'art et le cinéma d'avant-garde. Elle est actuellement responsable du programme scientifique de l'auditorium du musée du Louvre.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Issu du premier romantisme, le questionnement des limites entre les arts atteint avec la naissance des avant-gardes un degré expérimental particulièrement fécond. Les artistes du début du XXe siècle ont souvent choisi de ressourcer leurs pratiques expressives en provoquant la confrontation, l'échange, voire le mélange concret avec des disciplines adjacentes. De cette violente remise en cause du cloisonnement académique des arts résultera une libération de tout préjugé dans l'appréhension des formes, des genres comme des matériaux employés.

Les différentes propositions d'«oeuvre d'art totale» qui voient le jour au seuil des années 1910 semblent impliquer une ultime résurgence de l'idéal romantique d'union des arts. L'ombre portée du Gesamtkunstwerk défini par Wagner au milieu du 19ème siècle, après avoir profondément imprégné la théorie symboliste, donne lieu à une nouvelle exploration du modèle scénique en tant que lieu de totalisation des formes esthétiques. Cette tendance, sensible dans toute l'Europe, se manifeste de manière éparse et protéiforme. Toute tentative de saisie exhaustive du phénomène se révèle dès lors être une tâche quasiment impossible. Le discernement et le choix qui s'imposent peuvent en revanche cerner la portée historique de ces recherches, en s'arrêtant sur les expériences créatrices les plus significatives.

L'oeuvre d'art totale telle que la formulait Wagner en pleine période révolutionnaire comportait une double dimension utopique : d'un côté, la totalisation des arts, annoncée comme l'«oeuvre d'art de l'avenir», idéal sans cesse perfectible, projeté dans un avènement futur ; de l'autre, l'union des arts comme reflet de l'unité profonde de la vie. La vocation du Gesamtkunstwerk passait alors par l'action exercée sur le spectateur pour inscrire au sein même de l'expérience esthétique les ferments du progrès nécessaire à la société à venir. Ces aspects essentiels de l'oeuvre de Wagner semblent revivre dans les tentatives de totalisation des avant-gardes naissantes, par leurs réflexions sur l'art et ses implications non seulement dans la société, mais dans la conception du monde. Cette tendance à chercher dans l'oeuvre d'art totale un modèle de connaissance en même temps qu'un modèle d'action se laisse essentiellement appréhender, au tournant des années 1910, dans l'expressionnisme et dans le futurisme.

La première de ces deux tendances trouve un terrain de cristallisation dans l'Almanach du Cavalier bleu, paru à Munich en 1912. Édité à l'initiative de Kandinsky, cet ouvrage collectif peut être considéré à la fois comme une problématisation et une réactualisation de l'oeuvre d'art totale. Son principe consistant à englober, au nom d'une esthétique primitiviste, toutes les formes d'expression, sans distinction d'époque, de culture ou de style, en appelle à un bouleversement profond de la définition conventionnelle de l'art.


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