Auteur : Aharon Appelfeld
Traducteur : Valérie Zenatti
Date de saisie : 26/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-87929-438-4
GENCOD : 9782879294384
" Une nuit il rêva qu'Iréna portait l'uniforme de l'armée rouge. Ils étaient ensemble dans une jeep qui fonçait à toute allure. La course s'arrêta soudain, Iréna descendit de la jeep, ôta ses bottes et dévoila un pied parfait. Ernest en fut si ému qu'il s'agenouilla et dit : "Le capitaine Ernest Blumenfeld vous demande l'autorisation d'embrasser la plante de votre pied", et sans attendre de réponse il inclina la tête et s'exécuta. " Un écrivain à l'automne de sa vie, une jeune fille dévouée : l'idylle n'est pas nouvelle. D'où vient alors le choc que procure un tel livre ? Au-delà de la banalité apparente, Aharon Appelfeld donne à ce récit une grandeur proprement biblique. Parce que la rencontre d'Ernest et d'Iréna est un événement qui les dépasse, elle devient le révélateur qui permet à chacun d'accéder au sens secret de son existence, devenue enfin déchiffrable. Une vie politique, inscrite dans l'Histoire - celle d'un siècle hanté par le totalitarisme et la destruction de l'identité juive. Et une autre vie, celle que connaissent les " Juifs célestes " chers au coeur d'Aharon Appelfeld. Entre le proche et le lointain, l'identification et la distanciation, la vie quotidienne et la métaphysique, Aharon Appelfeld invente une littérature d'une force et d'une singularité inouïes.
Né en 1932, Aharon Appelfeld est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages qui lui ont valu une réputation internationale. Il vit à Jérusalem.
Aharon Appelfeld a dix ans lorsqu'il s'évade du camp de concentration. Il se réfugie dans la forêt, survit grâce aux marginaux - voleurs, vagabonds, prostituées - qui le protègent. Nous sommes en Roumanie, à la frontière de l'Ukraine, en 1942.
À la fin de la guerre, après plusieurs années d'errance, Aharon Appelfeld s'embarque pour la Palestine. Sa solitude est totale, son désarroi absolu. Quelques grands aînés lui ouvrent le chemin. Grâce à Gershom Scholem, il comprend qu'il est porteur d'un héritage, celui du judaïsme européen, et que son refus équivaudrait à un suicide. Grâce à Max Brod, il découvre Kafka : une écriture sèche, débarrassée du «kitsch allemand» ; et surtout une description rigoureuse de ce qu'il a vécu, lui, pendant la guerre, et qu'il ne peut formuler avec des mots.
Aharon Appelfeld deviendra l'un des plus grands écrivains juifs de notre temps. Pourtant, il récuse avec énergie le statut d'«écrivain de la Shoah» dont on a voulu l'affubler. Il n'a jamais voulu être un chroniqueur. Il lui a fallu en effet se forger une langue et créer un monde bien à lui pour accéder à la vérité intérieure qui est l'objet même de sa recherche. Une langue péniblement arrachée au silence, puis au bégaiement, nourrie du yiddish qu'il apprend tardivement - cette «langue sacrée» que parlaient ses grands-parents, et qu'il n'avait pas le droit d'utiliser à la maison, lorsqu'il était enfant.
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Iréna, une jeune femme de 30 ans, vient tenir chaque jour le ménage d'un écrivain vieillissant. Chez elle, les mots, les gestes, la façon de composer un bouquet, tout est d'une simplicité mystérieuse. Quand elle rentre dans sa maison, Iréna allume deux cierges et pense à ses parents disparus. Elle observe les commandements religieux que sa mère observait (l'histoire se passe en Israël). L'écrivain, Ernest, un ancien conseiller financier, n'a jamais publié ses manuscrits, qu'il pense d'ailleurs à faire disparaître. La littérature ne lui a pas tendu les bras. Il consacre pourtant toutes ses forces à l'écriture. L'Amour, soudain, d'Aharon Appelfeld, est le récit d'une rencontre, quand un sentiment supérieur éclaire deux vies.
La magnifique réussite d'Appelfeld est d'abord de faire circuler cet amour en ne pinçant que des cordes sensibles, mais d'une discrétion exemplaire... Appelfeld fait bouger son récit de façon subtile, par petites touches et sur divers fronts, en avant et en arrière, en surface et en profondeur... L'amour n'est pas destruction, comme souvent, mais création et méditation. Beaucoup de choses graves sont évoquées dans ce maître livre, qui est aussi une leçon de sagesse et de littérature...
C'est un petit monsieur au regard aigu, à l'accent pointu et à la politesse exquise, qui est de l'Europe d'un autre temps. De sa voix douce et de son élocution lente, qui laissent toute leur place aux silences, il pose des questions personnelles à son interlocuteur, lorsqu'il le sent trop ému, au fil de l'entretien, pour lui permettre de dissiper son trouble. Car l'émotion, Aharon Appelfeld la fait surgir, par son simple dire. Par son Histoire d'une vie, qui paraît aujourd'hui aux éditions de l'Olivier : «Ce livre n'est pas un résumé, mais plutôt une tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leur racine (...). Ce sont les différentes strates de ma vie qui se sont enchaînées les unes aux autres et qui convulsent encore», prévient-il dans sa préface. Qui convulsent ou qui résonnent, comme des battements de coeur, fragiles mouvements intérieurs, qui maintiennent en vie... Avec sa phrase qui ignore les volutes et se resserre au plus près du coeur, il écrit : «Ma mère fut assassinée au début de la guerre. Je n'ai pas vu sa mort mais j'ai entendu son seul et unique cri», «En quelques semaines, l'enfant de sept ans qu'on avait entouré de chaleur et d'un immense amour devint un orphelin de mère abandonné dans le ghetto, traîné par la suite avec son père dans une marche forcée à travers les plaines d'Ukraine. Les agonisants et les mourants étaient étendus sur les bas-côtés de la route, et il trottait avec ses dernières forces auprès de ceux, peu nombreux, qui marchaient encore. Les images sont très nettement figées en moi.» dit-il, «Parfois, il me semble que la marche qui a duré deux mois dure depuis cinquante ans et que je me traîne encore là-bas.» C'est ce même enfant qui parvient à fuir et passera quatre années dans la forêt, se nourrissant de racines et de fruits l'été, et de l'aide de quelques paysans généreux, lorsque l'hiver ukrainien se fera intenable... De cet apprentissage impossible de l'oubli auquel il a été confronté, l'écrivain tire des pages bouleversantes au cours desquelles il se souvient de son mutisme, de ses difficultés à parler l'hébreu, qui inscrivait le deuil et le silence au plus profond de lui...
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