Auteur : Maïssa Bey
Date de saisie : 09/03/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France
Collection : L'Aube poche
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 978-2-7526-0219-0
GENCOD : 9782752602190
Profondément ébranlée par le tremblement de terre survenu dans son pays, Amina, une jeune fille jusqu'alors sans histoire, décide brusquement de rejoindre la cohorte des victimes du séisme.
«Un récit qui garde au-delà du dénouement sa part d'ombre et de mystère. Une manière pour ce subtil sismographe qu'est Maïssa Bey de laisser entrouvert l'espace des possibles.»
Christine Rousseau, Le Monde.
«Un texte d'une rare intensité et d'une force saisissante, qui nous emporte à la découverte de l'Algérie et de ses femmes de lumière soumises à la violence des traditions.»
Stéphanie Khayat, Nice-Matin.
«Une écriture à la fois violente, précise et d'un lyrisme poétique maîtrisé. Maïssa Bey compose un roman complexe et bouleversant.»
Michèle Gazier, Télérama.
Maïssa Bey vit à Sidi bel Abbes (Algérie), où elle se consacre à l'écriture.
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«Je marche dans les rues de la ville.
J'avance, précédée ou suivie, je ne sais pas, je ne sais pas, mais quelle importance, suivie ou précédée d'un épais nuage de poussière et de cendres intimement mêlées.
Je traverse des rues, des avenues, des boulevards, des impasses, des allées, des venelles qui sont à présent chemins de pierres et de terre.
Et le présent, démesurément dilaté, se fait stridence, espace nu où s'abolit le temps.
Arbres en sentinelles dressées et pourtant inutiles. J'avance et je m'enfonce dans la ville défaite, décomposée, désagrégée, disloquée.
J'avance et tout ce qui s'offre à moi entaille profondément mon souffle et mon regard, pénètre dans ma chair.
Une souffrance aiguë, plus aiguë, plus farouche qu'un hurlement de femme, semble jaillir de la terre même. Elle déborde des berges de chaque plaie, elle se déverse, creuse son lit, se perd parmi les ruines, s'enfonce, réapparaît, à nouveau virulente, comme avivée d'avoir atteint le coeur même de sa substance, puis s'élève vers un ciel étrangement bistre, presque jaunâtre, avant de se dissoudre dans les nuages.
J'avance dans les rues de la ville.
Je regarde autour de moi. Paupières douloureuses à force de vouloir garder les yeux ouverts. Grands ouverts.
Je marche.
L'odeur est là, d'abord à peine perceptible, comme un halo vaporeux. Une odeur exsudée de cet immense cloaque à ciel ouvert, aux entrailles ouvertes. Me parviennent des émanations semblables à celles qui remontent lorsqu'on enfonce un bâton dans les eaux vertes et stagnantes d'un marais. Remugles venus des profondeurs souterraines. Avec le soir, l'odeur se déploie. Où que j'aille, l'odeur m'accompagne. Elle rampe au ras du sol. Elle s'insinue d'abord dans les plis de ma robe. Puis elle se glisse le long de mes jambes, remonte, reptation lente, sournoise. Elle envahit ma bouche, mes narines, se coule dans mes cheveux. Millimètre par millimètre, elle s'incruste. Elle laisse de longues traces d'ombre et de fumée sur mes mains. Sur ma peau, mon corps tout entier. Elle est en moi. Elle est à présent ma compagne. A mon tour je suis corrompue. Vivante pourtant.
Les gens s'écartent sur mon passage.
Je ne suis rien d'autre, je ne serai jamais plus celle que j'étais. Je ne serai rien d'autre que cette odeur-là, captée ce jour-là, une odeur âcre et offensante de poussière, de pourriture et de charogne...»
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