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Voyage au pays du lac céleste

Couverture du livre Voyage au pays du lac céleste

Auteur : Shi Hwa Ryu

Traducteur : Nagel et Lim Yeong Hee

Date de saisie : 08/03/2006

Genre : Récits de Voyages

Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France

Collection : Regards croisés

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-7526-0123-0

GENCOD : 9782752601230


  • La présentation de l'éditeur

«Un jour à Mumbai, un homme avait fouillé dans mon sac et emporté mes affaires. J'avais protesté et demandé pourquoi il s'emparait ainsi du bien d'autrui sans autorisation. L'homme m'avait alors dignement sermonné pour ma naïveté :

- Qu'est-ce qui te fait penser que ces choses t'appartiennent ? Tu ne les possèdes que pour un moment, c'est tout. Lorsqu'on enlève son chapeau et qu'on l'accroche à un clou sur le mur, est-ce que ce chapeau appartient au mur ?

Le raisonnement des Indiens est si cohérent et si convaincant que même Aristote, père de la logique, ne pourrait le réfuter.»

Ryu Shi-hwa, «Earth traveler» comme il se définit lui-même, passionné d'indouisme, sillonne inlassablement l'Inde, le Népal et IeTibet ; ses textes de voyage constituent un superbe parcours initiatique. Le narrateur est présent à chaque page, mais c'est cette partie de l'Asie qui en est l'héroïne absolue. Avec sa nourriture «immangeable» pour le vulgum pecus coréen (et nous alors ?), ses pickpockets, son incommensurable crasse, ses vaches sacrées, ses grands sages, ses auberges improbables et surtout son extraordinaire fatalisme qui fait rire avant même d'en comprendre la leçon. Ce monde si lointain, rapporté par le regard à la fois tendre et incisif d'un écrivain coréen, est bouleversant.

Ryu Shi-hwa, écrivain, vit à Séoul quand il ne voyage pas. Voyage au pays du lac céleste est son premier livre traduit en français.





  • Les premières lignes

«Tcharu était fanfaron. Il ne manquait jamais une occasion de pavoiser. Et chaque fois, il terminait ses propos par un «no problem !» retentissant.

Tcharu était petit et laid. Tous les matins, il garait son auto-rickshaw devant l'hôtel où je logeais à Madras, dans le sud de l'Inde, et attendait le client. Aussitôt que je sortais, Tcharu, jusque-là somnolent derrière son guidon, accourait vers moi, devançant tous ses collègues, et m'affirmait avec aplomb qu'il était là depuis l'aube et n'attendait que l'occasion de me servir de guide.

La première fois que j'étais monté dans le rickshaw de Tcharu, je lui avais donné un peu plus que le prix de la course, afin qu'il puisse s'acheter des médicaments. Il toussait en effet beaucoup et m'avait fait pitié. Tout était parti de là. Depuis ce jour, il me suivait partout où j'allais, comme s'il avait décidé de me prendre pour unique maître.

J'avais un peu honte chaque fois que ce pauvre Tcharu - si laid avec son derrière de canard - m'appelait «maître» devant tout le monde. Dès qu'il m'apercevait, il époussetait le siège arrière de son rickshaw avec la serviette malpropre qu'il portait autour du cou, et m'invitait d'un geste à monter. J'avais beau lui dire que je n'allais qu'à la poste, à deux pas de là, et que je pouvais fort bien marcher, il ne voulait rien entendre. I1 agitait la main et répondait, comme à son habitude : «No problem, sir !» Quand je lui disais que je n'étais pas assez riche pour m'offrir tous les jours le luxe d'un rickshaw, il s'écriait de nouveau en secouant son derrière :

- No problem, sir !

Signifiant par là que l'argent n'était pas une préoccupation pour lui et que je devais monter dans son véhicule sans m'en inquiéter.

Tcharu n'avait vraiment, semblait-il, aucun souci dans la vie. II ne possédait en tout et pour tout que son pantalon sans doublure, et pourtant il se montrait toujours gai et drôle. Pour ne rien dire de sa ténacité, trait si caractéristique des Indiens !

Quand, résigné, je finissais par monter à bord du rickshaw, Tcharu lançait son véhicule à travers les rues bondées, soufflant dans sa trompette en caoutchouc fixée au pare-brise. Si d'aventure quelque piéton le gênait - vieillard ou jolie fille -, il les accablait d'un flot d'injures...»


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