Auteur : Ivo Andric
Traducteur : Ljiljana Huibner-Fuzellier, Raymond Fuzellier
Date de saisie : 12/03/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : D'aujourd'hui. Etranger
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7529-0147-7
GENCOD : 9782752901477
Si la littérature d'aujourd'hui nous apparaît parfois trop tournée vers elle-même, insuffisamment oxygénée par l'air du dehors, peu irriguée par les courants de la vie... alors, qu'on se retourne vers ces écrivains qui, hier encore, savaient nous offrir des livres dont on entendait à chaque page battre le coeur. Visages (1960), l'un des plus célèbres recueils de nouvelles d'Ivo Andric, prix Nobel de littérature eu 1961, était resté inexplicablement inédit en français jusqu'à ce jour (six seulement, parmi les vingt et un récits que rassemble l'ouvrage, avaient été traduits). Et pourtant c'est dans ce registre peut-être qu'Andric, donne son meilleur : au point d'égaler parfois Tchekhov conteur. Lui-même était conscient d'avoir composé là - avec grand soin - un florilège ait se trouveraient mises en valeur toutes les facettes de sort art. Soit un "portrait" kaléidoscopique, formidablement vivant, de la Bosnie d'hier - telle, eu tout cas qu'elle perdura jusqu'à la dernière Guerre mondiale; une contrée encore protégée par ses montagnes, rudement agreste, et d'esprit profondément balkanique, c'est-à-dire tout ensemble ensauvagé, généreux et insoumis. Le texte intitulé "Visages", qui donna son titre au recueil, dit assez que, par-delà les violences et les absurdités de l'histoire, c'est le grand mystère de la face humaine que l'écrivain interroge d'abord ici, où joies et souffrances ont tracé, ont creusé ces mille hiéroglyphes qui épellent en silence la langue du destin et que nous n'aurons jamais fini de déchiffrer.
Près d'une source de montagne, c'est un lieu-dit nommé «sous le petit charme». Quand ils reviennent de la ville, en bas dans la vallée, avant de rejoindre le village de Dikavé sur le plateau, plusieurs personnages d'Ivo Andric aiment à s'y arrêter. C'est une coutume : «Tout paysan rentrant du bourg s'assied et reprend souffle, allume une cigarette, s'il en a.» On souffle et on lâche des volutes de mots. Il y a celui qui parle et ceux qui écoutent. Nombre de récits d'Ivo Andric ressemblent à cette halte. Et comme les chasseurs de tétras face à Vitomir (sujet de l'une des nouvelles), on ne se lasse pas de lire ce conteur du XXe siècle né dans un village bosniaque près de Travnik. Dans un temps de suspens, les nouvelles d'Andric s'attardent sur un détail les pieds d'une femme de dos dans un restaurant qui dansent sous la table en sortant et en entrant dans ses chaussures, le flot asphyxiant de paroles d'une connaissance croisée dans un train qui attise la rêverie, le souvenir. Un temps bref où l'on escorte la vie d'un homme le jour de son anniversaire, où l'on suit un couple dans une cave à l'heure des bombardements. Andric est là, il observe, il ne juge pas, ni ne se met en avant par des effets de style. Il se tient fraternellement en retrait dans une prose simple et fluide jusqu'à l'ensorcellement...
La beauté de ses romans a sans doute masqué la grâce de ses nouvelles. C'est dans le récit au court cours qu'Andric est le plus lui-même, constamment à l'affût du genre humain...
«Aussi loin que je remonte dans ma conscience, le visage humain représente pour moi la parcelle la plus lumineuse et la plus attirante du monde qui m'entoure», écrit-il en préambule...
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