Auteur : Jean-Marc Leveratto
Date de saisie : 07/03/2006
Genre : Spectacles
Editeur : La Dispute, Paris, France
Collection : Essais
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-84303-126-7
GENCOD : 9782843031267
Ce livre traite de la magie du spectacle.
Le spectacle et sa séduction sont souvent considérés avec mépris (ils ne seraient pas dignes de l'art) ou avec effroi (telle la télévision, qui aurait la faculté de faire de nos enfants des criminels). S'y attacher serait à la fois faire preuve d'inconsistance intellectuelle et contribuer au retour de la barbarie.
La démarche anthropologique consiste, plus sérieusement, à étudier la manière dont le spectateur peut prendre plaisir au spectacle. En imposant à l'observateur de se prendre lui-même comme objet, de s'inclure dans l'observation, elle permet de donner toute leur importance à la compétence artistique du spectateur, à sa sensibilité personnelle et à son sens de la responsabilité, à son attention aux choses et aux personnes que le spectacle touche.
Adopter le point de vue de ce spectateur compétent, qui sait contrôler le plaisir du spectacle, et le transmettre à autrui, c'est rappeler la manière dont les techniques artistiques - la peinture, le théâtre, la danse, l'opéra, le roman, etc. - constituent d'abord des techniques du corps pour l'individu qui y trouve le moyen de cultiver un plaisir artistique, et la force du lien social éphémère que ces techniques permettent de nouer avec autrui.
Ce livre entend ainsi contribuer à la reconnaissance du savoir ordinaire du spectacle - de l'industrie du fantôme au feuilleton gay, de l'estampe japonaise au mélodrame du Boulevard, de l'art contemporain à la comédie musicale, de la star au figurant, du corps idéalisé au corps stigmatisé - et à la manière dont il peut servir au développement d'une commune humanité.
Commander ce livre sur Fnac.com
Extrait de l'introduction :
«Le discours des experts sur l'art rend difficile aujourd'hui l'observation de la culture artistique, au sens de l'action de cultiver le plaisir du spectacle. Il est devenu commun en France d'opposer, dans les débats publics sur l'éducation du citoyen, la réflexion sur le sens de la conduite humaine à la quête frénétique des sensations que réprouvent, sous le vocable péjoratif de «spectacle», ceux qui entendent défendre la culture humaine contre l'emprise de la technique et du marché. Le «spectacle», pour ses critiques, est le terme qui désigne à la fois des industries - du film, du disque, du livre - et des produits sans valeur artistique, visant à divertir au mépris de toute préoccupation éthique. Ce «spectacle» serait ainsi responsable du commerce contemporain qui transforme les êtres humains et les oeuvres d'art en marchandises, recherchées pour l'excitation physique que procure leur consommation par des individus qui sacrifient, ce faisant, leur humanité. Selon ce point de vue, proposer une «anthropologie du spectacle» revient à accorder une dignité intellectuelle et une signification humaine universelle à une chose, le spectacle, qui en est dépourvue, bref, à détourner l'anthropologie de sa fonction scientifique et de sa mission culturelle.
En tant que science de l'homme, en effet, l'anthropologie a vocation à «penser l'humanité dans son ensemble» à travers l'étude des aspects fondamentaux de la vie en société - la famille, le travail, la sexualité, la religion - qui rapprochent, au-delà des particularismes locaux, tous les individus vivants. Cette vocation de l'anthropologie s'est forgée à travers l'étude des populations primitives dont elle a réhabilité les savoirs et les savoir-faire. C'est en ce sens qu'on a pu la définir comme une «entreprise de traduction de cultures», contribuant, par sa diffusion, à la reconnaissance de la commune humanité de tous les peuples. Cette mission intellectuelle interdit qu'on la dévoie dans l'étude des passions futiles et des divertissements commerciaux propres à l'homme occidental.
Il est vrai que le développement de l'anthropologie scientifique a été, au XXe siècle, un vecteur considérable de diffusion d'une attitude humaniste dans le grand public et, en ce sens, un puissant instrument de défense des droits de l'homme contre l'esclavage et l'exploitation sauvage, au nom du progrès technique, de continents entiers par les pays «civilisés». Elle a contribué, sur le plan mondial, à la domestication du capitalisme qu'ont obtenue au sein de chaque nation européenne, en s'appuyant sur les sciences sociales, les citoyens organisés. La réflexivité - c'est-à-dire l'interrogation critique sur sa propre conduite - qu'elle a imposée à l'homme occidental explique le prestige intellectuel dont jouit aujourd'hui l'anthropologie scientifique auprès du grand public. Ce prestige est supérieur à celui de la sociologie ou de l'histoire qui ont pu contribuer, dans certains cas, pour la première, à la construction d'un pouvoir étatique réduisant la liberté individuelle et, pour la seconde, à la promotion d'un nationalisme fauteur de guerres et de génocides. L'anthropologie scientifique apparaît au contraire, une fois dégagée de l'évolutionnisme et du racisme qui ont marqué sa fondation à la fin du XIXe siècle, comme un outil puissant pour se préserver tant de l'aveuglement scientifique que de la fascination politique en restaurant l'individu qui est l'objet du savoir et l'instrument du pouvoir dans sa dignité de personne humaine...»
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli