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Pirogue sur le vide

Couverture du livre Pirogue sur le vide

Auteur : David Jaomanoro

Date de saisie : 29/03/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France

Collection : Regards croisés

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7526-0179-7

GENCOD : 9782752601797

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Assiata, à peine pubère, est bien décidée à transformer sa nuit de noces avec l'homme que sa famille lui a imposé en scène de tortures. Ses tantes, accourues aux cris venant de la chambre nuptiale, lui assènent alors une vérité inimaginable : elle n'a rien d'une héroïne ! Ndzaka Lapiné, championne de l'apnée, 6 ans, fait naufrage alors que son père tente de la faire passer clandestinement avec lui de Madagascar à Mayotte. Elle seule s'en sortira, assurément protégée par une divinité de l'eau. L'eau dans laquelle elle règle ses comptes avec ceux qui tentent de l'empêcher de devenir chef de bande...

Tsitso-Petite-Queue (il a échappé à la circoncision), juste adolescent, se réveille en prison. A peine libéré, il emmène ses copains dans un somptueux trip au dzamala (cannabis), qui les conduit en Dzamaïky, chez son ami Bob Marilé.

Petites filles, femmes, adolescents sont les héros, souvent bien malgré eux, de ces nouvelles incisives, cruelles et pleines d'humour - souvent noir ! - de David Jaomanoro, qui s'attache à peindre le monde de ces îles si lointaines et pourtant si proches - on y parle le français - qui sont les siennes. Ce monde de l'immense pauvreté, des sévices sexuels, ce de l'injustice et de la raison du plus fort, c'est le sien Et il réussit à nous en faire partager la réalité, son ambiguïté et son étonnante force de vie. La musique du djembé n'a pas fini de résonner en nous...

David Jaomanoro, né en 1953 à Madagascar, vit aujourd'hui à Mayotte. Il est poète, dramaturge et nouvelliste. Ses nouvelles sont rassemblées en recueil pour la première fois.





  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 29 mars 2006

Entre Madagascar et Mayotte, les femmes et les enfants sont les héros de Pirogue sur le vide. Unis, solidaires mais terriblement fragiles, ils luttent comme ils peuvent contre la misère, l'injustice, les traditions qui ressemblent souvent à des tortures. Il y a cette jeune mère qui, impuissante, voit mourir son enfant terrassé par la fièvre. Il y a cette adolescente de 13 ans qui ne veut pas céder à son nouveau mari, se bat comme une tigresse, jusqu'au moment où sa famille la drogue pour l'empêcher de se débattre.

David Jaomanoro ne parle que de vie quotidienne, de fuites inutiles, de naufrages où des familles vont mourir abandonnées par des passeurs sans états d'âme...

Curieusement, le lecteur sent derrière ces textes douloureux une force vitale, une envie de se battre pour vaincre l'obscurantisme, l'absurdité des lois, les dérives sociales. L'humour - noir - de David Jaomanoro y est sans doute pour quelque chose...



  • Les premières lignes

«La fête n'est pas finie. Ni pour les autres, ni pour moi. Elle commence tout juste. Puisque le sang doit couler. Le sang-mien. C'est ce qu'on attend. Ce soir je dois «dormir à côté de mon mari». Il viendra à la tombée de la nuit, enveloppé de chants, de tambourins, de danses, de rires. Rires de celles qui y sont déjà passées. De celles aussi qui n'y sont pas encore passées. Rires étranges. Il viendra, enveloppé de son grand turban, de son grand boubou qu'on appelle chez nous kandzou.

Après, je serai une femme.
Mais je suis déjà une femme.
Mais non. Il faut que je sois femme à la façon des autres. Comme toutes les autres.
Mères à treize ans.
Vieilles à quinze.
Lutter.
Vaincre.
Comme jamais femme.

Y mettre toute mon énergie. Toute ma rage. La rage de toute ma race. D'être à peine pubère et mariée à un inconnu qui a l'âge de mon père. De ne pas pouvoir dormir «à côté de» qui j'ai choisi. D'être couverte de bijoux que je n'ai pas voulus. Rage d'être moi. Ici. Maintenant. Depuis des millénaires. Depuis jamais et jusqu'à toujours.

Aujourd'hui je suis habillée comme ma copine Magali à sa première communion. Je pue de partout : du cou, des aisselles, du ventre, des seins, des cuisses ; on m'a mouillée de dix parfums différents, les uns par-dessus les autres. Je ne sens plus mon visage. Il a été frotté pendant deux semaines, nuit et jour, avec toutes sortes de msindzano. Pour rendre ma peau claire. On me l'a rendue diaphane. Dénaturée. Je m'aime bien noire. Pas fantôme ni noir ni blanc. Les grandes glaces placées contre les quatre murs me renvoient des images de moi qui me refoulent les tripes dans la gorge. Tous mes muscles sont de coton : les interminables massages d'assouplissement m'ont liquéfiée. Je n'existe plus. Il ne subsiste plus rien de moi que mon intime. C'est la seule chose qui les intéresse. Cette chose que mon mari viendra dévorer tout à l'heure. Il se jettera dessus comme papangue sur un rat crevé. I1 fondra sur mon intime avec toute la bestialité qui caractérise son espèce. Il l'a acheté. Il l'a payé. Il a tous les droits. Il se vautrera. Il se gavera. Il dégoulinera. Il bavera. Il éructera. Il vomira. Il râlera...»


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