Auteur : Préface de Lucien Chauvet | Propos recueillis par Evelyne Léard-Viboux
Date de saisie : 21/03/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : J.-P. Rocher, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-911361-81-4
GENCOD : 9782911361814
«Faites un vin naturel avec un joli parfum.» Voilà ce que préconisait Jules Chauvet aux vignerons qu'il visitait, il y a plus de trente ans, à une époque où, hors des vins alcooleux et trapus, point de salut. Maître incontesté de la dégustation, Jules Chauvet ne fut en son temps, paradoxe étonnant, pas beaucoup écouté. Et pourtant, il avait raison. Il a toujours raison. Plus que jamais. Le moment est venu de réhabiliter sa parole. C'est l'objet du présent ouvrage qui réunit des témoignages, des entretiens recueillis par Evelyne Léard-Viboux et «La dégustation des vins, son mécanisme et ses loi» de Jules Chauvet : autant d'écrits qui tentent de mettre en lumière une facette du génial homme du vin ainsi qu'une parcelle de son immense savoir.
Évelyne Léard-Viboux a été l'élève de Jules Chauvet. Journaliste dans des revues spécialisées, elle a collaboré à Cuisine et vins de France, au Guide des Sommeliers et écrit entre autres pour Slowfood International. Elle conseille des viticulteurs savoyards et bourguignons dans l'assemblage de leurs cuvées et elle enseigne les techniques d'expression à des étudiants en viticulture-oenologie. Professeur de dégustation, elle aime faire partager la passion du vin que Jules Chauvet lui a transmise.
Jules Chauvet fut mon maître à déguster, et plus encore à penser. Vingt ans ont passé depuis notre première rencontre. Il semble que c'était hier. À relire les propos qu'il me tint, je mesure combien ils furent visionnaires. Ils annonçaient l'actuelle crise du vin. Pour avoir oublié de sentir le fruit et la terre, le vin allait perdre son âme. Jules Chauvet avait perçu cette lente dérive et la déplorait. Je mesure aussi combien les mots du maître que je notais avec frénésie comptèrent dans le choix que je fis de consacrer tous mes loisirs et une bonne partie de ma vie professionnelle à la dégustation. Aujourd'hui encore, chaque fois que je goûte un vin, Jules Chauvet n'est pas loin. C'est lui qui me guide. Une lumière brille au-dessus de mon verre. Je mesure enfin combien la leçon de vin qu'il me donna fut d'abord une leçon de vie.
Avec le recul, je peux avouer que Jules Chauvet m'a tout appris : la rigueur, l'humilité et cette faculté de ne jamais oublier l'essentiel : «Avant toute chose, disait-il, le vin, c'est du parfum, pas de l'alcool». Pour moi qui goûtais les vins dès l'âge de 12 ans dans l'arrière-cuisine du restaurant familial sans oublier de recracher, la parole était d'or. Madame Jourdain de la dégustation, j'ai découvert avec Jules Chauvet le jardin des sensations, un jardin qui faillit rester secret tant l'homme était discret. Une simplicité empreinte de rudesse confinait à l'orgueil solitaire du génie qu'il était. En un mot, Jules Chauvet n'était pas commode. Et pour ne rien cacher, il n'aimait pas les journalistes. Peu franchirent le pas de sa porte. Leur légèreté à travestir ses propos l'agaçait au plus haut point. Le premier contact manqua d'être le dernier. Il ne consentit à ne m'accorder un entretien que parce que j'écrivais pour la Revue des Oenologues, l'une des seules qui avait grâce à ses yeux.
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