Passion du livre - tout sur le livre : Bentham : philosophe de l'utilité

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Bentham : philosophe de l'utilité

Couverture du livre Bentham : philosophe de l'utilité

Auteur : Jean-Pierre Cléro

Date de saisie : 08/03/2006

Genre : Philosophie

Editeur : Ellipses, Paris, France

Collection : Philo-philosophes

Prix : 7.00 € / 45.92 F

ISBN : 978-2-7298-2600-0

GENCOD : 9782729826000

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Les attitudes à l'égard de l'utilitarisme restent aujourd'hui contradictoires. On accuse depuis longtemps le monde moderne de sacrifier à la seule valeur d'utilité et de mépriser, en son nom, la vérité, la justice, le bien et surtout la beauté. On soupçonne que l'utilité vassalise l'ensemble des valeurs, comme l'a remarquablement détecté Hegel qui a vu, dans l'utilité, un tournant du monde moderne. Mais, en même temps, on n'accepterait pas de faire un travail inutile ou de voir sa personne ou ses actes taxés d'inutiles. Dès lors, y a-t-il une mesure qui puisse, de l'extérieur, contenir l'utilité ? Ou ce processus de limitation ne peut-il se fonder que de l'intérieur ? Ce dernier défi est celui que l'utilitarisme lance aux autres philosophies, sur tous les fronts, théoriques et pratiques.





  • Les premières lignes

«On connaît des animaux qui, mollusques, oiseaux ou mammifères, profitent du logis d'autres animaux pour l'habiter et emplir son espace préalablement vidé. Il semblerait que l'utilité fonctionne de même ; elle prend la place d'autres valeurs telles que le bien, le bonheur, la vérité, la justice, la beauté, en paraissant les satelliser ou les asservir à ses lois propres et, au passage, en les convainquant de leur vide propre. C'est ce mouvement-là, de violence, bien repéré par Hegel dans la Phénoménologie de l'Esprit, puisqu'il fait de l'utile la valeur culminante et comme le résultat de l'Aufkliirung, transformant les autres valeurs - et, tout particulièrement, les valeurs religieuses - en fictions, que la philosophie de Bentham nous permet de repérer et d'exprimer. Est-ce que l'utilité, quand elle remplace telle ou telle valeur, la détruit, en garde quelque chose, la déplace ? Quel rapport dynamique l'utilité entretient-elle avec les autres valeurs ? Ainsi nous regarderons comment, par ce qui revêt toutes les apparences d'une invasion, l'utile paraît entrer en relation dialectique avec toutes les valeurs et comment son triomphe se consolide aujourd'hui. L'utilitarisme est-il une théorie générale des valeurs, pas seulement économiques, mais de toutes les valeurs, tant dans leur liaison que dans leur éristique, ou est-il l'expression de la ruine des valeurs, le symptôme massif, l'indication majeure, du nihilisme, c'est-à-dire de la perte généralisée de valeurs ?

À ce souci, s'en ajoute un autre, qui en est la conséquence directe. Le remplacement des valeurs de vérité, de justice, de bonté, pose constamment le même problème : l'utile remplace-t-il totalement ou partiellement la valeur ? Se met-il à sa place pour remplir sensiblement la même fonction qu'elle ? Ce remplacement est-il effectif ? N'a-t-il lieu qu'en apparence ? Comment modifie-t-il la valeur dont-il prend la place ? Pour prendre un exemple majeur : jusqu'où est-il possible qu'un «penser-utile» ou qu'un «écrire-utile» remplace la pensée vraie ou le discours vrai ? Une telle substitution ne nous fait-elle pas entrer dans une dialectique ou dans des paralogismes sans fin ? L'utilité se posant comme utilité du vrai sans laquelle le vrai ne pourrait pas même exister comme vrai ; le vrai résistant comme vérité de l'utile, transcendant l'utilité de l'utile. On peut sensiblement faire la même analyse du remplacement des valeurs pratiques ; pour une raison évidente d'ailleurs, puisque l'utilitarisme est, jusqu'à un certain point, un pragmatisme, en ce qu'il remplace toutes les valeurs, y compris les valeurs théoriques, par des valeurs pratiques. L'utilitarisme est une pratique généralisée en ce sens que l'ontologie elle-même est dépendante de l'eudémonique, qui unifie les valeurs pratiques. Il n'y a pas de valeurs purement théoriques ; il n'y a pas non plus de valeurs pures en morale : les valeurs désintéressées, indépendantes de l'utilité, sinon inutiles, que Kant prétendait isoler et ramener à la pureté...»


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli