Auteur : Kazuo Ishiguro
Traducteur : Anne Rabinovitch
Date de saisie : 24/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. des 2 terres, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84893-019-0
GENCOD : 9782848930190
Jadis, Kathy, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham, une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kathy s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d'une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kathy, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes.
Kazuo Ishiguro, né en 1954 à Nagasaki, est arrivé en Grande-Bretagne à l'âge de cinq ans. Il est l'auteur de six romans : Lumière pâle sur les collines, Un artiste du monde flouant (Whitbread Awarcl 1986), Les Vestiges du jour (Booker Prize 1989), L'Inconsolé et Quand nous étions orphelins. Auprès de moi toujours prend place parmi les oeuvres déjà classiques de Ishiguro. Ses livres sont traduits en plus de trente langues. En 1995, Kazuo Ishiguro a été décoré de l'ordre de l'Empire britannique pour services rendus à la littérature. En 1998, la France l'a fait chevalier de l'ordre des Arts et des lettres. Il vit à Londres avec son épouse et leur fille.
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Un collège anglais, à la fin des années 1990. Avec Miss Geraldine, l'une des gardiennes de Hailsham, les enfants dessinent un éléphant dans les hautes herbes. Parfois, «Madame» effectue sa visite et c'est l'effervescence dans tout le collège. Elle vient choisir, pour la «Galerie», leurs meilleures oeuvres, sans que leurs auteurs sachent exactement à quoi elles seront destinées. Impression de vague menace, confirmée par la terreur que semble éprouver «Madame» quand les enfants, lui jouant une bonne farce, s'approchent d'elle de
trop près. Quel secret leur dissimule-t-on, dont ils attendent, incrédules, la prochaine révélation ?
Au contraire des ouvrages lumineux et nostalgiques qui l'ont précédé, «Auprès de moi toujours», le nouveau roman du prestidigitateur britannique Kazuo Ishiguro, est une chambre sans vue qui donne sur un mur borgne, non sur un paysage de cyprès italiens... On apprend, au cours du récit, qu'il est une sorte de ferme où l'on élève des clones humains, promis à une exploitation répugnante... Après plusieurs livres inoubliables, le grand théâtre rêveur de Kazuo Ishiguro s'enrichit d'une froideur nouvelle... Ecrivain majeur, Ishiguro ne pouvait passer sous silence les interrogations contemporaines, les progrès scientifiques aux effets aberrants...
Kazuo Ishiguro est un auteur féroce. Ses histoires, qui semblent si simples et nostalgiques, enferment leurs personnages dans un passé rémanent, sans leur laisser vraiment la possibilité d'en réchapper...
A la fin des années 1990, Kathy, âgée de 31 ans, se remémore son enfance dans un pensionnat britannique, où elle a été élevée avec ses amis Ruth et Tommy, dans l'ignorance totale du monde qui les entourait. Fidèle héroïne ishigurienne, elle remonte le cours de ses souvenirs pour essayer de comprendre les blessures de sa jeunesse, dont elle ne parvient évidemment pas à se libérer. Mais, de la mélancolie ou du pessimisme, Ishiguro semble avoir tranché dans ce sixième livre : il ne laisse aucune chance à ses personnages et, pour cela, emprunte à la science-fiction...
Le mystère, latent, allégé par un style fluide et vivant, maintient le lecteur en haleine jusqu'au moment où, subjugué par cette esthétique particulière, il tombe sous le charme d'un conte cruel et bouleversant.
On pourrait se croire dans un roman anglais classique, une de ces fictions pleines de charme et de cruauté comme les écrivaient Jane Austen ou les soeurs Brontë. C'est Kath, une jeune femme qui raconte l'histoire, la sienne et celle de deux de ses plus proches amis, Ruth, forte tête, volontiers meneuse, et Tommy, poète et maladroit. Kath évoque leur enfance et leur adolescence pleine d'interrogations dans le prestigieux collège de Hailsham. Etre un ancien ou une ancienne de Hailsham vous marque pour la vie. La discipline y est stricte, l'éducation, variée, avec une insistance particulière pour les matières artistiques. Les meilleures oeuvres des élèves sont prises par la mystérieuse et froide directrice de l'institution, qui, dit-on, les réunit dans une sorte de galerie. Pour quel public, dans quel but ? Les élèves l'ignorent...
Qu'ont-ils donc de si particulier, ces pensionnaires dont les parents ne sont jamais évoqués, qui ne partent jamais en vacances, qui ne pourront jamais avoir d'enfants et qui sont si rapidement adultes ? Ils sont pourtant humains et sensibles, ces êtres aux marges de l'humanité qui ne sont pas nés dans le ventre d'une femme...
Auprès de moi toujours est un livre éblouissant et terrible dans son art de nous plonger dans l'horreur sans le moindre effet dramatique...
Auprès de moi toujours est d'autant plus fort et violent que c'est un roman tendre et nostalgique...
Avec le sixième roman de ce Britannique d'origine japonaise, on pénètre dans l'univers d'un pensionnat où se cachent les pires expériences scientifiques.
Les romanciers anglais ont toujours quelque chose de shocking. Les nostalgiques des Vestiges du jour, le roman porté à l'écran par James Ivory, ne s'attendent peut-être pas à lire de la science-fiction sous la plume de Kazuo Ishiguro. Il leur faut très vite oublier l'atmosphère feutrée de ce manoir resté à l'heure victorienne à l'aube de la dernière guerre, pour se plonger dans Auprès de moi toujours. Avec le sixième roman de ce Britannique d'origine japonaise, on renonce au confort de la fresque historique pour pénétrer un univers glacial et plus étrange. Comme toujours chez Ishiguro, le mystère se trame lentement, les nuages s'amoncellent chapitre après chapitre et le dénouement résonne soudain comme un coup de tonnerre : un de ces chocs dont la british fiction, célèbre pour son audace et ses mélanges épicés, a le secret. Mettre en scène les pires déviances de la science dans une prose de la facture la plus classique : c'est la routine pour l'un des meilleurs représentants de cette veine prolifique...
Je m'appelle Kathy H. J'ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans. Je sais que cela paraît assez long, pourtant ils me demandent de continuer huit mois encore, jusqu'à la fin de l'année. Cela fera alors presque douze ans. Si j'ai exercé aussi longtemps, ce n'est pas forcément parce qu'ils trouvent mon travail formidable. Je connais des accompagnants très compétents qui ont été priés d'arrêter au bout de deux ou trois ans à peine. Et je connais le cas d'un accompagnant au moins qui a poursuivi son activité pendant quatorze ans alors qu'il ne valait rien. Je ne cherche donc pas à me vanter. Pourtant je sais de source sûre qu'ils ont été satisfaits de mon travail, et dans l'ensemble, je le suis aussi. Mes donneurs ont toujours eu tendance à récupérer bien mieux que prévu. La rapidité de leur guérison s'est révélée impressionnante, et presque aucun d'entre eux n'a été classé «agité», même avant le quatrième don. Bon, peut-être que je me vante maintenant. Mais c'est très important pour moi d'être capable de bien faire mon travail, et en particulier de veiller à ce que mes donneurs demeurent «calmes». À leur contact, j'ai acquis une sorte d'instinct. Je sais quand rester près d'eux pour les réconforter, et quand les laisser livrés à eux-mêmes ; quand les écouter jusqu'au bout, et quand leur dire de se ressaisir.
En tout cas, je n'ai pas de grandes prétentions. Certains soignants en exercice sont tout aussi capables, mais ne bénéficient pas d'une telle reconnaissance. Si vous êtes l'un de ceux-là, je peux comprendre que vous m'enviiez - mon studio, ma voiture et, surtout, la faculté que j'ai de choisir mes patients. Et j'ai étudié à Hailsham - ce qui suffit parfois à braquer mes collègues. Kathy H. a le droit de choisir, disent-ils, et elle sélectionne toujours des individus de son espèce : des gens de Hailsham ou de l'une des autres résidences privilégiées. Rien d'étonnant qu'elle ait un bilan hors du commun. Je l'ai assez entendu, et je suis sûre qu'on vous l'a répété maintes fois, aussi peut-être y a-t-il un fond de vérité là-dedans. Mais je ne suis pas la première à avoir mon mot à dire, et sûrement pas la dernière. Et j'ai fait ma part en m'occupant de personnes qui avaient été élevées dans toutes sortes d'endroits. Souvenez-vous qu'à la fin, j'aurai rempli ces fonctions pendant douze années, et que depuis seulement six ans ils m'accordent la liberté du choix.
Et pourquoi pas ?
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