Auteur : Collectif | Edité par Yves Laissus
Date de saisie : 21/03/2006
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France
Collection : Format, n° 58
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7355-0604-0
GENCOD : 9782735506040
L'Amérique du Sud, depuis très longtemps, est une terre d'élection pour les naturalistes français. C'est à cette région du monde, c'est à ces hommes que le présent volume est consacré.
Les études présentées nous montrent l'importance des liens qui unissent la communauté savante de l'Europe jusque vers le milieu du XIXe siècle ; la place tenue par le continent sud-américain dans l'émergence, de Buffon à Humboldt, de la biogéographie, puis dans celle du transformisme ; le rôle central, enfin, joué par le Jardin royal de Paris devenu Muséum d'histoire naturelle : lieu de formation au départ et d'accueil au retour, alpha et oméga des voyageurs naturalistes français.
Deux index, des noms de personnes d'une part, des noms scientifiques d'espèces, noms de navires et principales matières d'autre part, permettent une exploitation facile de la très riche substance de ce livre.
Extrait de l'introduction :
«Nous voulons évoquer ici une polémique politico-religieuse qui se poursuit dans la seconde moitié du XVIe siècle et dont les effets ne sont pas encore effacés : la querelle qui opposa les calvinistes de Genève à Villegagnon et Thevet, de 1560 environ jusqu'à 1611 et au-delà, est typique, nous semble-t-il, d'une campagne de propagande suivant une technique soigneusement élaborée de la polémique. En marge des guerres de religion, elle s'attaque indirectement, d'une part, à l'entourage royal, et elle est conduite, d'autre part, par ce que nous appellerions aujourd'hui les «services de propagande» de l'Église de Genève.
Du côté royaliste, on trouve un chevalier de Malte, couvert de gloire dans diverses entreprises militaires de son ordre, Nicolas Durand de Villegagnon, neveu du célèbre grand maître Villiers de l'Isle-Adam. Après avoir combattu au siège de Malte, en Méditerranée, devant Alger aux côtés de Charles Quint, il était rentré en France, ayant été blessé à Cérisoles, et à la suite d'un raid effectué en Écosse, d'où il avait ramené à la cour la fiancée de François II, la petite princesse Marie Stuart. Il rongeait son frein dans un poste, quasi honorifique, de vice-amiral de Bretagne joint à la modeste charge d'échanson de la Maison du roi».
En 1554, il proposa un projet d'expédition coloniale sur la côte du Brésil. Henri II lui accorda 10 000 livres sur ses fonds personnels, «pour certaine entreprise que ne voulons estre ny aucunement spécifiée ny déclarée» (Bibi. nat., ms fr. 5128, f° 457). Il s'agissait d'établir une échelle française, dans le nord du Brésil, afin d'y protéger le trafic annuel des marins normands qui, depuis des temps immémoriaux, troquaient du bois rouge, le brésil, contre des pacotilles offertes aux indigènes qui coupaient et débitaient pour eux ce très dur bois de charpente. Colignyi s'intéressa-t-il personnellement à ce projet ? Rien ne l'indique. On peut, supposer que, bien qu'amiral de France depuis 1552, il devait être presque entièrement absorbé, en tant que gouverneur de Picardie, par la lutte contre l'armée espagnole des Pays-Bas conduite par Philibert de Savoie, laquelle venait de pénétrer en France et mettre le royaume en grand péril.
Contrairement à ce que l'on répète, aucun effort particulier ne fut fait pour que les religionnaires pussent trouver là un moyen d'évasion. En effet, il fut si difficile de réunir le contingent des six cents hommes indispensable (en dehors d'artisans des différents corps de métier, dont certains commandités par des bourgeois normands, en tout trente-six, sans doute aussi de quelques jeunes gens en rupture de famille ou endettés et de quelques réformistes sous le coup d'une menace), que Villegagnon dut solliciter l'autorisation d'extraire des prisons de Normandie et de Paris des repris de justice ou des condamnés, tous «gens débauchés ou esclave fugitifs de leurs pays».
L'aumônier était tout trouvé : André Thevet, des cordeliers d'Angoulême. Non seulement il avait déjà bourlingué au Proche-Orient mais il avait participé à une mission antérieure qu'Henri II avait confiée dans le plus grand secret, celle-là, à Guillaume Le Testu, chargé di dresser un inventaire méthodique des ressources climatiques, géographiques, hydrographiques, minières et autres de la haute région du Brési où, très exactement, Villegagnon allait s'installer. Peu avant sa mort, en 1592, à quatre-vingt-huit ans, Thevet, dégagé du «devoir de réserve», il révéla dans un manuscrit resté inédit, intitulé «Les deux voyages» (Bibi nat., ms fr 15454). C'est grâce aux notes accumulées pendant ce voyage qui dura un an, jointes à celles prises pendant les trois mois et demi di second séjour, que Thevet put écrire son ouvrage «cosmographique», Le Singularitez de la France Antarctique, autrement nommée Amérique publié en 1558. Car, quelques semaines après le débarquement de l'expédition Villegagnon sur le radier où allait s'élever le Fort-Coligny, un grave épidémie - grippe ou choléra - ravagea aussi bien les Français qu les indigènes et Thevet, échappé à la mort, dut revenir en France au début de 1556 sur l'un des navires que le neveu de Villegagnon, Pâris de Bois Le Comte, ramenait pour demander à la cour des ressources et de renforts, lesquels lui furent chichement accordés.
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