Auteur : Collectif
Date de saisie : 21/03/2006
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Erès, Ramonville-Saint-Agne, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-7492-0591-5
GENCOD : 9782749205915
Ce numéro, «Déclinaisons du monothéisme», coordonné par Fethi Benslama, aborde la situation des religions monothéistes dans le monde contemporain et fait état des recherches actuelles référées à la psychanalyse et aux champs limitrophes.
La réflexion sur le monothéisme ne peut laisser de côté la question de la violence dont il prétend organiser l'économie symbolique. Le caractère sacré de la vie s'y affirme en même temps que la nécessité du sacrifice, sans que «la révélation de la parole» puisse rompre ce cercle. Existe-t-il une violence propre au monothéisme, et/ou proprement religieuse ? Jusqu'à quel point peut-on parler de guerre de religion et de guerre supposée ne pas l'être (au nom de la raison du droit national, international, humanitaire, etc.) ? En quel sens y a-t-il lieu de distinguer encore entre violence divine et violence mythique, quand la rationalité hypertechnique les rapproche au point que nous constatons aujourd'hui ? Sommes-nous à un nouvel âge de la cruauté ? Comment, du point de vue de la logia de l'inconscient, la pensée psychanalytique se saisit-elle de la répétition, de la mutation ou de l'inédit sur ce plan ? À quelles transformations problématiques cela est-il susceptible de conduire, au regard de la clinique et de la théorie métapsychologique ?
Les auteurs de ce numéro, pour la plupart psychanalystes ou philosophes, présentent ici diverses «déclinaisons» de l'écart, de la dérivation, de l'inclination, voire du déclin des monothéismes.
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«De la psychanalyse, qui la première a mis à découvert la surdétermination régulière des actes et formations psychiques, on n'a pas à craindre qu'elle soit jamais tentée de faire dériver d'une origine unique quelque chose d'aussi compliqué que la religion. Alors que, dans une unilatéralité nécessaire, à vrai dire conforme à son devoir, elle veut faire reconnaître une seule des sources de cette institution, au départ elle ne revendique pour celle-ci pas plus l'exclusivité que le premier rang parmi les facteurs agissant conjointement.
Seule une synthèse à partir de divers domaines de recherche pourra décider quelle significativité relative il faut attribuer dans la genèse de la religion au mécanisme dont il sera discuté ici ; mais un tel travail dépasse aussi bien les moyens que la visée du psychanalyste.»
S. Freud, Totem et tabou, OC., XI, p. 311.
Cet avertissement de Freud, venant au début du dernier chapitre de Totem et tabou, ne mériterait pas d'être rappelé aujourd'hui, s'il ne prenait une acuité particulière quant à l'approche que les psychanalystes sont susceptibles de mettre en oeuvre devant l'actualité du fait religieux. Tout en soulignant la légitimité et la nécessité du point de vue psychanalytique, en l'occurrence sa reconnaissance de la source infantile de la religiosité et de son noyau de désirance (Sehnsucht) pour le père, il en appelle aux autres domaines de recherche pour le situer dans sa portée significative. Ainsi, la dérivation «d'une origine unique» de la religion dans les limites de la psychanalyse n'est envisageable que parce qu'elle est sous-tendue par la «surdétermination» et par «la complexité», et qu'elle doit se confronter à la relativité des mécanismes. En somme, l'audace de l'hypothèse reste toujours veillée par la conscience de l'hétérogène. C'est sous cette enseigne que nous aimerions engager une réflexion sur la situation des religions monothéistes dans le monde actuel, et faire état des recherches référées à la psychanalyse et aux champs limitrophes qui se sont développés au cours des dernières années.
Ce préliminaire implique qu'il n'y a pas à désigner un lieu plus approprié ou plus adéquat (de «premier rang», dit Freud) à partir duquel La religion, ou Le monothéisme puisse se donner à penser au regard de l'excès, de l'irréductibilité ou de l'hétérogénéité qu'ils présentent ; même pas la question de l'Un, puisqu'elle est toujours l'objet d'une équation qui, pour ne s'en tenir qu'aux monothéismes abrahamiques, se manifeste dans le judaïsme par la profération du buisson ardent («Je suis qui Je suis»), dans le christianisme par l'Un en trois Personnes, et en islam par une formulation négative («pas d'autre divinité que Lui»). C'est bien pourquoi, ces quelques lignes ne prétendent pas à autre chose qu'à indiquer, et seulement indiquer, quelques parages pour partager une réflexion sur le monothéisme, appelée ici comme rapport à des déclinaisons, non sans songer à tout ce qui se réserve dans le radical de ce mot : de l'écart, de la dérivation, de l'inclination, voire du déclin, ou bien encore des verbes de parole : dire, composer, réciter.
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