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Le monde, et inversement

Couverture du livre Le monde, et inversement

Auteur : Claude Ponti

Date de saisie : 07/04/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-87929-487-2

GENCOD : 9782879294872

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  • La présentation de l'éditeur

Dans l'immeuble d'Edgar se côtoient d'inquiétants personnages. Sous l'oeil maléfique de Mile Clapeau, un écrivain libidineux dialogue avec son double flagorneur, une femme débordante de tendresse élève une peluche géante, un homme convaincu d'être un arbre regarde ses pieds bourgeonner, deux fillettes manipulent les pensées des autres. Tous semblent prisonniers de leurs fantasmes les plus généreux ou les moins avouables. Lorsque Edgar fait une chute dans l'escalator du métro Saint-Paul, personne ne s'en inquiète. Pourtant cette chute l'entraîne dans un étrange voyage, où le possible et l'impossible forment un tout avec une évidence déconcertante. Car le monde n'est compréhensible qu'en s'affranchissant de la réalité, et inversement.

Roman de la maturité, Le Monde, et inversement met en scène un personnage qui a grandi avec Hercule (Les Pieds-Bleus, l'Olivier, 1995) et Victor (Est-ce qu'hier n'est pas fini ?, l'Olivier, 1999) dans un monde qui ressemble fort à celui des albums de Claude Ponti (Sur l'île des Zertes, Blaise et le Château d'Anne Hiversère, Mille Secrets de poussins, etc., tous parus à l'Ecole des loisirs), Claude Ponti est né en 1948 à Lunéville. Il vit à Paris, dans le Marais, près du métro Saint-Paul.





  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 6 avril 2006

On a mis quelque temps à comprendre que la radio était un progrès par rapport à la télévision, puisqu'on avait réussi à supprimer l'image. Pourra-t-on dire de Claude Ponti qui enivre notre belle jeunesse d'albums superbement illustrés depuis des lustres, d'une fantaisie et d'une poésie sans la moindre mièvrerie, qu'il vient de franchir une nouvelle étape déterminante en nous privant de ses dessins ? Ce Monde, et inversement n'est pas le premier roman de Ponti, certes, deux autres ont précédé qui, sous couvert de fiction, ont dit les enfances d'Hercule (les Pieds bleus, L'Olivier, 1995) et de Victor (Est-ce qu'hier n'est pas fini ?, L'Olivier, 1999) qui ressemblent un peu à celle du petit Claude Ponti, né le 22 novembre 1948 à Lunéville, entre lune et ville. Mais le Monde, et inversement est le premier texte sans dessin où Ponti offre à des lecteurs adultes l'univers féerique et surréaliste des ses albums, avec ce pas de côté incessant qui brise chaque effet de réel à peine installé pour le sublimer dans la logique du rêve.



  • Les premières lignes

«Le jour où Edgar mourut, personne ne s'en aperçut. Seule Mlle Clapeau le vit s'effondrer à la sortie de la station de métro Saint-Paul. Comme il ressuscita aussitôt, elle ne se rendit compte de rien. Edgar se redressa, et s'appuya contre le mur de carrelage blanc. Bien que souffrant fortement de la tête et du genou, il se sentait aérien. Une certaine lourdeur l'avait quitté au moment où il s'était relevé. Il se demanda à qui appartenait le dossier éparpillé autour de lui, quelques feuillets montaient, emportés par les marches de l'escalier mécanique, avec trois poireaux et des pommes de terre. N'aimant pas les poireaux, il conclut que le dossier n'était pas à lui. C'était lumineux, aussi lumineux qu'il était soudain léger.

Mlle Clapeau lut un de ces feuillets. Un formulaire d'inscription à l'Agence nationale pour l'emploi. Edgar était donc bien au chômage. Elle le regarda disparaître, à contre-courant, dans le couloir souterrain. À ses pieds, les pommes de terre roulaient contre le peigne de l'escalier roulant. Mlle Clapeau les poussa de sa canne jusqu'au bord du trottoir. Face au magasin de vêtements ridicules et importables qui remplaçait, après trois autres boutiques, la boulangerie où elle avait acheté son pain pendant cinquante ans. Jamais elle n'y entrerait. Jamais elle ne laisserait se substituer, aux visages qu'elle avait toujours connus, les visages arrogants, âpres au gain, insolents pour tout dire, de ces jeunes.

Jeune, elle l'avait été. De son temps, on grandissait, on obéissait, on respectait. On était bien élevé. Elle s'arrêta pour se reposer et regarder si quelqu'un ramassait les pommes de terre. Personne n'y songeait. Personne n'avait assez faim. C'était ça la Gauche. Des mendiants partout, qui réclamaient des salaires de nababs et ne voulaient rien faire.

Hortense et Hyacinthe, les deux pestes du troisième, passèrent près des pommes de terre sans les voir. C'eût été trop espérer. Ces pestes étaient des enfants, des jeunes de jeunes en quelque sorte, le pire du pire. Voir ça en temps de paix ! Puisque malgré tout, on est en temps de paix. En tout cas ici. Aujourd'hui, tout le monde a oublié ce que c'est. Avant guerre, après guerre. Ils ne savent pas. Vous dites avant guerre, ils vous répondent : laquelle ? Des générations de cervelles d'oiseaux. Des évaporés...»


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