Auteur : Alain Amselek
Date de saisie : 06/08/2006
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : CERP, Paris, France
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 978-2-916478-00-5
GENCOD : 9782916478005
D'entrée de jeu, j'ai choisi pour ce livre une écriture vagabonde, semblable à la parole analytique, et entrecoupée de citations, qui, tout en étant des révérences à d'autres "praticiens de vie", avaient pour moi la même fonction que ces idées "soudaines" ou éprouvances "incidentes", qui obligent sur le divan à se couper et s'ouvrir sans cesse à "autre chose"...
Ce livre, qui a bien sûr nécessité un travail de recherche approfondie et de vérification pour sa documentation historique, n'a pas été écrit de façon linéaire, en développant rationnellement un plan logique préétabli. Il a été écrit en zigzags et par couches concentriques et grossissements successifs de certaines parties, puis d'autres et d'autres encore, au fur et à mesure de mes inspirations. Il a été écrit par petites touches, par-ci, par-là, comme un peintre peint un tableau.
Il en a gardé certainement une sorte de disparité, mais c'était le prix à payer pour suivre mon sentiment et faire pressentir au lecteur quelque chose de "l'intime intimité" avec nous-mêmes, avec la vie, c'est-à-dire quelque chose de l'invisible, l'informe, l'impensable, à quoi a affaire tout analysand et tout analyste dans une cure, bien qu'ils s'en défendent...
Alain Amselek
Freud a progressivement perdu de vue le «corps de chair» sur lequel il s'étayait au départ. Ne serait-ce pas paradoxalement parce qu'il privilégiait l'espace et la représentation au détriment du temps et de l'irreprésentable ? Que, loin d'accepter la vie pulsionnelle, il voulait la soumettre tout entière à la «dictature de la raison», comme il l'a écrit à différentes reprises ?... En cela, il n'aura fait que suivre la pente de la culture occidentale. L'Occident, dont les produits par excellence sont la science et les technologies, n'a jamais pu accepter le dépassement de la maîtrise. Nous en voyons les effets néfastes aujourd'hui, particulièrement dans les domaines des relations humaines et de nos styles de vie.
La psychanalyse serait-elle restée au milieu du gué, oscillant entre pratique hébraïque et théorie grecque ?
Ouvrage d'une grande liberté de ton, qui ne craint pas de briser les tabous qui règnent dans les milieux analytiques et de bousculer bien des «idées reçues», ce livre d'Alain Amselek, fruit d'un trajet atypique de psychanalyste, nous fait voyager entre Jérusalem et Athènes, qui toutes deux inspirent la démarche de Freud.
L'auteur partage son long cheminement qui l'a conduit à cultiver une écoute véritablement charnelle, privilégiant non pas une clinique du moi, renforçant le contrôle mental, mais une clinique du soi, de l'«éprouver-soi» comme il le nomme, permettant un «lâcher-prise» des fixations imaginaires. C'est cette clinique de l' «intime intimité», qui déloge de leur statut la représentation et la théorie, que nous déflore avec audace cet essai.
Extrait de l'avant-propos :
C'est en libre-penseur iconoclaste et sceptique émerveillé que je me suis lancé dans cet ouvrage pour présenter un témoignage sur les "traces" d'un trajet atypique de psychanalyste et une "entre-vision" de mes interrogations mouvantes sur la pratique analytique. Malgré une certaine disparité due au choix de ma démarche vagabonde d'écriture, cette oeuvre de simple praticien est totalement consacrée à la psychanalyse. Je n'ai utilisé ici en contrepoint l'histoire hébraïque et les propos philosophiques ou autobiographiques, que pour faire transparaître, si possible, une pratique... Une pratique d'écoute charnelle de l'invisible, ramenant l'irreprésentable au premier plan clinique, en se dégageant du culte de la représentation et de la théorie, qui s'est développé dans l'Antiquité chez les Grecs et a foisonné ensuite dans tout l'Occident chrétien et moderne jusqu'à son exacerbation actuelle à travers l'inflation du narcissisme, l'esprit marchand, les mass médias et les nouvelles technologies. Lacan parlait déjà énigmatiquement dans son Séminaire VII, "L'envers de la psychanalyse", de «l'intérêt que nous analystes, devons porter à l'histoire hébraïque». Cette histoire archaïque, essentiellement fondée sur l'interdit de la représentation, "hantait" Freud, sa démarche psychanalytique se situant, comme malgré lui et sa détermination de privilégier la culture grecque, entre théorie grecque et pratique hébraïque.
«Tout le monde croit savoir ce que c'est la psychanalyse...
Sauf les psychanalystes». Jacques Lacan
En cette époque où le nombre-est-roi, le discours à la mode voudrait enterrer la pratique psychanalytique, trop libre à l'égard de la norme, trop peu saisissable par la raison et ses instruments de mesure et d'évaluation, et ce au profit des techniques rééducatives, des thérapies cognitivo-comportementalistes (quel nom barbare !) et même des chimiothérapies, qui toutes se prétendent scientifiques. Ce livre va à l'encontre de tels courants et des complicités qu'ils peuvent rencontrer même chez des psychanalystes parfois. Ma position se situe clairement pour la psychanalyse et pour davantage de psychanalyse encore ! Mais bien plus scandaleux pour ces scientistes, j'entends poser ici la question subversive du choix entre une psychanalyse fondée et vécue dans le rouge sang de la chair vivante ou toute autre centrée plus ou moins exclusivement sur les significations des images et des mots ou de leurs rapports, c'est-à-dire sur l'intellect. Tiens donc, chair et sang, pourrait être la psychanalyse ?...
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