Auteur : Alain Dugrand
Date de saisie : 09/03/2006
Genre : Récits de Voyages
Editeur : Hoëbeke, Paris, France
Collection : Etonnants voyageurs
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-84230-249-8
GENCOD : 9782842302498
Il sillonne l'Asie centrale depuis une dixaine d'années, enquêtant en Iran, au Pakistan et sur le pourtour de la mer Noire : Arménie, Abkhazie, Géorgie et Turquie. Ecrivain-voyageur chevronné, Alain Dugrand en rapporte des récits enlevés d'une plume alerte, teintée de poésie. Il éclaire d'un jour nouveau les enjeux géopolitiques de cette région appelée à jouer un rôle de plus en plus crucial dans l'actualité. Depuis l'effondrement de l'Empire soviétique et la révolution iranienne, tout laisse à penser que de nouvelles catastrophes se trament dans ces paysages de steppes et de montagnes oubliées, gorgées de réserves pétrolières et infestées de foyers islamistes. Pourtant, les peuples de l'ancienne Perse et du Caucase n'ont rien à voir avec les illuminés assoiffés de sang que l'on nous montre à la télévision. Bien au contraire, ils aspirent à la paix. Dugrand le démontre sans théoriser, à la manière d'un Nicolas Bouvier...
«Je m'étais pointé au rendez-vous que Serge m'avait fixé à Bastille, alors que je n'aime pas ce quartier. Je suis indéfectiblement Odéon et, pour tout dire, mon bar préféré est à deux pas des grilles du Luxembourg. Non que l'expresso y soit meilleur qu'ailleurs, mais ce bistrot est au coeur du quartier de mes ombres familières. Joseph Roth et Ernst Weiss, misérables, traînaient au Café de la Poste, rue de Tournon, Chester Himes et Richard Wright buvaient, heureux enfin, au Petit Suisse, à l'angle de Vaugirard. Ce coin me plaît, les librairies Corti et Rieffel résistent encore au changement, alors que La Maison des amis des livres et Shakespeare & Compagnie ne sont plus là depuis longtemps. Je ne me fais pas à la nouvelle géographie de Paris, mais j'aperçois toujours le père Léautaud, avec la viande des chats, rue de Condé, et Miller lutine toujours près du boulodrome du Sénat.
Serge m'avait prié de le rejoindre au Café français, où j'avais commandé un rhum-limonade, à l'étonnement du serveur. Le photographe avait déniché mon téléphone en s'adressant à un éditeur de ma connaissance. Il me proposa aussitôt de l'accompagner en reportage en Abkhazie, au Caucase... J'ignorais tout jusque-là de ce pays minuscule. À entendre mon nouvel ami, cette province avait fait sécession de la Géorgie au terme d'une guerre et d'une épuration ethnique féroces. Serge me raconta avec talent la cueillette des mandarines à Soukhoumi, la beauté à couper le souffle des neiges éternelles de la chaîne du Caucase au-dessus de la mer Noire.
Nous nous envolâmes sur British-Airways, destination Tbilissi via Londres. En Géorgie, nous devions nous débrouiller pour rejoindre Soukhoumi, la capitale du petit pays isolé. J'avais pris dans ma gibecière un volume de la Documentation française consacré au chaos du Caucase, j'en avais annoté de nombreuses pages mais, je l'avoue, en posant le pied sur le tarmac de l'aéroport de Tbilissi, les fruits de ma lecture s'étaient aussitôt effacés. Cette équipée en république abkhaze allait de facto me conduire sur bien d'autres routes... J'allais musarder, les yeux grands ouverts, dans de multiples provinces, «enclaves» et principautés riveraines de la mer Noire, de l'Est turc à 1'Adjarie, de Tbilissi à l'Ossétie-du-Sud, puis, au-delà des montagnes et des plateaux, de l'Arménie à l'Iran caucasien, puis, des déserts persans du sud au passage de la frontière baloutche à Karachi, cette ville-monde dont l'énoncé seul terrorise l'homme occidental tel qu'il devient...»
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