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Jocaste

Couverture du livre Jocaste

Auteur : Brian Aldiss

Traducteur : Catherine de Léobardy

Date de saisie : 07/03/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque anglo-saxonne

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-86424-575-9

GENCOD : 9782864245759


  • La présentation de l'éditeur

Sophocle, dans Oedipe Roi, nous raconte la tragédie d'OEdipe, involontairement marié avec Jocaste, sa mère, et assassin de son père. Jocaste a donc épousé son fils sans le savoir, mais Sophocle ne s'intéresse pas à cette épouse-mère.

Brian Aldiss préfère, lui, une Jocaste séduisante, certes, mais largement responsable de l'inévitable tragédie. Il nous montre le drame de son point de vue à elle. Les petites contrariétés de sa confortable vie familiale, la cohabitation avec sa grand-mère Sémélé, magicienne et vestige de l'âge de bronze qui chasse les harpies comme d'autres les mouches, la présence de la Sphynge qui traîne dans le palais et veut se reproduire, le mauvais caractère d'OEdipe. Peu à peu, la fausseté de la situation de Jocaste apparaît, l'oracle des dieux s'avère inéluctable, suivi de la Némésis.

Brian Aldiss éclaire d'une lumière fraîche et humoristique une vieille histoire qu'il conclut avec le drame de la fille de Jocaste, Antigone.

Conteur incomparable, Brian Aldiss explore les non-dits du mythe et enrichit la littérature d'un personnage de femme complexe et intrigant.

A propos d'A l'Est de la vie :

«A l'Est de la vie de Brian Aldiss me semble le meilleur roman de SF que j 'aie lu depuis longtemps [...] En nourrissant sa fiction de ces questions sur la permanence de l'identité et la vraisemblance du sentiment individuel, Brian Aldiss nous offre un réel chef d'oeuvre.»

Philippe Curval, Le Magazine littéraire.


Brian Aldiss est né en 1925 à Norfolk (Angleterre). Il vit aujourd'hui à Oxford. II est l'auteur de plus de 40 ouvrages, pour la plupart de science-fiction, dont 18 traduits en français, en particulier La tétralogie d'Helliconia, Frankestein délivré, A l'Est de la vie, Mars blanche, La Mamelle de Némésis, Supertoys, Intelligence artificielle et autres histoires du futur, et Super État.



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  • Les premières lignes

«Les fleurs sur la colline mouraient dans la chaleur d'août. Elles craquaient sous les pieds nus de Jocaste, épines de skylokremida, restes craquants d'agriolista. Les lézards filaient sous ses pieds.

Jocaste portait une jupe de daim souple et un corsage de cuir sans manches ample qui parfois collait à son buste humide. Ses épais cheveux noirs, qui commençaient à blanchir, étaient noués dans le dos. Son corps avait pris de la lourdeur : pourtant elle grimpait si facilement la colline que son garde s'essoufflait à la suivre. C'était la reine de Thèbes.

Elle avait attrapé un lièvre dans les rochers de la vallée. Il était suspendu sur le petit renflement de sa colonne vertébrale, avec une baguette pointue qui traversait les tendons de ses pattes. Les cahots de la marche faisaient couler du sang du nez de la créature morte, on aurait dit des larmes ; ces larmes gouttaient le long du dos de Jocaste et lui tachaient les chevilles quand elle marchait.

Les murailles de Thèbes étaient éclairées par le soleil couchant. Jocaste entra par la porte sud-est, sous l'oeil d'une sentinelle nonchalante, qui se mit, lui-même, à sa lance à la verticale en guise de salut. Le palais était un bâtiment bas, qui se distinguait de ses voisins par son étendue et par le portique à quatre colonnes qui ornait sa façade. Jocaste évita l'entrée principale et fit le tour vers l'arrière par un champ en friche plein de mauvaises herbes.

Elle passa près de l'autel de sa grand-mère, où quelque chose couvait parmi les cendres. C'était très probablement les restes d'un serpent, l'offrande préférée de la vieille Sémélé à ses sombres dieux. Par terre devant l'autel, des excréments humains avaient été à moitié recouverts d'une poignée de terre. Jocaste se toucha automatiquement le front en passant, en signe de dévotion.

La vieille servante de Jocaste, Hézikiée, jaillit, comme si elle sortait de la boîte d'un magicien, bras levés comme pour embrasser sa maîtresse.

- Oh Jocaste ! Et tu es à nouveau sortie chasser ! J'ai eu peur que tu ne sois morte.

- Sottises, Hézikiée, j'ai simplement tué un lièvre. - Oh, mais les bêtes sauvages...

- Autour de Thèbes ? Sottises. Laisse-moi passer.

- S'il te plaît, dis-moi que tu n'es pas morte. Et ta pauvre jambe, elle saigne ! Tu vas bientôt mourir.

- Arrête maintenant, veux-tu, Hézikiée ? C'est le sang du lièvre que j'ai tué et c'est tout.

Elle passa en poussant la vieille femme tremblante et dévouée, qui continuait à marmonner de manière conjuratoire.

Quand elle entra dans la cuisine, elle entendit son mari, Oedipe, hurler dans la grande salle. Il donnait audience à une délégation de gens du pays.

- Vous autres, habitants de la ville, n'arrêtez pas de vous plaindre ! Que voulez-vous de moi à présent ? Ne pouvez-vous pas me laisser en paix ?

Et une voix fatiguée et pleurnicharde de vieillard répondit :

- Grand Oedipe, la peste est chez nous. Tu vois que ce ne sont pas seulement les vieux qui viennent vers toi, mais les jeunes sont aussi parmi nous. Car la malédiction qui est sur Thèbes touche jeunes et vieux également. Partout ici il n'y a qu'affliction...»


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