Auteur : Nicolas Fargues
Date de saisie : 05/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84682-131-5
GENCOD : 9782846821315
C'est dans la trentaine que la vie m'a sauté à la figure. J'ai alors cessé de me prendre pour le roi du monde et je suis devenu un adulte comme les autres, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il est. J'ai attendu la trentaine pour ne plus avoir à me demander à quoi cela pouvait bien ressembler, la souffrance et le souci, la trentaine pour me mettre, comme tout le monde, à la recherche du bonheur. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je n'ai pas connu de guerre, ni la perte d'un proche, ni de maladie grave, rien. Rien qu'une banale histoire de séparation et de rencontre.
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Vous êtes un soir dans un restaurant d'une jolie ville italienne avec votre père et votre belle-mère. A la fin du repas, le serveur vous apporte l'addition avec une carte jointe. Au dos du bristol, rédigé au stylo à bille, on a écrit : «Ero dietro di te - Alice.» Ce qui veut dire : «J'étais derrière toi.» Un numéro de portable s'y ajoute. Exquis... Un petit frisson de promesse de bonheur, enfin, chatouille le narrateur, marié, deux enfants, qui vit dans un pays africain, exactement comme l'auteur. Une jeune fille vous a donc remarqué toute la soirée, à une banquette d'écart. Et a eu l'audace de vous écrire. Cette jeune Alice ne sait pas que notre homme est en pleine bataille conjugale assez fumante, une de ces histoires bouffonnes et mesquines comme il s'en passe dans les couples parce que l'un a «couchoté» et que l'autre s'y est mis aussi par bête vengeance... /... Rédigé comme un journal new wave, le roman de Fargues dose avec habileté l'égotisme romantique et le ton décontracté mambo-texto.
Les digressions sur l'Italie, la Toscane «façades ocre et tuiles rouges, café, tartines, confiture, une vraie pub Ricoré, l'italie fait du bien» - donnent un charme pétillant, une espèce de bonheur limite pub télé qui étonne...
Il y a du franc-parler dans cette écriture-là, une audace, une franchise, une manière déconcertante de se foutre à poil avec autant de pudeur que d'énergie. «J'étais juste écrasé, j'étais obsédé par l'image de ma femme en train de se faire sauter dans sa putain de chambre d'hôtel, à Kodong, par ce mec plus grand et plus mec que moi, black, plus balèze, plus wild, qui lui parlait en anglais et qui, lui, l'avait fait jouir sans se poser de questions.» Il écrit comme ça, Nicolas Fargues, comme on plonge, comme on s'explique, comme on se bat. Il raconte l'histoire d'une rupture amoureuse avec l'urgence et l'intensité de celui qui veut régler des comptes. Avec lui-même, peut-être. Avec le couple, sûrement, au centre de ce cinquième roman comme des précédents... Dans ce dernier roman, comme dans One Man Show, le troisième, Nicolas Fargues a choisi le «je» plutôt que le «il» qui «l'encombre», l'obligation de la narration lui faisant «dire beaucoup de choses inutiles». Mais l'écrivain continue pourtant de préférer la fiction à l'autobiographie. Pour «élargir le champ», le forcer à s'intéresser à «autre chose que moi». Pas question de reconnaître avoir voulu faire le portrait de l'homme de sa génération confronté aux filles des féministes des années 70. Son roman, selon lui, n'est «rien qu'une banale histoire de séparation et de rencontre». Dont acte.
Il y a cinq ans, Nicolas Fargues entrait en littérature avec Le Tour du propriétaire, où il mettait en scène, avec un joli brin d'autodérision, un apprenti écrivain, parti en Indonésie pour échapper à la veine du roman narcissique et étriqué. En vain. Lucide, Alexandre - double facétieux du romancier - se promettait néanmoins que son prochain livre serait : "Un vrai roman, avec des phrases plus courtes, de l'imagination, du suspense, des rebondissements, et non pas un second premier roman, non pas une nécessité de trop régler tous ses comptes avec (soi) même avant de s'autoriser enfin, le plus simplement du monde, à écrire le monde tel qu'il est ; pas une prudente auto-explication de texte, mais un vrai roman de la maturité."
Trois livres plus tard - marqués par une manière toujours plus fine, aiguë et corrosive de relever les petits et grands travers de ses contemporains, Nicolas Fargues livre avec J'étais derrière toi le "vrai roman de la maturité". Et ce tant par la maîtrise de son écriture que par le traitement de son sujet, qui n'est autre que la lâcheté masculine et la soumission des hommes, pour ne pas dire leur démission, face au pouvoir des femmes. Ce sujet, le romancier l'avait déjà abordé dans le très remarqué One Man Show, qui fut trop vite réduit à une peinture grinçante des moeurs du milieu médiatico-littéraire.
Cette fois, pour éviter tout malentendu et porter le fer là où "ça fait mâle", Nicolas Fargues a non seulement délesté son propos de thèmes secondaires et de tableaux de genre, mais aussi simplifié sa narration, en allégeant son style et en rendant son phrasé moins sinueux. Premier effet donc de ce "Nicolas Fargue, nouvelle manière", un ton vif, direct, cru, nerveux, qui fait entendre la confession d'un homme dont on ne connaîtra ni le nom ni la profession...
Un couple marié, avec enfants, se déchire. Sur l'amour, la jalousie, l'humiliation, le désir et l'enfer, le trentenaire Nicolas Fargues a écrit un roman magnifique.
C'est une chose qui se voit, se dit, s'écrit, se chuchote : le mâle (et surtout le mâle français) va mal, il est prêt à abandonner la partie, il est fatigué, usé, déprimé, contradictoire, ruminant, ralenti, poussif. Il perd le pouvoir, les femmes s'en emparent, retour de bâton historique, revanche normale. Un effondrement a donc eu lieu, mais pourquoi ? Le stupéfiant roman de Nicolas Fargues radiographie la situation. Jamais on n'a encore aussi bien décrit, dans un style soutenu et vif, la nervure de la guerre des sexes et l'aliénation masculine de notre époque, celle des hommes de 30 ans dont les mères semblent avoir perturbé le tonus. Modiano nous a déjà dit les ravagesde sa mère «au coeur sec». Houellebecq, de son côté, a insisté sur le traumatisme subi dans son enfance par l'absence de tendresse de la sienne. Fargues, lui, va plus loin : son narrateur est constamment lessivé par sa vie de couple. Il va s'en tirer, mais à quel prix.
C'est une confession crue, brûlante et hâtive... On sent décidément que ce magnifique roman est beaucoup plus qu'un roman, et c'est pourquoi on a envie de souffler à l'auteur : bonne chance.
Nicolas Fargues prend prétexte des aventures d'un beau gosse pour dire la fragilité intime de l'homme moderne.
L'amour, sa nature, ses raisons et déraisons ? Ce sont quelques-unes des grandes questions qui traversent le nouveau roman de Nicolas Fargues, J'étais derrière toi. Il adopte pour l'occasion un ton nouveau, moins léger, qui étonne de prime abord, mais se révèle plus captivant, plus essentiel aussi. Le pari était osé, il est gagné...
Rarement auteur est allé si loin, sans indécence ni vulgarité, pour dire son intimité. Et l'on voit ce personnage se métamorphoser, grandir, s'affermir, devenir adulte enfin, accepter le couple tel qu'il est, ouvert sur le monde et ses tentations.
Lorsqu'on referme le dernier roman de Nicolas Fargues, tombé dans le piège délicieux de la narration à la première personne, pourquoi ne pas l'avouer, on est conquis, attendri, enamouré et l'on se prend à chercher la photo de l'auteur sur la quatrième de couverture... Mais P.O.L. n'est pas un éditeur pour midinette : la littérature, rien que la littérature. Que va-t-on chercher d'autre, d'ailleurs ! L'écriture met l'homme à nu, Fargues lui-même l'affirme : «Une écriture maîtrisée, quand tu sais la décoder, il n'y a pas à dire, il n'y a pas plus évocateur des possibilités mentales et du pouvoir d'imagination d'un individu, c'est ta meilleure carte d'identité, ton meilleur interprète, ton meilleur porte-parole.»
Décodons, sans le déflorer, ce roman qui raconte une histoire d'amour d'une banalité splendide, de celle qui fait les grandes oeuvres. J'étais derrière toi : par ce petit mot griffonné sur un carton, Alice, une jolie Italienne, entre dans la vie du narrateur alors qu'il dîne au restaurant, hagard, abattu. Sa femme, dont il est fou, l'a trompé un mois auparavant avec un Noir «grand et musclé» qui lui a tourné les sens. Il ne s'en remet pas...
C'est quoi l'amour, se demande Fargues ? Tout donner pendant dix ans à une femme qu'on admire mais qui vous terrorise, ou passer quelques jours enchanteurs avec une âme soeur ? S'il ne tranche pas, l'écrivain parvient à fixer poétiquement quelques éclats de vérité : «Avec elle, j'ai l'impression que, même si je n'atteindrai jamais le bonheur, je n'aurai plus besoin de le chercher.»
Ero dietro di te : tu sais ce que ça veut dire, en français ? Ça veut dire J'étais derrière toi. En fait, pendant tout le dîner, elle était assise à une table derrière la nôtre et elle a passé son temps à me regarder sans que je le sache. Et, c'est marrant, je suis en train de me rendre compte qu'en la tirant un peu par les cheveux, elle est éminemment symbolique, cette phrase. Elle pourrait signifier aussi : «Pendant tout ce temps, toutes ces années, j'étais juste derrière toi, pas très loin, et tu ne m'as pas vue. C'était l'évidence même, toi et moi, mais on se ratait à chaque fois. Maintenant, me voilà, je suis là et je compte bien te le faire savoir, la balle est dans ton camp, tu ne pourras pas dire que tu n'a pas été prévenu et te lamenter d'être passé à côté de la chance de ta vie.» Non ?
C'est le serveur qui m'a apporté une petite carte à la fin du repas, avec l'addition. Tu sais, ces bristols avec écrits dessus le nom, le logo et les coordonnées du restaurant. En Italie, je ne sais pas si tu as remarqué, mais c'est toujours très bien fait, ces trucs-là, c'est toujours imprimé proprement, avec un beau papier, une illustration raffinée, une jolie typo : c'est toujours très personnalisé, ils sont beaucoup plus attentifs que nous à ces choses-là.
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