Auteur : Jean Teulé
Date de saisie : 28/07/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-260-01683-0
GENCOD : 9782260016830
Après Rimbaud et Verlaine, Jean Teulé ne pouvait mieux clore son voyage en Poésie qu'en endossant avec orgueil et humilité les haillons magnifiques de François Villon.
Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les coeurs contre nous endurcis.
Il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d'Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a appris le grec et le latin à l'université de Paris. II a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les étudiants, les curés, les prostituées, les assassins, les poètes et les rois.
Aucun sentiment humain ne lui était étranger : des plus sublimes aux plus atroces, il a commis tous les actes qu'un homme peut commettre. II a traversé comme un météore trente années de l'histoire de son temps et a disparu un matin sur la route d'Orléans.
II a donné au monde des poèmes puissants et mystérieux et ouvert cette voie somptueuse qu'emprunteront à sa suite tous les autres poètes : l'absolue liberté.
Chez Julliard, Jean Teulé a publié : Rainbow pour Rimbaud (adapté par Costa-Gavras à la télévision), L'Oeil de Pâques, Balade pour un père oublié, Darling, Bord Cadre, Longues Peines, Les Lois de la gravité et O Verlaine !.
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Le 6 février 1452, le prévôt de Paris fait donner l'assaut aux «escolliers» de la Sorbonne qui tirent au canon rue Saint-Jacques. Le plus turbulent d'entre eux est un certain François Villon, un poète qui harangue la jeunesse, organise le chahut et bombarde les sergents de pommes blettes.
Drôle de clerc que ce Villon. Un dévergondé qui fréquente les tavernes et les maisons closes, qui joue à «montre-cul», danse dans les cimetières et s'amuse à intervertir les enseignes des boutiques de Paris. Un gibier de potence que l'on renvoie de la faculté, à la suite de nouvelles échauffourées estudiantines dont on le tient pour responsable.
Après «Rainbow pour Rimbaud» et «Ô Verlaine !», Jean Teulé clôt sa trilogie des poètes mauvais garçons par le plus voyou. Ce roman à la première personne reconstitue la vie mal connue du prince de la racaille, né François de Montcorbier en 1431. L'écrivain fait ainsi oeuvre utile car, comme l'a souligné Jean Dufournet, grand spécialiste de Villon, apprécier un tel auteur requiert une certaine familiarité avec sa biographie et son temps... Jean Teulé fait remonter des bas-fonds les relents méphitiques. L'écrivain a peint une danse macabre ; il a dédié une ode épique à l'un des plus grands et des plus misérables de nos écrivains. Apparemment l'inspiration de Villon a porté à son apogée celle de notre frère «Jehan» !
Sa vie fut un roman. Voici maintenant le roman de sa vie. Il fallait un culot monstre pour chausser, à plus de cinq siècles de distance, les poulaines de maître François, poète et assassin, objet de tous les fantasmes et de toutes les passions, dont la notice biographique tient en moins de vingt lignes. Jean Teulé nous avait déjà régalés avec ses romans décalés consacrés à Rimbaud et à Verlaine. Cette fois, il nous éblouit. En s'attaquant à Villon, Teulé achève brillamment sa trilogie romanesque, remontant à la source des poètes maudits... Après avoir plongé dans l'immense documentation disponible sur cette fin de Moyen Age (dont le fameux François Villon de Jean Favier), les archives de police, passablement fournies, et les 2 023 vers du Testament de 1461, maître Jean a littérairement cannibalisé son modèle...
On ne connaît pas le jour exact de la naissance de Villon - c'était «un peu avant l'été» 1431. Alors pourquoi pas le 30 mai, jour qui vit Jeanne monter au bûcher à Rouen ? On ignore même l'année de sa mort. Beaucoup de gens croient qu'il a fini pendu. En réalité, maître François a disparu de la circulation un jour de 1463, banni de Paris pour dix ans, le «P» de l'infamie marqué au fer rouge sur le front. On n'entendra plus jamais parler de lui.
Entre ces deux événements, le «mauvais garçon du siècle» a moult fois frôlé la potence. Son père, lui, n'y avait pas échappé. Et la probabilité est élevée, selon Teulé, que sa mère ait été enterrée vivante, pieds et poings liés, comme une voleuse. Ce qui expliquerait que le jeune François fut confié, vers l'âge de 5 ans, au bon Guillaume de Villon - «mon plus que père, [...] plus doux que mère».
Il lui en fera voir de toutes les couleurs...
«Le corps carbonisé fumait encore entre les chaînes du poteau fixé sur un haut socle de pierre. Sa jambe droite s'était écroulée, provoquant un curieux déhanchement. Le buste penchait en avant. Les volutes ondulantes, s'élevant du crâne, lui faisaient une drôle de chevelure verticale. Un souffle d'air, comme une gifle, lui emporta une joue de cendre, découvrant largement sa mâchoire où les gencives flambaient. Dans la boîte crânienne, le cerveau s'était effondré. On le voyait bouillir par les orbites oculaires d'où il déborda et s'écoula en larmes de pensées blanches. Le bourreau lança un petit coup de pelle latéral dans les hanches. Le bassin se démantela entraînant la jambe gauche dans un nuage de poussière et de débris d'os. De la poitrine restée enchaînée au poteau, les côtes flottantes pendaient. Le coeur y glissa et tomba, encore rouge. On versa dessus de la poix et du soufre. Il s'enflamma. Un autre coup dans le sternum et le reste dégringola. Les bras filèrent entre les chaînes...
Deux hommes d'armes de l'escorte anglaise s'approchèrent en cotte de mailles recouverte d'une tunique peinte d'une grande croix écarlate sur la poitrine. Ils rassemblèrent les cendres et les escarbilles osseuses dans deux seaux en bois qu'ils allèrent renverser dans la Seine parmi les joncs frissonnants où une grenouille coassa.
Un vent océanique soufflait. Les cendres roulèrent sur l'eau et s'envolèrent. Le long du chemin de halage, des hommes de somme, torse nu et en braies nouées à la taille et aux genoux, tractaient à la remonte une barge chargée de sel.
Les cendres s'élevèrent haut dans le ciel vers l'orient, suivant les mouvements de lacet du fleuve. Des forêts magnifiques contournaient des champs en friches, des campagnes désertées, des hameaux abandonnés aux beffrois démolis. Il brillait sur l'horizon une lourde tristesse. Les coqs des clochers de village luisaient, crus, sur les nuages. Le vol anguleux d'un épervier rapace raya le ciel et son cri rauque grinça dans l'espace...»
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